Le Congrès du Parti ouvre une ère nouvelle pour la Chine

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Le 19e Congrès du Parti communiste chinois s’est achevé le 24 octobre 2017. Le lendemain, le nom des membres du nouveau Comité permanent du Politburo a été annoncé au cours du premier plénum. Mes prévisions de juillet se sont réalisées pour six des sept membres (graphiques 1 et 2). Le Comité permanent du Politburo comptant désormais six réformateurs (graphique 2), je suis encore plus convaincu qu’en juillet que les réformes structurelles, notamment les efforts de réduction de la dette, s’accélèreront et s’amplifieront.

Graphique 1 : Prédiction de la composition du nouveau bureau politique

ChineSource : CEIC, BNP Paribas Asset Management, données au 30/10/2017

Graphique 2 : Le nouveau bureau politique

ChineSource : CEIC, BNP Paribas Asset Management, données au 30/10/2017

Avènement du parti réformiste

Fait primordial, le Congrès du Parti a entériné le statut de « cœur du centre du Parti » du Président Xi Jinping en inscrivant son idéologie politique – « La pensée de Xi Jinping sur un socialisme à la chinoise pour une ère nouvelle » – dans la charte du Parti. Cette décision a fait du président chinois l’égal de Mao Zedong et de Deng Xiaoping, les trois seuls autres dirigeants à avoir obtenu ce titre suprême. Elle indique en outre que M. Xi s’est ménagé suffisamment d’appuis au sein du Parti pour mener la réforme structurelle devant permettre de réaliser son « rêve chinois ».

En effet, ayant rompu avec la tradition en ne désignant pas de successeur, M. Xi a profité du Congrès du Parti pour préparer le terrain à un renforcement de son pouvoir ces prochaines années. Il n’a pas besoin de rester président après 2022 (la Constitution le lui interdit) pour conserver les rênes de l’État. Il pourrait s’arranger pour être reconduit dans ses fonctions de Secrétaire général et de Chef des armées, ce qui lui permettrait de tirer en coulisses les ficelles du pouvoir. D’ailleurs, Deng Xiaoping n’a pas quitté toutes ses fonctions avant ses 85 ans, et Jiang Zemin a été Secrétaire général pendant 13 ans et Chef des armées pendant 14 ans.

Contrairement à une idée répandue, les cinq nouveaux membres du Comité permanent du Politburo ne sont pas tous trop âgés pour devenir le prochain président. Zhao Leji, le protégé de M. Xi, n’a que 60 ans et Wang Yang, autre soutien de Xi, en a 62. L’un d’eux pourrait être choisi pour prochain président, même si aucun n’a les dix années d’expérience au sein du Comité permanent du Politburo requises selon les règles informelles régissant l’élection du président de la Chine. M. Xi s’étant déjà affranchi de certaines traditions du Parti, pourquoi ne ferait-il pas également une entorse à celle-ci ? Il est difficile de prévoir la tournure que cela prendra, mais il est clair que le parti a accepté de revenir à la règle du pouvoir sans partage.

Implications

L’intensification des efforts de réforme et de réduction de la dette se fera au prix d’un ralentissement de la croissance du PIB. Or pour atteindre l’objectif de doublement du PIB réel par habitant d’ici 2020 par rapport au niveau de 2010, l’économie chinoise devra croître de 6,3 % en moyenne par an entre 2017 et 2020. Au moindre risque d’une croissance inférieure à 6,0 %, de vigoureuses mesures d’assouplissement seront probablement instaurées.

Les objectifs de croissance revêtiront moins d’importance après 2020, dans la mesure où la politique de croissance « nouvelle normale » prônée par M. Xi s’attache plus à la qualité qu’à la quantité. Cependant, l’industrialisation des provinces intérieures (graphique 3) engagée pour exploiter des ressources inutilisées devrait créer une dynamique suffisante pour que la croissance du PIB avoisine les 6,0 % plus longtemps que la plupart des observateurs ne le prévoient actuellement.

Graphique 3 : Industrialisation migrant vers l’intérieur des terres

ChineSource : CEIC, BNP Paribas Asset Management, données au 30/10/2017

Les entreprises publiques ainsi que les réformes budgétaires et financières, comme l’allègement de la dette, figurent au premier rang des priorités de Beijing. Le détail des politiques sera arrêté lors du troisième plénum qui se tiendra fin 2018, mais il ne faut pas s’attendre à des changements radicaux. L’État continuera d’orchestrer l’ouverture du système aux mécanismes de marché. Les privatisations ne seront pas nombreuses, car le programme de réforme de M. Xi vise à consolider le « capital d’État » et à augmenter l’efficacité des entreprises publiques grâce aux programmes de réduction des capacités et d’actionnariat mixte.

La destruction créative et la réduction de la dette devraient s’intensifier sous le nouveau Comité permanent du Politburo. Beijing a déjà commencé d’offrir aux entreprises « zombies » une porte de sortie acceptable. Le risque systémique devrait demeurer faible dans ces conditions, mais les risques financiers et les faillites pourraient fort bien s’accroitre ponctuellement au niveau des secteurs et des entreprises.

Pourquoi n’y aurait-il pas de changement radical ?

À mon avis, M. Xi n’est pas encore aussi puissant qu’on le croit généralement[1]. Il n’a pas réussi à installer son protégé, Chen Min’er, (et un autre réformateur, Hu Chunhua) au Comité permanent du Politburo ni à y garder à ses côtés Wang Qishan (son soutien inconditionnel). Il a maintenu la taille du Comité permanent du Politburo à sept membres, au lieu de la réduire à cinq comme beaucoup le prévoyait. Il n’a pas désigné de successeur. Ces faits, et d’autres observations ponctuelles, pourraient dénoter l’incapacité de M. Xi à rallier les anciens à sa cause.

Risques

Pour certains observateurs, l’absence de dauphin signifie que M. Xi veut diriger sans partage puisqu’il n’a pas cédé une parcelle de son autorité. Cela n’est pas forcément le cas. Selon moi, cela pourrait être le signe d’une vive opposition à l’entrée de Chen Min’er au Comité permanent du Politburo et à sa nomination comme successeur de M. Xi. Ce qui se passera après son second mandat s’achevant en 2022 n’est pas écrit d’avance, mais constitue un risque politique à moyen terme.

Le fait que M. Xi est un acteur incontournable représente également un risque dans la mesure où il n’a pas de successeur désigné. S’il tombait soudainement malade ou s’il décédait, des bouleversements systémiques pourraient s’ensuivre. Et comme il a renforcé considérablement la censure, le pays pourrait peiner davantage à changer de cap en cas de nécessité.

Passage en mode ‘Boucles d’Or’

Dans l’ensemble, la nouvelle composition du Comité permanent du Politburo est propice à la réalisation de réformes structurelles en Chine. En consolidant son pouvoir, M. Xi a rapproché les hauts dirigeants des autres responsables dans leur volonté de réforme. Il a su également concilier respect de nombreuses traditions du Parti et renforcement du système des partis. Cependant, à trop vouloir être l’homme fort du pays, il risque d’engendrer de l’instabilité politique. La Chine pourrait passer en mode ‘Boucles d’Or’ (Goldilocks) en assurant la stabilité tout en avançant dans les réformes.


Rédigé le 30/10/2017

Chi Lo

Senior Economist for China

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