Dernières évolutions – la Chine ouvre son marché d’obligations onshore aux investisseurs étrangers

Post with image
Veuillez noter que le présent article peut contenir du langage technique. Pour cette raison, il est déconseillé aux lecteurs qui ne disposent pas d’une expérience professionnelle de l’investissement.

Malgré les signes d’un ralentissement du processus de libéralisation du compte de capital par la Banque populaire de Chine (PBoC) (que j’évoquais dans l’article « Short-term Policy Tactics May Have Changed » du 24 février 2016), la Chine a annoncé l’ouverture de son marché obligataire interbancaire  onshore aux investisseurs étrangers à long terme sans restriction en termes de quotas QFII (Qualified Foreign Institutional Investor) et RQFII (Renminbi Qualified Foreign Institutional Investor).

 

Ouvrir les segments les moins résistants au changement

Cette étape peut être considérée comme une stratégie de libéralisation opportuniste, en ouvrant l’accès aux segments les moins résistants au changement où les opportunités se présentent d’elles-mêmes. Elle souligne également l’engagement de la Chine à poursuivre l’ouverture de son compte de capital, à présent que le renminbi est devenu l’une des devises qui déterminent la valeur des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI . L’annonce de cette ouverture du marché obligataire interbancaire « onshore » a été soigneusement planifiée et précède de peu la réunion du G20 à Shanghaï.

La libéralisation du marché obligataire interbancaire aux investisseurs étrangers du secteur privé peut être considérée comme une avancée structurelle destinée à encourager la participation étrangère dans le marché financier de Chine continentale. Vu que cette libéralisation s’applique aussi aux fonds QFII et RQFII existants, Beijing semble s’efforcer de faciliter et d’assouplir l’investissement étranger en Chine, le rendant vraisemblablement plus intéressant vu que cette mesure élargit la gamme d’actifs de l’univers d’investissement aux obligations continentales.

Un soutien pour le renminbi à terme

À long terme, cette mesure devrait soutenir le taux de change du renminbi et faciliter son internationalisation en permettant aux investisseurs étrangers d’acheter davantage d’actifs libellés dans cette devise. Cependant, vu le pessimisme envers la Chine et la confusion persistante à propos de sa politique étrangère, l’impact à court terme devrait rester modeste.

La Chine craindrait-elle que l’augmentation d’acteurs étrangers attise la volatilité du marché « onshore », une des principales raisons pour lesquelles la PBoC ne prioritiserait plus la convertibilité du compte de capital, comme nous l’avions indiqué ?

Probablement pas. Tout d’abord, Beijing n’octroie l’accès qu’aux investisseurs à long terme, comme les banques commerciales, les fonds de pension, les compagnies d’assurance et les gestionnaires d’actifs. Ensuite, les obligations chinoises sont très rarement aux mains d’investisseurs mondiaux. Actuellement, ces derniers ne détiennent au total que 1,7 % d’obligations chinoises, soit 120 milliards d’USD, sur les 7.000 milliards d’USD estimés du marché obligataire domestique. Même si les investisseurs étrangers doublaient leurs positions à la suite de cette ouverture, ce qui est peu probable à court terme, ils ne formeront qu’une goutte d’eau dans l’océan du marché obligataire continental et l’afflux de capitaux serait minime comparé au reflux de capitaux de quelque 700 milliards d’USD enregistré l’année dernière.

Enfin, les investisseurs étrangers privés ne pourront qu’investir ou négocier des bons de caisse sur le marché obligataire interbancaire. Ils n’auront pas accès aux instruments obligataires, tels que les repos, les contrats à terme de gré à gré ou non, les swaps de taux d’intérêt et les prêts d’obligations. Ceux-ci restent limités aux organismes officiels, tels que les banques centrales et les fonds souverains.

Que penser des récentes restrictions imposées sur les flux de capitaux ?

Cette nouvelle mesure, qui a été validée, souligne les efforts de Beijing pour restreindre les reflux de capitaux. Les autorités ont ainsi aussi relevé les coûts de couverture des contrat à terme de gré à gré en renminbis et mis fin aux programmes Qualified Domestic Institutional Investor 2 (ou QDII 2), qui permet aux investisseurs d’accéder aux marchés de valeurs étrangères, et Qualified Domestic Limited Partner (ou QDLP).

Bien que ces mesures puissent être considérées comme un frein à la libéralisation financière, je les considère plutôt comme des mesures à court terme pour endiguer les fuites de capitaux et éviter un risque systémique potentiel.  Selon moi, elles ne changent en rien les progrès à long terme vers une libéralisation. Dans le cas inverse, Beijing n’aurait pas consenti maintenant à l’ouverture de son marché obligataire « onshore ».

Il apparaît évident que les autorités internationales ne manquent pas de rappeler à la Chine la nécessité de progresser. Moody’s a récemment déclassé à négatives les perspectives de notation de la Chine, citant l’endettement public croissant et l’augmentation du passif dans le bilan de l’État, le recul continu des réserves en raison des fuites de capitaux et l’incertitude relative à la capacité des pouvoirs publics à rééquilibrer l’économie. Ce déclassement rappelle ainsi aux autorités de Beijing qu’elles doivent poursuivre leurs réformes.

Une intégration en temps utile dans l’indice

Sur le plan de son internationalisation, l’élargissement de la participation étrangère dans le marché des obligations domestiques chinoises devrait à terme permettre leur intégration dans les indices boursiers mondiaux vu que les investisseurs étrangers devraient être de plus en plus nombreux à en acquérir.

En résumé, l’ouverture du marché obligataire continental chinois aux investisseurs étrangers est à mon sens positive, car elle facilite l’internationalisation du renminbi à long terme et améliore la discipline de marché du système chinois. À terme, ces changements structurels devraient améliorer la qualité de la croissance chinoise. Néanmoins, il convient de rappeler que l’impact à court terme sur les marchés financiers restera probablement modeste.

Graphique 1 : obligations en circulation, millions de RMB

china bond market frSource: Wind, ChinaBond, janvier 2016 [divider] [/divider]

[1] Source : CEIC, Bloomberg as of February 2016

wantanddo / Shutterstock.com

Chi Lo

Stratège Senior pour Greater China de BNP Paribas Asset Management

Laisser un commentaire

Your email adress will not be published. Required fields are marked*