Brexit : comment les marchés ont-ils réagi ?

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Nos premiers constats sur la réaction des marchés financiers face au Brexit :

Un événement à dimensions multiples – Le vote britannique de quitter l’Union européenne a provoqué une onde de choc. Cependant, nous ne nous attendons pas à ce que le Brexit provoque une crise systémique. Les retombées toucheront, selon nous, principalement le Royaume-Uni. Si il devait y avoir un impact plus étendu, nous voyons les marchés d’actifs périphériques européens et la vigueur du dollar américain comme vecteurs potentiels de contagion. L’organisation politique mettra un certain temps à s’éclaircir. Entre temps, l’incertitude politique créera des points d’entrée et des bouleversements sur les marchés.

Les marchés ont fonctionné normalement jusqu’à présent – Au lendemain du Brexit, on n’a pas assité à un blocage généralisé des échanges commerciaux, ni à une panique chez les investisseurs. Bien sûr, ce n’était que le premier jours de l’ère « post-Brexit », mais les craintes d’une crise systémique mondiale ont été exagérées. Il faudra néanmoins du temps avant de pouvoir affirmer que tous les risques sont écartés. D’ores et déjà, les banques du G4 – la réserve fédérale américaine, la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon et la Banque centrale européenne – se tiennent prêtes à injecter des liquidités si nécessaire. Malgré le fait que les marchés financiers dans l’ensemble n’avaient pas anticipé un Brexit, les mouvements n’ont pas été particulièrement spectaculaires le 24 juin 2016 (voir graphiques 1, 2 et 3 ci-dessous).  Une partie importante de la volatilité s’est principalement expliquée par les forts rebonds qui ont eu lieu précédemment.

Les mouvements de marché du vendredi 24 juin indiquent que les investisseurs ont adopté une attitude défensive dans les différentes classes d’actifs : ils ont privilégié la qualité à la valeur sur les marchés actions et du crédit, ont surpondéré les obligations jugées sûres (comme les emprunts d’État allemands, américains et britanniques), ont sous-pondéré la dette périphérique, la dette émergente et les matières premières, et se sont positionnés à l’achat sur le yen et le dollar américain par rapport aux devises européennes et émergentes.

Comment les marchés ont réagi au Brexit le vendredi 24 juin 2016 :

Graphique 1 : évolution des principaux indices boursiers, de certaines devises et matières premières, le 24 juin 2016

equity indicesSource: Bloomberg, BNPP IP, au 24 juin 2016

 

Graphique 2 : une fuite vers les valeurs refuge sur les marchés obligataires – évolution des spreads/rendements obligataires le vendredi 24 juin 2016

bond spreadsSource: Bloomberg, BNPP IP, au 24 juin 2016


Graphique 3 : la réaction première des marchés actions européens et américains (S&P) le 24/06/16 a été relativement modérée, par rapport aux autres mouvements baissiers importants – l’expérience a montré néanmoins que le courant vendeur pourrait encore se poursuivre (217 jours se sont écoulés entre le creux et le pic en 2011)

S&PSource : Bloomberg, BNPP IP, au 24 juin 2016

 

À quoi pouvons-nous nous attendre maintenant sur les marchés ?

– Quelle que soit la classe d’actifs, les valorisations à long terme dépendront des données économiques et du climat d’investissement. Si, par exemple, les indicateurs économiques signalent une croissance stable ou en hausse aux États-Unis ou en Chine, les craintes liées au Brexit diminueront probablement.

– Jusqu’à preuve du contraire, les marchés financiers considéreront probablement le Brexit comme un événement désinflationniste (sauf peut-être au Royaume-Uni en raison de la baisse de la livre sterling). Pourquoi ? Parce que la dévaluation importante de la livre sterling permettra à l’industrie anglaise de racheter une partie de la demande des biens manufacturier aux dépens des concurrents. Une appréciation excessive du dollar américain et/ou du yen pourrait contraindre les banques centrales à intervenir.

– Les marchés financiers partent du principe que le Brexit pourrait déboucher sur une politique monétaire plus souple de la part des banques centrales (c’est à dire des pays du G4) en raison d’une croissance économique plus faible que prévue. Le marché estime dorénavant la probabilité d’une hausse de taux aux États-Unis en 2016 à 15 % (contre 50 % avant le référendum britannique). Les contrats à terme sur les fonds fédéraux vont même jusqu’à intégrer une probabilité de 10 % de voir la Fed inverser  sa politique et réduire ses taux directeurs. La Banque du Japon pourrait abaisser ses taux pour endiguer la hausse du yen, alors que la BCE réduirait ses taux directeurs et/ou élargirait encore son programme d’assouplissement quantitatif.

Cet article a été rédigé le 27 juin 2016 à Londres

Daniel Morris

Senior investment strategist, CFA charterholder

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