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Évaluation des facteurs ESG et investissement dans la dette émergente

Les investisseurs prennent de plus en plus en compte les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance parallèlement aux risques financiers traditionnels. Beaucoup hésitent toutefois à utiliser les critères ESG pour les marchés émergents, craignant que cela ne limite les opportunités ou les rendements potentiels.

Assessing ESG factors when investing in EM debt

Les investisseurs prennent de plus en plus en compte les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance parallèlement aux risques financiers traditionnels. Beaucoup hésitent toutefois à utiliser les critères ESG pour les marchés émergents, craignant que cela ne limite les opportunités ou les rendements potentiels.

  • Des opportunités se présentent dans les pays manifestant un potentiel d’amélioration à long terme, dans la mesure où ces marchés émergents ont besoin d’investissements pour stimuler la croissance et l’emploi et bâtir des fondations plus solides
  • La sélectivité est essentielle : au sein des marchés émergents se trouvent des pays dans lesquels le niveau de vie des citoyens s’améliore, des pays qui renforcent les cadres politiques et s’inscrivent en faveur de la démocratie, mais également d’autres qui passent outre les contrôles de la pollution et qui sont confrontés à des tensions sociales croissantes ou à des institutions en crise
  • Pour les investisseurs, une approche axée sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) s’inscrit dans une démarche d’investissement éthique, de long terme et d’atténuation des risques
  • Combiner le potentiel d’alpha et un classement ESG permet de construire un portefeuille orienté ESG sans limiter la diversification ou l’ensemble d’alpha

Il y a dix ans à peine, les revenus de la plupart des pays émergents à la situation politique, sociale ou économique fragile étaient faibles. Aujourd’hui, des indicateurs tels que les indices de développement humain montrent des progrès significatifs, permettant à de nombreux pays d’accéder au statut de pays à revenu intermédiaire. À l’avenir, certains des pays les plus pauvres affichant les notes ESG les plus faibles pourraient en fin de compte enregistrer les plus grandes améliorations. Investir dans la dette de ces pays pourrait constituer une opportunité intéressante.

Il ne fait aucun doute que de nombreux pays émergents partent de (plus) loin. Aussi les « fruits à récolter » sont-ils plus bas, des domaines qui peuvent être améliorés relativement facilement, qui incluent des aspects ESG tels qu’une plus grande efficacité environnementale (le « E » de l’ESG), la sauvegarde des biens sociaux (le « S ») et l’amélioration des institutions gouvernementales (le « G »). Ce sont précisément ces pays qui ont le plus besoin d’investissements responsables à long terme pour stimuler la croissance économique, créer des emplois et renforcer leurs fondements économiques.

Ils représentent selon nous le meilleur ensemble de pays manifestant un potentiel d’amélioration à long terme, capables de générer une croissance et des revenus démesurés pour les investisseurs patients. Les tendances démographiques et l’essor de la classe moyenne génèrent une demande croissante de biens de consommation, d’infrastructures, de services et d’agro-industrie. Cela devrait stimuler la croissance économique – ainsi que la prospérité et le bien-être.

Pourquoi inscrire ces opportunités dans un cadre ESG ?

Nous pensons qu’il est impératif pour les investisseurs et les gérants d’actifs de concentrer leurs actifs fiduciaires sur des investissements durables. Cela reflète notre conviction en matière d’investissement éthique, en agissant en tant qu’investisseurs à long terme et en atténuant les risques, pour nous-mêmes et pour nos clients.

Comme nous l’avons dit, il y a pays émergent et pays émergent. D’un point de vue ESG, certains pays améliorent le niveau de vie, les cadres politiques et la démocratie, tandis que d’autres régressent à mesure que les contrôles de pollution sont contrepassés, que les tensions sociales s’accentuent ou que les institutions entrent en crise. Il s’agit de deux types bien différents. Ici, un cadre ESG nous permet de séparer le bon grain de l’ivraie. Une telle approche sélective envoie également un signal clair aux émetteurs de dette émergente indiquant que les investisseurs se concentrent sur la durabilité.

En bref, il existe deux façons pour les investisseurs de générer de l’alpha : en surpondérant les champions (les pays manifestant un potentiel d’amélioration à long terme) ou en sous-pondérant les pays présentant un danger, les retardataires et les pays en régression. Ainsi, pour investir dans les marchés émergents, il ne suffit pas de trouver les meilleurs marchés. Il faut également éviter les plus mauvais. La durabilité à long terme est, selon nous, synonyme de minimisation de l’exposition aux crises ou aux « explosions », Cela nécessite une mise en œuvre innovante et nuancée de la recherche ESG.

Faisant partie des premiers à avoir adopté les approches d’investissement ESG, il y a près de vingt ans, nous pouvons désormais nous appuyer sur une équipe de recherche ESG hautement qualifiée, nous avons accès à des centaines de sources de données couvrant toutes les catégories de notations ESG et avons la capacité de nous adapter aux nuances et aux réalités dynamiques des pays émergents.

Notre modèle ESG dédié à la dette souveraine évalue la capacité des gouvernements à protéger les intérêts des citoyens et à fournir des services et des biens appropriés d’un point de vue ESG. Cependant, la réalisation de cette évaluation peut poser quelques difficultés, étant donné que pour les 90 pays émergents dans lesquels nous investissons, toutes les données ne sont pas toujours disponibles et certainement pas de manière régulière. Pour faire face à cette contrainte, nous analysons la dette émergente à la fois en fonction des facteurs économiques et des critères ESG, à savoir :

  • Un engagement en faveur de l’Accord de Paris et les mesures de mise en œuvre de celui-ci ;
  • La politique ESG actuelle et l’évolution de cette politique, par exemple la gestion des terres et la déforestation, ainsi que les mesures à prendre pour réduire l’empreinte carbone ;
  • La part des sources d’énergie renouvelables dans le mix énergétique d’un pays ;
  • Son classement dans l’indice de perception de la corruption.

Dans l’ensemble, notre évaluation ESG couvre 89 facteurs.

En quoi notre approche diffère-t-elle ? En lieu et place des listes d’inclusion ou d’exclusion, nous utilisons une note composite pour chaque pays émergent afin de déterminer la taille de l’investissement que nous incluons dans nos portefeuilles. Nous associons l’opportunité de générer de l’alpha sur la dette d’un pays à sa notation ESG, augmentant par essence nos surpondérations sur les pays ayant une notation ESG élevée. Nous investissons tout de même dans des pays ayant une faible notation ESG lorsque nous sommes fermement convaincus de pouvoir générer de l’alpha ; toutefois, nous investissons moins dans ces pays que ce ne serait le cas autrement.

Exhibit 1 : Étude de cas - Uruguay et Angola

Outre les émissions souveraines traditionnelles, d’autres titres de qualité « investment grade » et des obligations à haut rendement, nous évaluons également les obligations vertes émergentes en vue de leur inclusion dans le portefeuille. Dans ce cas, les mêmes normes que celles de la dette verte des marchés développés s’appliquent : les fonds doivent être utilisés de manière appropriée, nous devons nous assurer de l’absence de green washing, l’émetteur doit fournir une information transparente, etc. Les investisseurs doivent être prudents : près de la moitié des obligations vertes des marchés émergents ne sont pas vertes en réalité, contre seulement 20 % dans les marchés développés. Il s’agit néanmoins d’un domaine prometteur.

L’investissement dans la dette émergente : combiner le potentiel d’alpha et un classement ESG

D’une manière générale, nous estimons que les portefeuilles de dette émergente doivent être placés sous gestion active. Bien qu’il existe de plus en plus d’informations sur les marchés émergents et les économies émergentes, les marchés ne les digèrent pas nécessairement de manière efficace et agissent assez souvent en réponse aux gros titres (c’est-à-dire les « bruits ») et aux inquiétudes irrationnelles. Dans le même temps, les investisseurs ne peuvent s’appuyer sur les agences de notation, celles-ci entrant souvent en scène avec un certain retard. Selon nous, il est préférable pour les investisseurs de travailler avec un gérant d’actifs expérimenté, présent localement et disposant de connaissances locales sur cette classe d’actifs complexe.

En résumé, combiner le potentiel d’alpha et un classement ESG permet de construire un portefeuille globalement orienté ESG sans limiter la diversification ni réduire l’ensemble d’alpha. L’analyse d’attribution a montré que l’inclusion des facteurs ESG peut accroître la performance du portefeuille, ce qui fait sens aux investisseurs qui souhaitent ou doivent prendre en compte les facteurs ESG pour des raisons fiduciaires, éthiques ou réglementaires, par exemple, ou aux investisseurs fortement axés sur la réduction du risque, notamment le risque d’atteinte à la réputation. Comme de nombreux investisseurs, nous sommes attachés à la viabilité et à la performance à long terme des investissements, d’où notre opinion selon laquelle l’investissement ESG devrait être largement adopté.


Cet article a été publié dans The Intelligence Report - 29 octobre 2019

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Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication. Elles émanent des informations disponibles et sont susceptibles de changer sans préavis. Les équipes de gestion peuvent avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement autres en fonction des clients.

La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

Investir dans les marchés émergents ou dans des segments de marché spécialisés ou restreints peut présenter une volatilité supérieure à la moyenne en raison de la forte concentration de leurs positions, d’un degré d’incertitude plus élevé reflétant le manque d’informations disponibles, de leur liquidité plus faible ou de leur sensibilité plus grande à l’évolution du contexte de marché (social, politique et économique).

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Par conséquent, les services de transaction, de liquidation et de conservation du portefeuille utilisés pour le compte de fonds investis dans les marchés émergents peuvent comporter un risque plus élevé.

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