BNP AM

Le blog officiel de BNP Paribas Asset Management

Il est temps de relancer l’action sur le climat

Quatre ans après l’Accord historique de Paris lors de la conférence COP21, il devient clair que le changement climatique fait rage sans relâche et que la nécessité d’agir est non seulement impérative, mais également de plus en plus urgente, afin d’éviter de terribles conséquences dans l’ensemble de la société et de l’industrie. Nous abordons certaines des principales questions dans cet article pour The Intelligence Report.

Quatre ans après l’Accord historique de Paris lors de la conférence COP21, il devient clair que le changement climatique fait rage sans relâche et que la nécessité d’agir est non seulement impérative, mais également de plus en plus urgente, afin d’éviter de terribles conséquences dans l’ensemble de la société et de l’industrie. Nous abordons certaines des principales questions dans cet article pour The Intelligence Report.

La récente réunion COP25 a traité des prochaines étapes cruciales du processus des Nations Unies sur le changement climatique, notamment les travaux préalables à la réunion de 2020 au cours de laquelle les pays se sont engagés à réviser les objectifs de « Paris » et à soumettre de nouveaux plans d’action nationaux actualisés sur le climat [1]. Quel est l’état actuel des choses ?


Les politiques actuelles en matière de changement climatique sont insuffisantes

Il est clair que les politiques actuelles en matière de changement climatique n’ont pas suffi pour garantir une limitation de la hausse des températures mondiales à 2 °C d’ici 2030. En outre, l’autre objectif de l’Accord de Paris consistant à maintenir cette augmentation bien en dessous de 2 °C semble désormais encore moins réalisable.

Au lieu de cela, les températures devraient avoir augmenté de 3 °C d’ici la fin du siècle, les politiques actuelles n’ayant eu qu’un impact infime sur les émissions annuelles mondiales de CO2e. Et même une augmentation de 4 °C d’ici la fin de ce millénaire ne peut plus être exclue.

De tels scénarios – qu’il s’agisse d’un réchauffement de 3 °C ou même de 4 °C – laissent entendre que la situation actuelle est impensable. Les vagues de chaleur extrêmes, les sécheresses et l’élévation de plusieurs mètres du niveau de la mer affecteraient la sécurité alimentaire, la faune et la flore et entraîneraient des millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté.[a]

La fracture entre les ambitions de l’Accord de Paris et les dernières projections a été clairement mise en évidence dans le dernier rapport annuel des Nations Unies sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions (« gap report »). Dans le même temps, des données récentes des Nations Unies ont montré que le volume de dioxyde de carbone dans l’atmosphère était toujours en hausse – et non en baisse. La combustion des combustibles fossiles en est une cause majeure.

Le rapport des Nations Unies met en garde contre le fait que, si les émissions mondiales de gaz à effet de serre piégeant la chaleur ne diminuent pas de 7,6 % par an entre 2020 et 2030, le monde ne pourra pas s’engager sur la voie de l’objectif « Paris » d’une hausse limitée à 1,5 °C.

La procrastination n’est pas une option

Il est clair que des mesures de plus en plus énergiques sont nécessaires à de nombreux niveaux, car les effets destructeurs et perturbateurs du changement climatique – notamment les fortes tempêtes, les inondations et les incendies de forêt de grande ampleur – sont observables année après année et que les appels au réveil se font entendre.

D’autres mesures sont nécessaires pour s’adapter au changement climatique et l’atténuer, ainsi que pour financer ces deux volets. Les parties prenantes, des organisations multinationales aux gouvernements nationaux, des entreprises aux ONG, et de la société civile aux citoyens individuels, investisseurs compris, doivent se mobiliser.

Compte tenu des alternatives impensables – à savoir le risque important pour la vie et l’intégrité des personnes, pour la société dans son ensemble, pour l’économie et les investissements –, il devrait être évident qu’un retard ne ferait qu’entraîner des perturbations chaotiques et la nécessité d’imposer des politiques plus draconiennes.

Que peut-on faire pour contribuer à la lutte contre le changement climatique ?

Nous portons notre attention sur les évolutions dont les investisseurs doivent être conscients et sur lesquelles ils peuvent agir, à savoir :

  • Anticiper le pic du pétrole en 2026-2028, la suppression progressive du charbon et la progression du solaire et de l’éolien en tant que sources d’énergie et ajuster les portefeuilles en conséquence ;
  • Se positionner pour investir en faveur de l’électrification des transports dans un délai de 20 ans ;
  • Privilégier les solutions fondées sur la nature et abandonner celles qui impliquent la déforestation....

En ce qui concerne le financement du climat, qui est essentiel pour permettre une action climatique en matière d’atténuation et d’adaptation, il nous semble nécessaire de réorienter les flux de capitaux vers une économie nette zéro carbone. Des incitations sont nécessaires pour encourager l’adoption de technologies et de pratiques à faible émission de carbone, tandis qu’une législation devrait être imposée aux entreprises afin qu’elles rendent publics les risques physiques, réglementaires, technologiques et de marché liés au changement climatique.

Bien que le défi soit de taille, il est possible de trouver du financement

L’OCDE estime à 6 300 milliards USD le montant des investissements dans l’énergie, les transports et les infrastructures nécessaires chaque année entre 2016 et 2030, avec 600 milliards USD supplémentaires pour rendre les investissements compatibles avec l’Accord de Paris.[b] Selon une autre estimation, 29 000 milliards USD d’investissement dans la transition énergétique sont nécessaires sur les 35 ans à venir d’ici à 2050.[c]

Bien que ces sommes puissent sembler intimidantes, il convient de noter que la quantité d’argent dans l’économie mondiale est bien plus importante : plus de 80 000 milliards USD, selon certaines estimations.[d] L’épargne des 10 pays qui épargnent le plus pourrait couvrir le montant projeté par l’OCDE.[e]

En ce qui concerne la « marge de manœuvre budgétaire »[f] qui pourrait être utilisée pour ces investissements, une estimation suggère que les dépenses publiques de l’Australie, de l’Allemagne, des Pays-Bas et de la Suède pourraient être portées à la hausse, en partie grâce à leur accès à un financement stable et bon marché des marchés financiers. De leur côté, le Brésil, l’Italie et le Pakistan, par exemple, n’ont qu’une marge de manœuvre limitée, il y a « de l’argent dans les coffres », même si les sommes ne sont pas faramineuses, dans des pays tels que la Chine, la Russie, l’Arabie Saoudite et les États-Unis.[g]

Un rôle pour chaque investisseur

Pareille évaluation s’inscrit dans un refrain de plus en plus vif appelant à davantage d’action budgétaire. Étant donné que c’est pour le bien commun, on peut s’attendre à ce que les dépenses se concentrent sur la modernisation des infrastructures, mais probablement dans une optique ESG, ainsi que sur des projets respectueux du climat, en particulier sur la transition énergétique....

Dans ce cas, les banques centrales pourraient ouvrir la voie en utilisant leurs programmes d’achat d’actifs pour soutenir les actifs verts et acheter des instruments liés au climat tels que les obligations vertes. Une telle action enverrait un signal fort aux autres investisseurs institutionnels, à l’ensemble de la communauté bancaire et indirectement aux investisseurs retail.

Soit dit en passant, le succès même du marché des obligations vertes peut être considéré comme révélateur de l’intérêt croissant pour la finance durable. Le mouvement en faveur du développement durable devrait également bénéficier des critères européens en cours d’élaboration visant à définir les produits d’investissement verts [2], ce qui devrait accroître la transparence pour les investisseurs, renforcer la crédibilité des instruments de financement verts et lutter contre le greenwashing.

Ce qui est encourageant, c’est que les investisseurs eux-mêmes trouvent leur place. Le lobby Climate Action 100+, soutenu par plus de 370 investisseurs (dont BNP Paribas Asset Management) avec plus de 35 000 milliards USD d’actifs, incite les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre du monde à agir pour lutter contre le changement climatique. En d’autres termes, les investisseurs joignent le geste à la parole en lançant des défis et en s’engageant.

Le sentiment général devrait alors être ainsi : quand on le veut, on peut s’attaquer au changement climatique.


[1] Lire également La réunion de la COP25 devrait prendre de nouvelles mesures dans la lutte contre le changement climatique

[2] Helena Vines Fiestas, Directrice adjointe Monde Développement durable chez BNPP AM, est membre du groupe de travail du TEG sur la taxinomie d’activités durables. Le TEG est composé d’experts de la finance, du monde universitaire, de la société civile et de l’industrie désignés par la Commission européenne pour identifier les activités économiques durables et le niveau de performance environnementale qu’elles doivent atteindre. Lire également Que veut dire « vert » ? La taxonomie de l’UE le définit de manière plus précise et The EU taxonomy: the metric system of the 21st century


[a] Lire également Forum de l’investissement 2019 : prévisions du changement climatique

[b] Voir aussi https://unfccc.int/sites/default/files/2019-11/Climate-Finance.jpg

[c] Source : Perspectives for the energy transition: Investment needs for a low-carbon energy system ; mars 2017

[d] Une mesure connue sous le nom d’agrégat monétaire ; selon le World Factbook de la CIA publié sur le site https://www.businessinsider.com/heres-how-much-money-there-is-in-the-world-2017-10?r=US&IR=T

[e] Un an d’investissement estimé ; en supposant un taux d’épargne national d’environ 40 % du PIB ; les pays incluent Singapour, la Chine, la Corée du Sud, l’Irlande et la Suisse ; source https://www.investopedia.com/articles/personal finance/022415/top-10-countries save most.asp

[f] La marge de manœuvre dont disposent les pays pour augmenter temporairement leurs déficits budgétaires sans compromettre leur accès aux marchés ou la soutenabilité de leur dette ; source : FMI

[g] Source : Economic Prepapreparedness: The Need for Fiscal Space ; blog du FMI


Cet article a été publié dans The Intelligence Report – 10 décembre 2019

The Intelligence Report TIR


Pour plus d’articles sur l’ISR, cliquez ici >

Découvrez les solutions d’investissement de BNP Paribas Asset Management: l’asset manager d’un monde qui change.

Global Sustainability Strategy Notre vision de l’investissement durable

Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication. Elles émanent des informations disponibles et sont susceptibles de changer sans préavis. Les équipes de gestion peuvent avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement autres en fonction des clients.

 

Sur le même thème

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire

Un tour d'horizon des principales tendances économiques de la semaine.

Veuillez saisir une adresse e-mail valide
Veuillez cocher la case ci-dessous pour vous abonner