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Marchés en septembre : l’Italie vole, in extremis, la vedette à Trump

Le bilan mensuel des actions mondiales (indice MSCI AC World en dollars) en septembre aurait pu être pire, au vu d’une première semaine où les indices étaient mal orientés (-1,9 %), ou meilleur, compte tenu du rebond qui a pu être observé jusqu’au 25 (+2,6 %).

Le bilan mensuel des actions mondiales (indice MSCI AC World en dollars) en septembre aurait pu être pire, au vu d’une première semaine où les indices étaient mal orientés (-1,9 %), ou meilleur, compte tenu du rebond qui a pu être observé jusqu’au 25 (+2,6 %).

Ces mouvements résultent pour l’essentiel de la façon dont les nouvelles en provenance du « front commercial » ont été accueillies. Après s’être beaucoup inquiétés début septembre, les investisseurs ont plutôt bien pris le communiqué de la Maison Blanche du 17 dans lequel le Président Trump annonçait de nouveaux droits de douane sur 200 milliards de produits importés de Chine, promettait de les augmenter de 10 % à 25 % le 1er janvier 2019 et menaçait de cibler 267 milliards de produits supplémentaires en cas de représailles. Ces propos n’ont pas inquiété outre mesure sans doute parce qu’ils reproduisent le schéma habituel de « négociation » du Président Trump.

Les mesures prises par les banques centrales, notamment en Turquie, en permettant une accalmie sur les devises émergentes, ont été jugées constructives. Par ailleurs, des données économiques plutôt encourageantes et un discours des banques centrales des pays du G7 ne laissant pas entrevoir de durcissement brutal des politiques monétaires mais traduisant plutôt la volonté de procéder à une normalisation lente et prudente ont rassuré.

En toute fin de mois, le gouvernement italien a assombri l’humeur des investisseurs en présentant, sans beaucoup de détails, un « budget de changement » qui reprend une partie des propositions faites pendant la campagne électorale et devrait aboutir à un creusement du déficit budgétaire à 2,4 % en 2019, 2020 et 2021.

Les fortes tensions sur les taux italiens et la brutale baisse de la bourse de Milan ont pesé sur les actions dans leur ensemble et affaibli l’euro. Dans ce contexte, l’indice MSCI AC World termine le mois en hausse de 0,3 % seulement. Notons qu’après être légèrement remontée au cours de la première semaine du mois, la volatilité sur les actions est assez rapidement revenue vers 12 % pour l’indice VIX (S&P 500) et 13 % pour le VSTOXX (Eurostoxx 50).

L’indice MSCI Emerging (en dollars) affiche une baisse de 0,8 %, essentiellement liée à la contreperformance des places asiatiques sur fond de conflit commercial avec les Etats-Unis. Les places d’Europe émergente et d’Amérique latine ont au contraire été soutenues par la remontée des cours du pétrole.

Le baril de WTI a retrouvé des niveaux qui n’avaient plus été vus depuis juillet pour terminer à plus de 73 dollars, en hausse de 4,8 % en un mois. L’OPEP a refusé d’indiquer clairement si une augmentation de la production était envisagée alors que les sanctions sur le secteur énergétique iranien devraient entrer en vigueur début novembre et limiter ainsi l’offre de brut.

Graphique 1 : Remontée des prix du pétrole depuis la mi-août

Source: Bloomberg, BNP Paribas Asset Management, données au 28/09/2018

De nouveaux records de clôture pour les indices américains

Les actions européennes terminent le mois tout juste à l’équilibre (+0,2 % pour l’Eurostoxx 50) en raison du recul de 1,5 % enregistré le 28. A Milan, le MIB a perdu 3,7 % le 28 mais affiche une progression mensuelle encore conséquente dans la mesure où les investisseurs s’attendaient, avant l’annonce, à un budget plus favorable.

Au sein des grandes places développées, les actions américaines se sont bien comportées, le S&P 500 et le Dow Jones établissant courant septembre de nouveaux records en clôture, portés par les résultats des entreprises et des indicateurs économiques très bien orientés qui laissent espérer une croissance encore soutenue au 3e trimestre. Le S&P 500 affiche une hausse mensuelle de 0,4 % malgré le recul des matériaux de base, des financières, des services aux collectivités et des valeurs technologiques.

A Tokyo, les actions ont commencé par fortement baisser suite aux inquiétudes sur le commerce mondial et aux catastrophes naturelles qui ont frappé le pays. Elles se sont rapidement reprises, portées par le recul du yen (-2,3 % face au dollar), des données économiques bien orientées et la réélection de Shinzo Abe à la tête du Parti libéral-démocrate qui lui permet de rester Premier ministre et de poursuivre sa politique économique volontariste. L’indice Nikkei 225 a progressé de 5,5 % en septembre, atteignant en séance son plus haut niveau depuis 27 ans.

Graphique 2 : Net rebond des actions japonaises en septembre

Source: Bloomberg, BNP Paribas Asset Management, données au 28/09/2018

A retenir : les économies émergentes sous surveillance

La forte hausse du taux de base de la Banque centrale turque (+625 pb à 24 %) a contribué au rebond de la livre. Plus généralement, les devises qui avaient été malmenées en août ont eu tendance à se reprendre, les investisseurs saluant des avancées géopolitiques (accord commercial entre les Etats-Unis et le Mexique) ou ne se préoccupant pas durablement de contreperformances économiques.

Le rand sud-africain a reculé début septembre en raison d’une contraction inattendue du PIB au 2e trimestre (-0,7 % après -2,6 %), puis s’est repris après l’annonce d’un plan de relance. Face au rejet par la population du plan d’austérité et malgré un plan d’aide du FMI revu à la hausse, la chute du peso argentin s’est poursuivie sur fond d’accélération de l’inflation et de démission du gouverneur de la banque centrale.

Au Brésil, alors que le scrutin présidentiel va rythmer les prochaines semaines (premier tour le 7 octobre, résultat final le 28), le real a touché un plus bas historique face au dollar en raison des nombreuses incertitudes sur la politique économique qui sera adoptée alors que le déficit budgétaire s’est déjà fortement creusé.

Graphique 3 : Certaines devises émergentes restent fragiles

Source: Bloomberg, BNP Paribas Asset Management, données au 28/09/2018

Un environnement mouvant

Après un été marqué par plusieurs « crises d’angoisse » sur les devises émergentes, les rendements obligataires italiens ou encore les derniers développements sur le commerce international, les hésitations constatées aux premiers jours de septembre ont rapidement cédé la place à des mouvements plus constructifs malgré un environnement qui n’est pas forcément apaisé.

La stabilisation de la livre turque, la détente des rendements obligataires italiens, le reflux du dollar et de nouveaux records de clôture pour le S&P 500 peuvent donner le sentiment que la sérénité est de retour. La dernière séance pour le moins agitée de septembre montre que ce n’est pas le cas. Les évolutions plus positives qui l’ont précédée reflètent plutôt, selon nous, le pragmatisme des investisseurs.

Face à une situation où de nombreuses interrogations demeurent (sur les conséquences de la politique commerciale des Etats-Unis, des décisions budgétaires du gouvernement italien ou des négociations en vue du Brexit) et ne trouveront pas de réponse dans l’immédiat, il paraît raisonnable de se rattacher aux aspects fondamentaux favorables sans pour autant céder à l’euphorie. Des indicateurs économiques bien orientés, des réactions appropriées des Banques centrales en Turquie et en Argentine pour freiner la baisse de leur devise, et la normalisation prudente des politiques monétaires des pays du G7 peuvent être placés au rang des facteurs de soutien.

Une recomposition du paysage auquel nous nous étions habitués est en train de s’accomplir et un nouvel équilibre va vraisemblablement mettre du temps à s’imposer. Il ne s’agit pas de traverser cette phase d’instabilité en étant timoré, notamment parce que de nombreux garde-fous devraient éviter le pire sur le front commercial. Il n’est pas question non plus de jouer les matamores dans cet environnement changeant. Une grande réactivité et une forte discipline doivent, plus que jamais, régir l’allocation d’actifs.


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