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COP26 : Pourquoi atteindre des émissions nettes nulles est essentiel pour respecter l’Accord de Paris ?

Alors que débute la COP26, la Conférence des Nations unies sur le changement climatique, Alex Bernhardt, Responsable global de la recherche ESG, revient sur quelques-uns des rapports les plus percutants publiés cette année concernant l'objectif « net zéro » et leurs conséquences pour les investisseurs.

Alors que les pays du monde entier (à quelques exceptions notables près) se réuniront à Glasgow du 31 octobre au 12 novembre pour la COP26, les entreprises et les organisations non gouvernementales suivront très attentivement deux aspects clés :  

  • Le résultat des négociations relatives aux questions en suspens dans le Rulebook de l'Accord de Paris, notamment les marchés du carbone
  • Si un accord sera trouvé concernant les flux d’investissement destinés aux pays en développement. 

Autre sujet qui sera suivi de près, les avancées potentielles du système de contributions déterminées au niveau national (CDN), c'est-à-dire les engagements des pays à réduire leurs émissions conformément à l'objectif de l'Accord de Paris de limiter l'augmentation des températures mondiales à 2 C, et de préférence à 1,5 C, par rapport aux niveaux pré-industriels.

Plus de 135 pays dans le monde se sont désormais fixé une forme d'objectif d'émissions nettes nulles que ce soit dans le cadre des CDN, qui fixent des objectifs pour 2030, ou en plus ; 13 l’ont transposé en droit national.

On constate des échéances différentes pour atteindre ces engagements, qui visent à réduire les émissions autant que possible et à compenser les émissions résiduelles - par nature difficiles à réduire - par des systèmes d'élimination du carbone.

Certains pays européens visent 2045 (ou plus tôt), la plupart 2050 et d'autres, dont le plus gros émetteur mondial, la Chine, se sont fixé une échéance à 2060. Il convient de souligner que les engagements « net zéro » de certains pays ne se reflètent pas encore dans l'ambition affichée dans les CDN qu'ils ont proposées.

L’objectif de 1,5°C en plus est possible si les émissions mondiales de CO2 atteignent au moins un niveau net nul

En août dernier, le GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat) a publié la première partie de son sixième Rapport d'évaluation (AR6), sur l'approche scientifique du changement climatique. Il sera suivi en 2022 par plusieurs rapports sur les incidences du changement climatique et l'atténuation de ses effets, puis par un rapport de synthèse générale.

Selon la première partie du rapport AR6, malgré le caractère inévitable de certaines hausses de température, elles pourraient être limitées à 1,5°C si les émissions mondiales de CO2 atteignent au moins un niveau net nul. Une réduction rapide et durable des émissions de méthane est préconisée. Le GIEC estime qu'il nous reste un budget carbone mondial de 300 gigatonnes pour conserver 83 % de chances de rester sous la barre des 1,5°C. Ce qui équivaut à environ sept ans d'émissions aux niveaux actuels.

Le rapport AR6 repose sur plusieurs hypothèses concrètes et fait suite au rapport spécial du GIEC sur l’objectif de 1,5°C, publié en 2018. Le rapport SR1.5 indique que pour atteindre 1,5°C avec une phase de « dépassement » limitée - c'est-à-dire lorsque les températures dépassent temporairement ce seuil puis finissent par baisser -, les émissions mondiales de CO2 devront diminuer de 45 % par rapport aux niveaux de 2010 d'ici 2030 et atteindre un niveau net nul d'ici 2050.

Il présente également plusieurs scénarios assortis de différentes propositions de mesures d'atténuation pour y parvenir. Et tous dépendront dans une certaine mesure de la capacité des technologies d'élimination du CO2 ou des émissions négatives qui visent à extraire le carbone de l'atmosphère.

Il faut arrêter d’investir dans de nouveaux projets de combustibles fossiles

Les données scientifiques sont très claires : pour atteindre 1,5°C, nous devons collectivement viser la neutralité carbone d'ici le milieu du siècle. Mais le GIEC n’a pas été le seul organisme à publier un rapport historique sur la neutralité carbone cette année.

En mai, l’Agence internationale de l'énergie (AIE) a publié son rapport inaugural sur le concept « net zéro » et son scénario « net zéro » d'ici 2050. Selon l’Agence, pour atteindre des émissions nettes nulles, il faut arrêter d’investir dans de nouveaux projets d'extraction de combustibles fossiles. Un message sévère de la part d'une organisation qui avait pour vocation initiale de soutenir les efforts des nations pour sécuriser leurs approvisionnements en pétrole.

Son rapport liste 400 étapes clés pour atteindre la neutralité carbone qui, ensemble, constituent ce que l’AIE appelle « une transformation complète du système énergétique mondial ».

Il contient quelques hypothèses extrêmes sur ce à quoi pourrait ressembler l'avenir. Le scénario prévoit une augmentation du PIB de 40 % en 2030, avec dans le même temps, 7 % d'énergie utilisée en moins. En 2030, près de 630 GW de panneaux solaires seront installés chaque année. Il s’agit de la capacité de production totale actuelle.

L’AIE prévoit qu'environ 60 % des voitures achetées en 2030 seront entièrement électriques, contre 4,6 % actuellement. Par conséquent, une vingtaine de « giga-usines » de production de batteries devront être construites chaque année au cours de la prochaine décennie.

En outre, près de la moitié des réductions d'émissions nécessaires d'ici 2050 dans le scénario de l'AIE sont attribuées à des technologies qui n'existent pas encore. Autrement dit, il va falloir augmenter considérablement les investissements dans les technologies de captage du carbone et à émissions négatives, qui retirent le CO2 de l'atmosphère.

Quelles sont les conséquences ?  

Bien que les scénarios diffèrent, les trajectoires vers la neutralité carbone décrites par le GIEC et l’AIE ont des points communs : 

  • La capacité de production d'électricité renouvelable doit augmenter de manière significative 
  • Cette tendance ira de pair avec le développement de l'électrification dans les domaines de la mobilité et de l'industrie 
  • Les investissements dans les combustibles fossiles devront diminuer sensiblement 
  • Il sera essentiel d'investir en parallèle dans les technologies d'élimination du carbone et à émissions négatives. 

Le secteur financier voit ses propres initiatives « net zéro » évoluer pour accompagner cette mutation, notamment cette année avec la création de la Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ). Cette alliance a été créée pour regrouper l’intégralité des initiatives existantes, notamment la Net Zero Asset Managers Initiative et la Net-Zero Asset Owner Alliance.

L'une des conditions pour adhérer à la GFANZ est l'accréditation de la campagne Objectif zéro (Race to Zero) des Nations unies, ainsi que l'utilisation des connaissances scientifiques actuelles pour fixer des objectifs « net zéro ».

A noter que l'initiative Science Based Targets (SBTi) a récemment fait savoir qu’elle n'accepterait désormais que les objectifs alignés sur le niveau de 1,5 C. Elle vient de publier la toute première norme mondiale pour les entreprises « net zéro ». Il s'agit d'une évaluation crédible et indépendante de la manière dont les entreprises fixent leurs objectifs « nets zéro », qui permet à ces dernières d'aligner leur action climatique à court et à long terme sur la limitation du réchauffement planétaire à 1,5°C.

Comme l'a souligné l'AIE dans l'édition de cette année de ses Perspectives énergétiques mondiales, le monde n'est pas encore sur la voie de la neutralité carbone.

Les discussions à Glasgow sont d'une importance vitale, tout comme les initiatives des investisseurs qui vont avoir l’occasion de soutenir les technologies d’avenir, de piloter les changements organisationnels nécessaires et de plaider en faveur d'une réorientation efficace des politiques qui, elles aussi, faciliteront une transition équitable vers un monde décarboné. Et surtout, toutes ces initiatives devront à tout prix insuffler un véritable changement dans l'économie réelle, afin que les réductions d'émissions nécessaires pour atteindre le niveau « net zéro » soient réalisées.

Cette note sera suivie d'autres articles plus détaillés sur les analyses du GIEC et de l'AIE, et de leurs implications pour les investisseurs.

[1] Daniel Huppmann, Elmar Kriegler, Volker Krey, Keywan Riahi, Joeri Rogelj, Katherine Calvin, Florian Humpenoeder, Alexander Popp, Steven K. Rose, John Weyant, Nico Bauer, Christoph Bertram, Valentina Bosetti, Jonathan Doelman, Laurent Drouet, Johannes Emmerling, Stefan Frank, Shinichiro Fujimori, David Gernaat, Arnulf Grubler, Celine Guivarch, Martin Haigh, Christian Holz, Gokul Iyer, Etsushi Kato, Kimon Keramidas, Alban Kitous, Florian Leblanc, Jing-Yu Liu, Konstantin Löffler, Gunnar Luderer, Adriana Marcucci, David McCollum, Silvana Mima, Ronald D. Sands, Fuminori Sano, Jessica Strefler, Junichi Tsutsui, Detlef Van Vuuren, Zoi Vrontisi, Marshall Wise, and Runsen Zhang; IAMC 1.5°C Scenario Explorer and Data hosted by IIASA; Integrated Assessment Modeling Consortium & International Institute for Applied Systems Analysis, 2019. 10.5281/zenodo.3363345 | data.ene.iiasa.ac.at/iamc-1.5c-explorer 


Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication, sont basées sur les informations disponibles et sont susceptibles d’être modifiées sans préavis. Chaque équipe de gestion de portefeuille peut avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement différentes pour différents clients. Les opinions exprimées dans ce podcast ne représentent en aucun cas un conseil d’investissement.

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