« Nous ferons ce que nous devons faire » (Mario Draghi, le 20 novembre 2015)

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Les rendements des bons du Trésor américain de longue date ont peu évolué la semaine du 16 novembre : le rapport décevant sur les ventes au détail, qui fait état d’une croissance de seulement 0,1 % en glissement mensuel, a été contrebalancé par un rapport du consensus sur l’inflation des prix à la consommation en hausse de 0,2 % en rythme mensuel et par une diminution des nouvelles demandes hebdomadaires d’allocations de chômage à 271.000 unités. La courbe des taux s’est aplatie : le segment à deux ans a progressé de huit points de base à 0,92 %. Les actifs risqués ont bien résisté et l’indice S&P 500 a connu sa meilleure semaine depuis le début de l’année en gagnant 3,3 %.

Le 18 novembre, la Réserve fédérale (Fed) a publié le compte rendu de la réunion du comité de politique monétaire (FOMC) du 28 octobre dernier. Les « Fed watchers » n’y ont vu aucune surprise, ce qui a renforcé l’opinion selon laquelle les conditions économiques aux États-Unis ouvrent la voie à un relèvement des taux directeurs à l’issue de la réunion du FOMC du 16 décembre prochain. Plus spécifiquement, le compte rendu rappelle que le relèvement des taux est subordonné à une amélioration du marché du travail et à une « confiance raisonnable » dans le chef du FOMC que l’inflation grimpera vers l’objectif de 2% à moyen terme.

Le rapport maintient donc la conditionnalité et renouvèle les craintes des membres du comité à propos des risques liés à la conjoncture mondiale et à l’appréciation continue du billet vert. Par ailleurs, de récentes communications de dirigeants de la Fed ont abondé dans le sens d’une hausse de taux, qui n’aura jamais été autant annoncée selon le Président de la Réserve fédérale de New York William Dudley et pour laquelle les marchés devraient donc être prêts. Le président de la Réserve fédérale d’Atlanta Dennis Lockhart a dit cette semaine que si et quand relèvement des taux il y a, celui-ci devra être interprété comme un signal fort confirmant que la Fed aura repris confiance dans les perspectives économiques.

Juste après la réunion d’octobre de la Fed, des informations supplémentaires ont été publiées sur le marché du travail révélant la création de 271.000 emplois et une baisse du chômage à 5,0 %. L’IPC de base publié le mardi 17 novembre est ressorti en légère hausse de 0,2 % en glissement mensuel (voir Graphique 1 ci-dessous). Même les derniers chiffres sur l’indice des prix à la consommation soutiennent donc le scénario d’un relèvement des taux. En conséquence, tout semble indiquer à l’heure actuelle que nous nous dirigeons vers une première hausse des taux cible des fonds fédéraux américains depuis presque dix ans.

Graphique 1 : IPC américain – hors alimentation et énergie, données non corrigées des variations saisonnières (novembre 2009 – octobre 2015)

Fedchart

Source: Bloomberg, 20 novembre 2015

Pendant ce temps de l’autre côté de l’Atlantique, l’indice des prix à la consommation allemand s’est contracté de 0,4 % en octobre et l’euro a fléchi à 1,067$. Les chiffres décevants de l’inflation en Europe ont préparé le terrain pour la Banque centrale européenne (BCE) qui pourrait dévoiler de nouvelles mesures de soutien lors de sa prochaine réunion du 3 décembre. Une nouvelle baisse des taux directeurs et un élargissement du programme d’achat d’actifs sont pressentis comme candidats probables. La déclaration du président de la BCE Mario Draghi le vendredi 20 novembre, avant la publication des chiffres de l’inflation en retrait en Allemagne, a rappelé étrangement son discours mémorable de 2012 avec les célèbres mots : « tout ce qu’il faut ». Mario Draghi a dit : « Si nous décidons que la trajectoire actuelle de notre politique n’est pas suffisante pour atteindre l’objectif (d’une inflation légèrement inférieure à 2%), nous ferons ce que nous devons faire pour relancer l’inflation aussi vite que possible ». Cela n’a pas empêché les rendements des obligations d’État allemandes à deux ans d’enfoncer un plancher historique à -0,39 %.

Après près de sept années de taux cible des fonds fédéraux nuls et une augmentation de 4.000 milliards de dollars du bilan de la Fed, l’institution américaine semble aujourd’hui prête à commencer le processus de normalisation de sa politique monétaire. Les taux directeurs aux États-Unis et en Europe sont amenés à suivre des trajectoires différentes. La Fed semble enfin disposée à passer le témoin. Selon toute vraisemblance, il appartient à la BCE d’écrire le prochain chapitre des politiques monétaires non conventionnelles.

« Nous ferons ce que nous devons faire »…  Quelle est l’alternative ?

Image : Mario Draghi, président de la BCE
Source de l’image : miqu77 / Shutterstock.com
John Carey

Head of structured Securities, CFA Charterholder

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