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Le message de la Fed au gouvernement : A votre tour !

La Réserve fédérale américaine a annoncé des mesures supplémentaires exceptionnelles pour assurer la liquidité sur les marchés financiers et soutenir l’économie américaine.

Le programme comporte de nouvelles mesures de QE (Quantitative Easing ou assouplissement quantitatif) et des achats d’obligations d’entreprise IG (Investment Grade) sur le marché secondaire afin d’en assurer la liquidité et de soutenir la distribution de crédit.

Ces mesures sont largement plus ambitieuses que celles qui avaient été mises en place lors de la Grande crise financière de 2008-2009. En pratique, la Fed fait « tout ce qui est en son pouvoir » et attend un engagement équivalent de la part des pouvoirs publics.

En abaissant le taux objectif des fonds fédéraux de 100 pb le 15 mars et en annonçant 700 milliards de QE, la Fed avait déjà pratiquement épuisé ses munitions « conventionnelles ». Le 17 mars, elle a réactivé le CPFF (Commercial Paper Funding Facility) c’est-à-dire un fonds lui permettant de racheter des titres de créance à court terme (Commercial Paper) directement auprès des entreprises émettrices.

Lundi 23, en annonçant un QE sans limite, la Fed a fait « tout ce qui est en pouvoir » et a passé le relais au pouvoir politique car ces mesures monétaires, pourtant exceptionnelles, ne suffiront pas à traiter toutes les conséquences sur l’économie du choc entraîné par le traitement sanitaire de la crise.

Vers une monétisation de l’économie ?

Il n’est pas impossible que l’on s’achemine vers une monétisation plus formelle de l’économie dans la mesure où les banques centrales se sont engagées à prendre à leur compte (et à leur bilan) les émissions supplémentaires de dette publique pour financer les mesures de soutien à l’économie. Il faut bien reconnaître que nous ne sommes plus très loin du concept de « monnaie hélicoptère ».

Ces dernières semaines, la Fed a fait feu de tout bois, utilisant la majeure partie de son arsenal « conventionnel » en abaissant ses taux directeurs à leur plancher (cf. graphique ci-dessous) et en reprenant ses achats de titres.

Graphique 1: La Fed a nettement baissé le taux objectif des fonds fédéraux pour répondre à la crise sanitaire - le graphique présente la borne supérieure de l’objectif des fonds fédéraux entre janvier 1990 et le 17 mars 2020 (en %)

Au cours de la semaine passée, la Fed a acheté 272 milliards de dollars de titres du Trésor américain ce qui représente plus de la moitié de la somme qu’elle avait annoncée le 17 mars. Pour cette raison, elle est passée à un régime d’achats sans limite de titres du Trésor et de titres d’agences adossés à des prêts hypothécaires résidentiels (MBS) et commerciaux (CMBS).

D’autres mesures ont également été annoncées

Via deux instruments dédiés le Primary Market Corporate Credit Facility (PMCCF) et le Secondary Market Corporate Credit Facility (SMCCF), des achats seront effectués sur le marché du crédit, au primaire comme au secondaire.

En ce qui concerne les titres adossés à des prêts (ABS) qui peuvent être acquis, le panel a été élargi aux crédits étudiants, crédits automobiles, cartes de crédit, et crédits aux entreprises. Les instruments inclus dans les mesures spécifiques de soutien aux fonds monétaires, Money Market Mutual Fund Liquidity Facility (MMLF), sont élargis (notamment aux papiers municipaux) tout comme la Commercial Paper Funding Facility (CPFF) qui permet l'achat de papier commercial.

Enfin, la Fed a annoncé la mise en place prochaine d’un nouveau dispositif « Main Street Business Lending Program » destiné à augmenter les prêts aux petites et moyennes entreprises, acteurs économiques particulièrement affectés par la crise sanitaire.

Nécessité de mesures budgétaires ciblées sur les populations et les groupes les plus fragiles

Par ces actions inédites et pour le moins musclées, depuis le début de la crise sanitaire, la Fed donne l’impression de vouloir envoyer un message aux dirigeants : « nous avons fait ce que nous pouvions, à votre tour d’agir ».

Le président de la Fed, Jerome Powell, n’a pas dit autre chose lors de sa conférence de presse la semaine dernière :

Nous n’avons pas la possibilité d’aider les petites entreprises et les personnes qui ne peuvent pas aller travailler. Nous sommes confrontés à un problème multidimensionnel et la solution appartient au gouvernement et à la société toute entière […] J’estime que le rôle de la politique budgétaire est crucial.

Comme le montrent bien ces remarques, aucune des mesures que pourra prendre la Fed n’agira comme une « baguette magique ». En revanche, elles devraient permettre d’éviter que la crise sanitaire ne provoque une crise financière majeure.

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