Les institutions officielles détiennent de plus en plus d’actions

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Le montant des actifs gérés par les institutions officielles a considérablement augmenté ces dernières années, ce qui a renforcé leur importance sur les marchés. Un rapport récent souligne qu’en raison des performances décevantes des stratégies traditionnelles, les institutions officielles diversifient leurs investissements en faveur des actifs risqués.

Un rapport récent publié par l’« Official Monetary and Financial Institutions Forum » (OMFIF) et intitulé « The Global Public Investor 2014 », offre un aperçu fascinant des tendances d’investissement des institutions officielles. Celui-ci détaille trois grands groupes d’investisseurs, qui se chevauchent parfois, appartenant tous à la catégorie des investisseurs publics internationaux. Dans ces trois sous-ensembles, le rapport prend en compte 157 banques centrales, 87 fonds souverains et 156 fonds de pension publics.

Le total des actifs sous gestion de ces entités officielles se monte à 29 100 milliards de dollars, soit l’équivalent de 40 % du PIB mondial, et, selon le rapport, « enregistre une croissance sans précédent ». Ainsi, les autorités qui sont responsables de la stabilité du système financier gèrent en même temps des fonds de grande ampleur susceptibles d’engendrer des problèmes.

La croissance des encours sous gestion des institutions officielles s’explique principalement par la hausse des réserves de change détenues par les banques centrales, qui à son tour reflète les déséquilibres économiques mondiaux, les efforts visant à lutter contre l’appréciation des devises locales face à l’euro et au dollar, ainsi que l’objectif de posséder des actifs pour faire face aux éventuels revers. Cette force que représentent les banques centrales, les fonds souverains et les fonds de pension publics offre un grand potentiel en termes de stabilisation, mais paradoxalement, le poids de ces actifs crée une nouvelle source de risque en apportant de nouvelles liquidités et peut donc entraîner des hausses de prix perturbantes.

Le poids des liquidités détenues par les institutions officielles dans un contexte de taux d’intérêt faibles dans les pays développés a engendré des performances décevantes pour les devises et instruments vers lesquels ces acteurs se tournent traditionnellement (souvent des obligations de courte durée). Ainsi, la rentabilité déclinante des réserves détenues par les banques centrales a amené ces dernières à considérer des stratégies d’investissement en dehors de l’univers obligataire et à accroître leur diversification à la fois sectorielle et géographique. Le rapport met en exergue la tendance qu’ont les banques centrales, notamment européennes, à se positionner davantage sur les actions, à l’image des fonds souverains et des fonds de pension publics. Les infrastructures, l’immobilier, les matières premières et les hedge funds ne sont apparemment plus considérés comme des investissements « alternatifs » par ces institutions.

Dans le rapport, parmi les raisons qui justifient la diversification des placements vers les infrastructures, il est notamment avancé que l’expropriation d’actifs réels (comme les biens immobiliers) est moins probable qu’une dévaluation de devise et/ou un rééchelonnement de la dette publique. De la même manière, posséder des actions offrant des dividendes qui proviennent de sources mondialement diversifiées semble préférable à la détention d’instruments de dette qui restent sensibles à l’augmentation de la masse monétaire.

Si ces tendances devaient perdurer, il est possible que ces institutions contribuent fortement à stimuler l’innovation dans le secteur financier. Cela inclut par exemple le financement de projets énergétiques, d’infrastructures ou d’autres investissements « alternatifs » réalisés en dehors des marchés cotés, ou bien le développement de nouvelles formes de titrisation pour résorber les déséquilibres économiques.

Plusieurs institutions officielles ont réduit leur allocation aux obligations, ce qui traduit chez elles la conviction de la fin annoncée de l’âge d’or des marchés obligataires, qui aura duré plusieurs décennies. Pour les banques centrales qui gèrent des réserves de change l’impact potentiellement pénalisant de la hausse des taux sur les investissements obligataires signifie que les emprunts d’État, autrefois considérés comme une représentation du taux sans risque, sont désormais souvent assimilés à un « risque sans taux ». Il y a donc peut-être dans cette analyse des leçons à tirer pour les autres investisseurs.

Andrew C. Craig

Head of Financial Market Analysis & Publications

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