Le dollar américain face aux incertitudes

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Les politiques de la Réserve fédérale américaine (Fed), de la Banque centrale européenne (BCE) et de l’administration Trump, ainsi que les élections françaises, font partie des facteurs qui ont influencé récemment le cours du dollar américain et qui pourraient bien devenir de sérieux obstacles.

Incertitude n°1 : la réduction du bilan par la Fed

Parmi tous ces facteurs, le plus prévisible a été la Fed, la banque centrale américaine ayant depuis longtemps averti les marchés qu’elle procéderait probablement à trois hausses des taux d’intérêt en 2017. La situation a évolué et la Fed envisage désormais de commencer à réduire son bilan fin 2017, soit beaucoup plus tôt que ne l’imaginaient les marchés. Alors que le marché des actions a subi un retournement de tendance après une période de forte hausse, les rendements obligataires ont chuté. Certains observateurs pensent que la réduction du bilan obligera la Fed à ralentir la hausse des taux d’intérêt. D’ailleurs, la Fed devrait avancer avec la plus grande prudence, car elle entre en terrain inconnu, les effets sur les marchés restant incertains.

Incertitude n°2 : le vainqueur des élections en France

Les marchés continuent de trembler à l’annonce d’une possible victoire de Marine Le Pen en France au mois de mai prochain, même si l’évolution récente de la situation politique indique que les pires craintes ne se matérialiseront probablement pas. Alors que la BCE devrait maintenir sa politique de taux d’intérêt négatifs et d’assouplissement quantitatif pour le reste de l’année, les marchés attendent plus d’indications sur la politique monétaire de la BCE d’ici au mois de juin, si la tendance économique actuelle se poursuit. Finalement, le différentiel de taux avec les États-Unis mis en œuvre par les banques centrales ont plus de chances d’influencer les cours de l’euro et du yen japonais que la politique de la zone euro.

Incertitude n°3 : le programme politique de Donald Trump

Après l’échec inattendu de l’abrogation de l’Obamacare, les annonces de politique économique du président Trump sur le commerce, les baisses d’impôts et les dépenses en infrastructures ont été repoussées bien au-delà du milieu de l’année Washington pourrait bien continuer à se trouver dans une impasse au cours de la plus grande partie de 2017 et refroidir l’optimisme qui avait éveillé les« esprits animaux » chers à Keynes et que l’on peut observer sur les marchés d’actions, dans les affaires et chez les consommateurs.

Incertitude n°4 : le besoin de relance

D’autre part, l’économie semble avoir emprunté le chemin d’une croissance modérée autonome aux États-Unis, mais aussi dans le reste du monde. On pourrait argumenter qu’une forte relance américaine à ce stade du cycle n’est pas conseillée du point de vue de la Fed puisque les niveaux d’inflation et d’emploi sont déjà proches des objectifs. Si l’on exclut des changements négatifs inattendus de l’agenda politique protectionniste de Donald Trump, une actualité politique dommageable en Europe, un ralentissement brutal de l’économie chinoise ou d’autres catalyseurs susceptibles de provoquer de brusques baisses des marchés d’actions et de l’activité économique, une augmentation modérée de la croissance mondiale et de l’inflation semble probable l’année prochaine.

Incertitude n°5 : la poursuite du renforcement du dollar

Dans ce contexte, il est peu probable que le dollar continue à se renforcer par rapport à son niveau actuel. Un obstacle important pourrait être le resserrement des écarts de croissance et d’inflation ainsi que la réduction simultanée des divergences entre les politiques monétaires. Le dollar ayant gagné plus de 20 % au cours des cinq dernières années, il semble désormais surévalué face à de nombreuses devises du G-10 et des marchés émergents. C’est pourquoi tout événement capable de déclencher une aversion au risque pourrait conduire au renforcement brutal d’une monnaie refuge comme le yen japonais.

Certitude : le dollar à des niveaux précaires

Le dollar deviendra de plus en plus vulnérable face à l’euro et à d’autres monnaies importantes du G-10, devenues bon marché (par ex. la couronne suédoise). À l’inverse, en cas de bonnes surprises du côté de la croissance mondiale, les premiers bénéficiaires seront les devises des marchés émergents et les monnaies liées aux matières premières. L’évolution à long terme de l’indice global du dollar américain (en termes réels) (cf. graphique) indique que les niveaux actuels du dollar sont précaires, car la croissance américaine n’est plus exceptionnelle et la croissance mondiale est en voie de redressement.

Graphique 1 : Évolution de l’indice global du dollar américain pondéré par les échanges commerciaux

dollar américain

Source : Bloomberg, au 31 mars 2017


Publié le 19 avril 2017

Adnan Akant

PhD, Head of Currencies

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