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COP26 – Les principaux résultats et les points à retenir

Notre analyste ESG Thibaud Clisson revient sur l’issue de la dernière conférence sur le climat (COP26) et répertorie les initiatives que les investisseurs doivent surveiller de près.

La COP26 s’est finalement achevée 24h après la date prévue (même techniquement, un an après). Quelques instants plus tard, le président du sommet, Alok Sharma, a pris la parole mais a dû se ressaisir après l’intervention de l'Inde et de la Chine à la dernière minute pour modifier la formulation du texte final et ainsi évoquer une « réduction progressive » du charbon et non plus une « suppression progressive ».

Sa réaction émue à la modification d'un seul terme dans le Pacte de Glasgow pour le climat témoigne des enjeux élevés et des réalités politiques de ce type de négociations axées sur le consensus. Au-delà du texte final, ces deux semaines de pourparlers ont abouti à des modifications du Rulebook de l'Accord de Paris et à une avalanche d'annonces et d'initiatives de pays et d'entreprises en lien avec le changement climatique.

Quels sont les principaux points à retenir de la COP26 ?

Les règles de l'Accord de Paris

L'un des principaux objectifs de la conférence était de finaliser le contenu du recueil de règles (Rulebook) établies à Paris, et qui devait initialement être adopté lors de la COP25. Parmi les points les plus importants, citons l'article 6 sur les marchés du carbone.

La COP 26 a adopté des règles visant à établir un marché mondial du carbone et à faciliter les échanges bilatéraux de carbone. Un compromis a été trouvé entre les pays qui souhaitaient un marché robuste permettant d’éviter tout risque de double comptabilité des émissions, et ceux qui voulaient utiliser les anciens crédits carbone du protocole de Kyoto. Selon les modalités de l'accord, les crédits remontant à 2013 peuvent être échangés entre pays et utilisés pour atteindre les objectifs nationaux de réduction des émissions.

Des règles de transparence ont également été adoptées. D'ici à 2024, tous les pays devront communiquer leurs engagements en matière de climat et les progrès réalisés dans un format commun, qui facilitera la comparaison entre plans climatiques. Ce sujet est resté à l'ordre du jour malgré une forte opposition, mais certains pays en développement faiblement émetteurs ont bénéficié d'exemptions aux règles de reporting.

Un retour aux CDN

Pour réaliser l'ambition du Pacte de Glasgow pour le climat et limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C, il faudra réduire les émissions de 45 % d'ici 2030 et atteindre un niveau « net zéro » d'ici 2050. Pour l’heure, ces objectifs sont encore loin d'être atteints. Selon l'analyse du Climate Action Tracker, nous sommes sur une trajectoire de réchauffement de 2,1 à 2,4°C en tenant compte des engagements et des objectifs existants (cf. tableau 1).

Graphique 1 : Nouvelles projections du réchauffement des températures par le Climate Action Tracker, sur la base des nouveaux engagements pris lors de la COP26

Source : Climate Action Tracker

Les parties ont convenu de réexaminer leurs engagements climatiques (ou contributions déterminées au niveau national - CDN), lors de la COP27, afin de les renforcer d'ici la fin 2022. Il s'agit d'une étape essentielle pour accélérer la réduction des émissions et limiter l’augmentation des températures à 1,5°C.

À Glasgow, des pays ont accepté, dans le cadre du Rulebook, d’encourager d’autres nations à déterminer leurs CDN pour des périodes de cinq ans au-delà de 2031. Beaucoup voulaient néanmoins que la formulation soit plus stricte sur ce point pour obliger les pays à mettre en œuvre un échéancier sur cinq ans.

Autres annonces

D'un point de vue financier, les participants ont accepté de supprimer progressivement les subventions aux combustibles fossiles jugés « inefficaces ». Avec cette décision - et la référence spécifique au charbon mentionnée ci-dessus -, c'est la première fois que les combustibles fossiles sont spécifiquement mentionnés dans le texte final d’une COP.

Le Pacte de Glasgow pour le climat évoque pour la première fois la nécessité de réduire d'autres gaz à effet de serre en plus du CO2. À cet égard, l'Engagement mondial pour le méthane a été signé par plus de 100 nations, mais sans la Chine, afin de réduire les émissions de méthane de 30 % d'ici à 2030.

Autres points :

  • Plus de 19 milliards de dollars de fonds publics et privés seront consacrés à la lutte contre la déforestation d'ici 2030. Cependant, l'Indonésie - l'un des pays les plus boisés du monde - semble déjà avoir renoncé à l'accord, tout comme le Brésil.

  • Plus de 20 pays ont décidé de mettre un terme au financement de projets d'exploitation de combustibles fossiles à l'étranger, en s'engageant à réorienter les fonds vers des initiatives dédiées aux énergies vertes. En outre, plus de 40 pays se sont engagés à abandonner le charbon.

  • La Glasgow Financial Alliance for Net Zero, qui regroupe 450 entreprises mondiales dont BNP Paribas Asset Management, BNP Paribas et Cardif, a fait valoir que plus de 130 000 milliards de dollars d'actifs mondiaux sont désormais consacrés à la lutte contre les problématiques climatiques.

  • De nombreux pays ont pris des engagements nationaux en faveur de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. L'Inde a dévoilé un objectif inattendu d’émissions « nettes nulles » pour 2070 et le Nigeria - le plus grand producteur de pétrole d'Afrique - a annoncé qu'il visait la neutralité carbone d'ici 2060.

  • Enfin, plusieurs pays et six grands constructeurs automobiles ont convenu d'arrêter progressivement la production de véhicules fonctionnant à partir de combustibles fossiles d'ici 2040.

Conclusions

Autre résultat positif, les États-Unis et la Chine ont annoncé qu'ils allaient renforcer leur coopération climatique au cours de la prochaine décennie.

Le Pacte de Glasgow pour le climat prévoit un objectif explicite pour les pays développés : doubler le financement des projets d’adaptation au changement climatique dans les pays en développement d'ici 2025 par rapport aux niveaux de 2019, ce qui porterait le chiffre annuel à environ 40 milliards de dollars.

Un montant supplémentaire de 356 millions de dollars sera affecté au Fonds d'adaptation et un dialogue important a été entamé sur la question controversée des « pertes et dommages ».

Ces évolutions sont les bienvenues, mais les pays développés ne respectent toujours pas leur engagement de financement climatique de 100 milliards de dollars par an en faveur des pays émergents, lequel devait être atteint en 2020. À Glasgow, les pays se sont engagés à atteindre cet objectif d'ici 2025.

L’incapacité à atteindre ces 100 milliards de dollars et les promesses d’un soutien plus massif aux projets d’adaptation montrent que des efforts sont encore nécessaires pour parvenir à une transition juste. La situation actuelle témoigne par ailleurs du rôle clé que peut jouer le secteur privé compte tenu de l'inaptitude du secteur public à fournir les financements nécessaires à la réalisation des objectifs de l'Accord de Paris. Les investisseurs privés sont clairement appelés à l’action et doivent désormais orienter les capitaux là où ils sont le plus nécessaires pour soutenir les mesures d'atténuation et d'adaptation au changement climatique.


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