Crise de croissance pour les marchés financiers

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Veuillez noter que le présent article peut contenir du langage technique. Pour cette raison, il est déconseillé aux lecteurs qui ne disposent pas d’une expérience professionnelle de l’investissement.

Les performances décevantes des actifs risqués pendant les premières six semaines de l’année 2016 inquiètent les investisseurs qui se demandent si la révision à la baisse des prévisions de croissance mondiale rendra les actifs meilleur marché ou si la correction récente marque la première étape du basculement vers une récession globale. Les résultats financiers mitigés des entreprises aux États-Unis, l’élargissement de l’arsenal d’outils monétaires en Chine et la persistance des prix faibles du pétrole et des matières premières illustrent la conjoncture médiocre à l’échelle mondiale. Ces facteurs ont logiquement contribué à déclencher la forte correction qui a frappé les marchés d’actions et d’obligations. Pourtant, au niveau de l’économie mondiale, certains éléments suscitent un espoir. Nous nous attendons à un regain d’appétit pour les actifs risqués dans les semaines qui viennent après le sursaut des Bourses internationales, et notamment celui de l’indice S&P 500 qui a gagné 2 % le vendredi 12/02/2016.

 

Les bénéfices de la baisse des prix de l’énergie restent à venir…

Aux États-Unis, la pause prise en janvier par la Réserve fédérale (la Fed) dans la normalisation monétaire a atténué les prévisions d’une divergence monétaire plus importante, lesquelles avaient contribué au raffermissement du dollar. Alors que sa présidente Janet Yellen justifiait le statu quo en invoquant les risques pour la scène économique internationale et les conditions de crédit, la Fed garde clairement le cap du durcissement monétaire. Pour cette raison, nous prévoyons un relèvement des taux de 25 points de base d’ici à la fin du premier trimestre 2016. Les consommateurs gardent le moral : la diminution des stocks et le mauvais temps ne devraient pas changer la donne. En fin de compte, la faiblesse des prix de l’énergie devrait soutenir la croissance même si les économies ainsi réalisées ont été utilisées jusqu’à présent pour réduire l’endettement et non pour la consommation (cf. graphique 1). Au fur et à mesure que cette tendance s’inversera, le gain marginal de consommation compensera le frein à la croissance que constitue le secteur énergétique. Finalement, la dynamique de consommation se maintient comme en témoignent les ventes au détail en janvier qui ont dépassé les attentes en progressant de 0,2 % en glissement mensuel au lieu de 0,1 % prévu par le consensus.

Graphique 1 : taux d’épargne des ménages aux États-Unis et prix du baril du pétrole (WTI) de juillet 2014 au 12/02/2016

FFTW 1802

Source: Bloomberg 12/02/2016

La situation en Chine reste difficile à cerner…

Le consensus parmi les analystes financiers est beaucoup moins optimiste concernant la Chine. En effet, le taux de change défavorable, l’accumulation de créances douteuses dans le système financier et un épuisement des réserves dans le cadre de la lutte contre les fuites de capitaux sont autant de bâtons dans les roues du plan pluriannuel de réformes économiques. Le Fonds monétaire international (FMI) a revu ses prévisions à la baisse à plusieurs reprises : il prévoit une croissance de 6,3 % cette année et de 6 % en 2017. Si de tels résultats marqueraient un ralentissement considérable par rapport aux dernières années, ils représenteraient un scénario d’enlisement certes mais où le gouvernement conserverait encore une marge de manœuvre pour éviter une issue plus grave. Pour assurer la stabilité économique en particulier, il pourrait financer les banques en puisant dans l’épargne domestique, prendre des mesures de relance budgétaire supplémentaires, resserrer les contrôles de capitaux et tolérer un taux de change plus flexible. En d’autres termes, l’économie mondiale ne doit pas trop compter sur la croissance chinoise pour retrouver un second souffle. En revanche, si la Chine parvient à éviter l’atterrissage brutal, cela permettrait de redresser les perspectives économiques de la région et, dans une moindre mesure, les prix des matières premières.

Pour le reste de l’année, la performance des marchés émergents sera déterminante…

Le facteur dont les marchés sont maintenant tributaire est, d’après moi, l’univers d’investissement des marchés émergents. Dans cette classe d’actifs, la surabondance de producteurs de matières premières et la dépendance de ces pays envers les capitaux étrangers ont entraîné une revalorisation substantielle des réserves de change des marchés émergents (EMFX) et un net ralentissement de l’activité économique. La plupart des devises des pays émergents semblent bon marché à la lumière de plusieurs facteurs. Nous nous attendons donc à un recul de la volatilité à ce niveau dans les trimestres qui suivent. À l’exception de l’Amérique latine, les pressions désinflationnistes exercées par la faiblesse des prix des matières premières et la situation des marchés développés libèrent une marge de manœuvre pour assouplir la politique monétaire.

 

Lewis Jones

Portfolio Manager, Emerging Markets Fixed Income, CFA Charterholder, FRM

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