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Lutte contre le système bancaire parallèle en Chine : crise des prêts P2P

Autrefois vendu comme une façon de transformer le secteur financier chinois pour allouer plus efficacement le capital grâce aux forces du marché, le secteur des plateformes de prêts de particulier à particulier (P2P) en ligne s’est effondré. Le nombre de nouvelles faillites P2P est remonté en flèche depuis juin 2018 après une première vague de faillites entre 2015-2016 (graphique 1), provoquant ainsi une chute du montant des emprunts P2P en cours (graphique 2).

Autrefois vendu comme une façon de transformer le secteur financier chinois pour allouer plus efficacement le capital grâce aux forces du marché, le secteur des plateformes de prêts de particulier à particulier (P2P) en ligne s’est effondré. Le nombre de nouvelles faillites P2P est remonté en flèche depuis juin 2018 après une première vague de faillites entre 2015-2016 (graphique 1), provoquant ainsi une chute du montant des emprunts P2P en cours (graphique 2).

Graphique 1 : Nombre de nouvelles faillites P2P Source : CEIC, BNP Paribas Asset Management (Asie), données au 27/08/2018 Graphique 2 : Nombre de nouvelles start-ups P2P Source : CEIC, BNP Paribas Asset Management (Asie), données au 27/08/2018 Graphique 3 : Prêts P2P en cours Source : CEIC, BNP Paribas Asset Management (Asie), données au 27/08/2018

Les plateformes P2P sont apparues en Chine fin 2006 dans le but de mettre en rapport des particuliers à la recherche d’emprunts avec d’autres particuliers désireux de leur prêter directement sans passer par les intermédiaires financiers traditionnels. Ce modèle a pris de l’ampleur entre fin 2014 et 2015 (graphique 3) grâce à un engouement massif pour la finance en ligne.

Le retrait de la garantie implicite met le feu aux poudres

La première vague de faillites entre 2015 et 2016 n’a provoqué aucune panique financière. En effet, le montant des emprunts P2P a continué de progresser durant tout ce temps (cf. graphiques 1 et 2) dans un contexte de consolidation ayant éliminé du marché les plateformes les moins rentables.

Cependant, les récentes faillites ont provoqué une crise de confiance. Des récits de petits investisseurs ayant perdu l’épargne de toute une vie qui se suicident ou manifestent devant le siège de la CBIRC[1] à Beijing pour demander justice ont inondé les médias du continent et même suscité des critiques envers la direction politique du président Xi.[2]. Ces troubles très médiatisés ont incité Beijing à prendre 10 mesures début août pour contrer le risque lié aux prêts en ligne et ainsi apaiser l’opinion publique.

Le mouvement de panique actuel a probablement été causé par le retrait de la garantie implicite de la CBIRC. Mi-juin, Guo Shuqing, directeur de la CBIRC, a clairement averti que les investisseurs devaient être prêts à perdre leur argent si un investissement promettait un rendement de 10 % ou plus. Jusqu’alors, les investisseurs pensaient que le lien étroit entre les sociétés P2P et le gouvernement local leur offrait une certaine protection de l’État sur leurs investissements P2P.

Prêts P2P, système bancaire parallèle et problèmes de corruption

Le fiasco du système de prêts P2P révèle à la fois l’absence de supervision et un grave problème de corruption dans le processus d’innovation financière de la Chine. La CBRC et chaque gouvernement local où une plateforme P2P est établie étaient supposés superviser les activités des sociétés P2P gérant la plateforme et assurer l’application des règles qui les régissent, mais ces sociétés manquaient largement de personnel[3]. Les gouvernements locaux étaient également incapables de superviser efficacement les plateformes actives dans plusieurs juridictions du pays.

Plus interpellant, les autorités locales entretenaient une relation de symbiose avec les plateformes P2P à des fins de corruption et de profits qui incitaient les autorités à fermer l'œil sur les irrégularités financières, voire même les pyramides de Ponzi. Ces problèmes expliquent l’incapacité des régulateurs à s’assurer que les plateformes de prêts de particulier à particulier s’en tiennent à leur rôle d’intermédiaires d’information plutôt qu’à des intermédiaires financiers.

Ceci signifie que, contrairement aux banques, qui réunissent les fonds de dépositaires à court terme et les prêtent à long terme en étant tenues de rembourser les dépositaires même si les prêts font défaut, les sociétés de prêts P2P en ligne utilisent simplement une plateforme pour mettre en contact les emprunteurs et les prêteurs sur Internet. Les prêts de particulier à particulier signifient aussi que les prêteurs ne sont remboursés que si les emprunteurs remboursent leurs prêts, et le prêteur ne peut exiger aucune garantie de remboursement auprès de la plateforme en cas de défaut de l’emprunteur. Ce sont là les principales différences entre une plateforme P2P et une banque.

Toutefois, en Chine, le flou règne. Bon nombre de plateformes P2P sont des pyramides de Ponzi dès le début[4] ou des banques clandestines illégales. Elles rassemblent des fonds via les prêts sur Internet, émettent des produits de gestion de patrimoine avec décalage des échéances et offrent même des garanties de remboursement. Vu qu’il n’existe aucun processus de due diligence, les investisseurs/prêteurs n’ont aucune idée des risques qu’ils courent jusqu’à ce que la plateforme s’effondre. La CBRC a publié des règles en août 2016 qui interdisent ces pratiques, mais le déclenchement de la crise en juin 2018 démontre l’absence de mise en conformité.

Faut-il s’inquiéter de la débâcle du système de prêts P2P ?

Le segment P2P est minime. En juillet 2018, il ne représentait que 0,7 % de l’ensemble des prêts bancaires et 0,5 % des actifs bancaires totaux. La croissance des prêts P2P est aussi en baisse depuis son pic de 2015 (Graphique 4). Seule une infime partie de la population, issue essentiellement de la classe moyenne des grandes villes, a investi dans ce type de prêts. Par conséquent, la crise ne devrait pas avoir d’impact systémique sur le système financier global de la Chine. En outre, les nouveaux prêts sont de plus en plus difficiles à obtenir en raison des mesures de réduction de la dette du gouvernement et de sa répression réglementaire envers les plateformes de prêts. Ainsi, les « mauvais » emprunteurs peuvent moins facilement se tourner vers une autre plateforme de prêts pour rembourser les prêts précédents. Selon nous, la crise des prêts P2P ne devrait pas s’intensifier.

Graphique 4 : Croissance des emprunts P2P Source : CEIC, BNP Paribas Asset Management (Asie), données au 27/08/2018

Cependant, le risque d’instabilité sociale n’est pour l’instant pas clair, car les pertes induites par la crise sont devenues un problème socio-politique qui a accentué la pression sur le président Xi Jinping sur fond de ralentissement de la dynamique de croissance économique, d’augmentation des défauts de paiement et d’accroissement des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis.

De plus, la symbiose entre les autorités locales et les plateformes P2P a permis d’allouer une partie des prêts P2P à des projets gouvernementaux. Les faillites de prêteurs P2P couperont net le flux de fonds alloués à ces projets, que les banques ont refusé de soutenir. Il n’existe aucune donnée permettant d’évaluer le volume de prêts P2P impliqués dans des projets gouvernementaux, car le phénomène est très récent. Toutefois, nous pouvons nous baser sur le volume associé à la catégorie « autres » dans le total des sources de fonds destinés à un investissement dans des actifs fixes. En juillet 2018, cette catégorie ne représentait que 17 % et incluait aussi les activités bancaires parallèles en sus des prêts P2P.

En bref, la crise P2P est un problème structurel que Beijing doit résoudre parallèlement à son programme de modernisation financière, mais nous ne pensons pas qu’elle risque de devenir un problème systémique susceptible d’ébranler le marché des actifs chinois. En juillet 2018, le nombre de prêteurs P2P en Chine était de plus de 1650 et le processus de consolidation se poursuivra inévitablement. De toute évidence, les investisseurs devraient faire preuve de prudence lorsqu’ils investissent dans des acteurs P2P cotés, certains étant cotés à l’étranger.

La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

Investir dans les marchés émergents ou dans des segments de marché spécialisés ou restreints peut présenter une volatilité supérieure à la moyenne en raison de la forte concentration de leurs positions, d’un degré d’incertitude plus élevé reflétant le manque d’informations disponibles, de leur liquidité plus faible ou de leur sensibilité plus grande à l’évolution du contexte de marché (social, politique et économique).

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Par conséquent, les services de transaction, de liquidation et de conservation du portefeuille utilisés pour le compte de fonds investis dans les marchés émergents peuvent comporter un risque plus élevé.


[1] La CBIRC, pour China Banking and Insurance Regulatory Commission, est le nouveau régulateur des banques et assurances qui a été créé en avril 2018 à la suite d’une fusion entre la CBRC et la CIRC.

[2] « Xi’s Grip Loosens Amid Trade War Policy Paralysis », par Willy Lam, The Jamestown Foundation, China Brief Volume 18, Édition 14, 10 août 2018.

[3] La CBRC a admis dans une conversation privée en 2015, qu’elle ne disposait que de deux à 3 équivalents temps plein pour superviser, réguler et établir les règles de milliers de plateformes P2P complexes.

[4] Le cas le plus célèbre est la pyramide de Ponzi Ezubao, qui impliquait plus de 900 000 investisseurs pour un montant de 7,6 milliards d’USD. Cf. http://www.xinhuanet.com/english/2016-02/01/c_135065022.htm

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