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Un vent de réforme va-t-il souffler en Chine ?

De nombreux changements à tous les échelons du gouvernement chinois ont déjà eu lieu depuis 2016 en préparation au second mandat (qui débutera en 2018) du Président Xi Jinping.

De nombreux changements à tous les échelons du gouvernement chinois ont déjà eu lieu depuis 2016 en préparation au second mandat (qui débutera en 2018) du Président Xi Jinping.

Cependant, le changement le plus important est encore à venir, précisément lorsque Pékin annoncera la nouvelle composition du Comité permanent du Politburo (SCP) à l’occasion du 19e Congrès du Parti qui devrait se tenir en octobre ou en novembre de cette année. Des sept membres du Comité permanent, tous sauf le Président et le premier ministre devront prendre leur retraite.

Les spéculations vont bon train sur la composition du nouveau Comité permanent du Politburo, car c’est lui qui dessinera les contours de la politique de croissance et de réforme des cinq prochaines années. Dans cet article, nous présentons un éclairage sur la base de nos contacts en Chine.

Il convient tout d’abord de distinguer les deux forces qui s’opposent : d’une part, les conservateurs (les partisans de l’ancien modèle économique) et, d’autre part, les réformateurs (les avocats du nouveau modèle de croissance).

Si nous pouvons anticiper le courant qui dominera le nouveau Comité permanent du Politburo, nous aurons des indices sur le programme politique qui pourrait être mis en place au cours du second mandat du Président Xi, notamment la réforme du secteur public, l’allègement de la dette, la convertibilité du compte de capital et la libéralisation financière. Pour les besoins de cette analyse et de l’élaboration des différents scénarios possibles, nous ne considérons que les candidats qui ont le plus de chance de décrocher une place au Comité permanent du Politburo.

Rapports de force

Le Comité permanent du Politburo compte actuellement trois réformateurs convaincus : le Président Xi Jinping, le Premier ministre Li Keqiang et M. Wang Qishan (en charge de la lutte contre la corruption). Un membre, M. Liu Yunshan, ne s’est pas positionné clairement mais semble depuis peu tendre vers la mouvance conservatrice. Les trois autres sont d’irréductibles conservateurs (voir graphique n°1).

Graphique 1 : Comité permanent actuel (juillet 2017)

gouvernementSource : BNP Paribas Asset Management Asia, données au 19/07/2017

Cela signifie que le Président Xi Jinping n’a jamais pu compter sur le soutien total du Comité permanent du Politburo pour faire passer ses réformes depuis qu’il est entré en fonction. Seul trois des sept membres du Comité permanent du Politburo soutiennent les réformes structurelles. L’absence de consensus transparait aussi dans la résistance à mener des réformes et dans les volte-face politiques qui ont émaillé son premier mandat.

Toute conjecture sur la composition du nouveau Comité permanent du Politburo doit tenir compte de quatre grandes traditions politiques (bien que celles-ci ne soient pas gravées dans le marbre).

  • L’âge de la retraite pour les hauts dirigeants est de 68 ans. Le Président Xi Jinping va-t-il rompre avec la tradition et garder M. Wang (qui aura 70 ans en 2018) au Comité permanent du Politburo ?
  • La nomination d’un successeur : M. Xi va-t-il désigner son successeur lors du Congrès du Parti ?
  • La taille du Comité permanent du Politburo : M. Xi va-t-il encore réduire la taille du Comité permanent du Politburo (il avait réduit le nombre de membres de neuf à sept à sa prise de pouvoir au dernier Congrès du Parti fin 2012) ?
  • Les nouveaux membres du Comité permanent du Politburo : M. Xi parviendra-t-il à installer tous ses soutiens réformateurs au Comité permanent ?

Le Bureau politique idéal pour réformer

Les marchandages politiques vont bon train : l’incertitude est donc élevée et les différentes issues, nombreuses. Idéalement, M. Xi réussirait à garder M. Wang et à faire entrer d’autres soutiens réformateurs. Il pourrait ainsi former un Comité permanent du Politburo réformateur fort qui lui laisserait les mains libres pour mener et accélérer les réformes structurelles durant son second mandat. Soucieux d’ancrer son pouvoir et de maximiser la dynamique de réformes, M. Xi pourrait ainsi réduire le nombre de membres du Comité permanent du Politburo à cinq, rompre avec la tradition de l’âge de la retraite et garder M. Wang à ses côtés. Fort de son statut de « coeur du centre du parti » décroché lors d’une réunion du Parti à huis clos en octobre 2016 , il se garderait probablement de désigner un successeur afin de conserver les rênes à long terme. Le graphique n°2 décrit le Comité permanent du Politburo idéal, composé de réformateurs et de protégés de Xi.  Toutes choses égales par ailleurs, les actifs chinois feraient l'objet d'une forte réévaluation dans ce cas de figure.

Graphique 2 : Un Comité permanent du Politburo réformateur composé d’alliés de Xi

gouvernement

Source : BNP Paribas Asset Management Asia, données au 19/07/2017

Ceci dit, une telle configuration irait à l’encontre de certains principes de base du Parti, notamment :

  • l’interdiction du mandat à vie quel que soit le dirigeant, le Président y compris ;
  • une direction collective ;
  • la répartition des responsabilités entre les différents hauts dirigeants.

Tous les hauts dirigeants depuis Deng Xiaoping ont respecté ces principes. Si M. Xi parvenait à obtenir une composition du Comité permanent du Politburo en faisant de facto son organe consultatif personnel, il s’exposerait à de vives critiques du Parti. Pour cette raison, ce scénario nous paraît improbable.

Un Bureau politique sous-optimal (scénario de base)

En réalité, M. Xi devra probablement faire des compromis sur certains des principes de son Parti (tels que l’âge de la retraite et la nomination de son successeur) afin d’obtenir plus d’alliés au Comité permanent. Dans ce cas, il pourrait ne pas toucher au nombre de membres du Comité permanent du Politburo (sept), remplacer les cinq qui ont atteint l’âge de la retraite et désigner un successeur. Ce dernier pourrait être Hu Chunhua, qui bénéficie du soutien de l’ancien président Hu Jintao. Il pourrait également confier à un autre allié proche, Li Zhanshu, le portefeuille de la lutte contre la corruption attribué actuellement à M. Wang Qishan. Dans cette configuration éventuelle, le nouveau Comité permanent du Politburo compterait plus de partisans de Xi et plus de réformateurs, et une minorité de membres conservateurs (graphique 3).

Un tel résultat pourrait se traduire par la présence de quatre à six réformateurs. Naturellement, ce scénario donnerait les coudées franches à M. Xi pour mettre en œuvre son programme de réformes : le nouveau Comité permanent du Politburo compterait au minimun cinq membres réformateurs (le Président y compris) sur les sept contre seulement trois dans la configuration actuelle.

Graphique 3 : Un Comité permanent du Politburo sous-optimal (scénario de base)

gouvernementSource : BNP Paribas Asset Management Asia, données au 19/07/2017

Conclusion

Nous jugeons élevée la probabilité que le nouveau Comité permanent du Politburo soit plus réformateur que l’actuel. En d’autres termes, les réformes structurelles, notamment l’allègement de la dette, seront plus rapides et plus décisives que lors du premier mandat du Président Xi Jinping. Bien qu’elle jouera probablement un rôle moins perturbateur qu’elle ne l’a fait jusqu’à ce jour, la résistance aux réformes ne devrait néanmoins pas disparaître. Un vent de réforme pourrait dès lors souffler, rapprochant la Chine d’une économie dite de Boucles d’Or (Goldilocks) sous le signe de la stabilité économique et des réformes structurelles.


Rédigé le 19/07/2017

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