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Marchés en juin : négociations, menaces, droits de douane et représailles

Avec une baisse de 0,7 % de l’indice MSCI AC World (en dollars) en juin, le bilan mensuel des actions mondiales est, une fois de plus, décevant.

Avec une baisse de 0,7 % de l’indice MSCI AC World (en dollars) en juin, le bilan mensuel des actions mondiales est, une fois de plus, décevant.

Plus qu’une forte conviction des investisseurs, il reflète les rebondissements des négociations commerciales entre les Etats-Unis et leurs principaux partenaires alors que la période d’exemption des taxes sur l’acier et l’aluminium a pris fin le 31 mai. Les annonces de représailles sur un certain nombre de produits américains de la part du Mexique, du Canada et de l’Union européenne ont alimenté les inquiétudes et conduit le Président Trump à refuser d’entériner les conclusions du sommet du G7 des 8 et 9 juin. Le 15, l’annonce par les Etats-Unis de l’entrée en vigueur le 6 juillet de droits de douane élevés sur plusieurs centaines de produits chinois a relancé les craintes d’une escalade, alimentées par des déclarations de Pékin promettant des représailles face à « ces pratiques de pression extrême et de chantage ». En fin de mois, le Président Trump a semblé choisir une approche un peu moins agressive que celle initialement envisagée pour contrôler les investissements étrangers dans des entreprises américaines et assurer la protection du secteur des technologies. Le projet initial, qui s’appuyait sur la loi d’urgence économique, revenait en effet à viser directement la Chine.

Les actions émergentes délaissées par les investisseurs

Le manque de visibilité sur ces questions et les revirements incessants de l’administration américaine ont entretenu une certaine fébrilité qui s’est révélée particulièrement préjudiciable pour les actions émergentes. La baisse de 4,6 % de l’indice MSCI Emerging (en dollars) a été accentuée par les mouvements importants survenus sur le marché des changes. Face à un panier de 10 devises émergentes, le dollar a gagné 2,6 % en juin mais bien davantage vis-à-vis du peso argentin, du rand sud-africain ou encore du real brésilien. Les places émergentes d’Europe et d’Amérique latine ont toutefois moins baissé grâce à la remontée des cours du pétrole (+10,6 % pour le baril de WTI à 74 dollars) alors que les actions d’Asie émergente ont été pénalisées par les difficultés des actions chinoises en lien avec les incertitudes sur le commerce mondial. Dans ce contexte, la détente sur le front géopolitique qu’a constituée la rencontre entre Donald Trump et son homologue nord-coréen le 12 juin a peu retenu l’attention sur les marchés financiers.

Graphique 1 : Net recul des actions émergentes (indices actions en USD) Source : Bloomberg, BNP Paribas Asset Management, données au 29 juin 2018

« America First ! »

L’absence de convictions des investisseurs se reflète aussi dans les performances mensuelles des grandes places développées qui sont restées assez limitées et n’ont pas bouleversé la hiérarchie en vigueur depuis le début de l’année que l’on pourrait résumer par « America First » !

En juin, les grands indices se sont retournés à la baisse au cours de la seconde quinzaine à l’occasion des nouveaux développements sur le front commercial. Malgré des indicateurs économiques un peu mieux orientés dans la zone euro et un discours très prudent de la BCE, l’Eurostoxx 50 termine en léger recul par rapport à fin mai (-0,3 %), pénalisé en particulier par les difficultés des constructeurs automobiles après les menaces renouvelées de Donald Trump sur les importations d’automobiles allemandes.

Les indices japonais ont connu des fortunes diverses : hausse de 0,5 % du Nikkei 225 mais recul de près de 1 % du Topix malgré des inquiétudes moindres quant au sort du Premier ministre Abe et une banque centrale se déclarant prête à conserver encore longtemps sa politique monétaire ultra-accommodante. Le secteur de l’énergie a très nettement profité de l’envolée des cours du pétrole après des décisions moins tranchées qu’elles n’auraient pu l’être au sommet de l’OPEP. Les doutes sur les capacités de certains acteurs à produire davantage et d’importantes positions spéculatives expliquent la remontée des cours.

Aux Etats-Unis, le S&P 500 termine en hausse de 0,5 % tandis que le Nasdaq, qui avait établi en milieu de mois un nouveau record, affiche une progression mensuelle de 0,9 %. Les secteurs de la consommation cyclique et non cyclique ont connu les plus fortes hausses mensuelles, suivis des télécoms et des services aux collectivités qui ont profité de la détente des taux longs à partir de la mi-juin. A contrario, les valeurs financières ont pâti de l’aplatissement de la courbe des taux.

Graphique 2 : Rebond des prix du pétrole Prix du baril de pétrole (WTI) Source : Bloomberg, BNP Paribas Asset Management, données au 29 juin 2018

A retenir : la hausse du dollar s’essouffle

Après avoir sensiblement baissé de mi-avril à fin mai, la parité EUR/USD a connu une évolution sans grande tendance en juin entre 1,16 et 1,18 pour terminer à 1,1667, au niveau qui prévalait fin mai, sans avoir franchi à la baisse un support technique important.

Cet essoufflement de la hausse du dollar reflète des ajustements des positions spéculatives et le reflux des deux thèmes jusqu’alors dominants sur le marché des changes. Le différentiel de croissance entre les Etats-Unis et la zone euro avait déjà été pleinement intégré par les opérateurs si bien que la légère amélioration des données européennes a interrompu la baisse de la parité EUR/USD.

Parallèlement, malgré la hausse des taux directeurs du 13 juin, l’hypothèse d’une politique monétaire plus agressive de la Réserve fédérale a été battue en brèche par les propos apaisants de Jerome Powell qui a réaffirmé qu’une inflation supérieure à 2 % serait temporairement tolérée. Ces éléments ont permis à la parité de revenir vers 1,18 à la veille du Conseil des gouverneurs de la BCE contre 1,1660 fin mai. Les conclusions du comité de politique monétaire et les commentaires de Mario Draghi pendant la conférence de presse ont brutalement renvoyé l’euro sous 1,16 dollar, niveau autour duquel il a évolué jusqu’à la fin du mois.

Notons que l’accord sur la politique migratoire trouvé lors du Conseil européen du 28 juin a été salué par un rebond de l’euro, sans doute parce que cette avancée, même modeste, répond à des demandes du gouvernement de Giuseppe Conte et éloigne donc les risques d’une opposition frontale entre l’Italie et ses partenaires européens sur d’autres sujets.

Graphique 3 : stabilisation de la parité EUR/USD en juin

Source : Bloomberg, BNP Paribas Asset Management, données au 29 juin 2018

Le ciel devrait se dégager cet été

Le scénario d’une expansion solide de l’activité avec une inflation modérée a été un peu chahuté depuis quelques mois en raison du tassement apparent de la croissance. Pourtant, l’économie américaine est apparue très dynamique au 2e trimestre et l’inflexion des indicateurs en Europe, au Japon et dans les zones émergentes ne nous semble pas correspondre à un retournement du cycle mondial. Notons d’ailleurs que les données économiques ont rarement été à l’origine des mouvements décisifs des marchés en juin, donnant l’impression que ce thème s’estompe.

Le retour des tensions entre les Etats-Unis et la Chine sur le front commercial a davantage inquiété les investisseurs. Même si l’annonce de l’’entrée en vigueur le 6 juillet, de droits de douane sur 818 produits chinois est la suite logique de la procédure déclenchée en mars par l’Administration Trump, l’escalade verbale qui a suivi a remis le thème de la guerre commerciale sur le devant de la scène. Des péripéties de nature politique en Europe (Italie, Allemagne, Royaume-Uni) ont entretenu la nervosité.

Les investisseurs ont pu se raccrocher aux banquiers centraux qui apparaissent de plus en plus comme un phare au milieu de cet environnement mouvant. Réunis en colloque à Sintra à l’invitation de la BCE, Jerome Powell et Mario Draghi ont confirmé les décisions prises en juin qui visent à poursuivre – ou commencer – très prudemment la normalisation des politiques monétaires.

Cet engagement devrait assurer une période de transition sans heurts et apporter un soutien aux marchés financiers (actions et obligations). A court terme, l’arrêt de l’appréciation du dollar, prévisible après une hausse de 5 % en 3 mois et alors que les niveaux actuels reflètent largement les remontées à venir des taux directeurs de la Fed, devrait permettre aux actifs risqués de se reprendre, en particulier dans les zones émergentes.

Au-delà, les investisseurs vont continuer à s’interroger sur le scénario économique et sur le contexte politique en Europe et à hésiter face à la politique commerciale des Etats-Unis mais devraient conserver une certaine appétence pour les actions.


Pour en savoir plus sur les actions. Découvrez d'autres articles de Nathalie Benatia ici.

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