L’Europe est de retour

Post with image

Vous avez probablement saisi l’idée et nous vous épargnerons l’usage des 24 langues officielles de l’Union européenne.

« Europe is back ! » et pas seulement parce que le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s’est exprimé devant le Parlement européen le 13 septembre à l’occasion de son discours sur l’état de l’Union. Ce rendez-vous annuel est avant tout un exercice politique et nous ne le commenterons pas ici d’autant plus que l’intégralité de l’intervention est mise à disposition par la Commission européenne.

Il nous paraît plus pertinent de faire profiter nos lecteurs de nos impressions après un colloque sur le thème des réformes en Europe auquel nous avons eu la chance d’assister tout récemment.

Un diagnostic conjoncturel positif a été largement partagé par les intervenants et il paraît consensuel de dire avec Jean-Claude Juncker que « l’Europe a manifestement commencé à retrouver son dynamisme ». L’accélération de la croissance est en effet nette : à 2,3 % au 2e trimestre 2017, le glissement annuel du PIB est au plus haut depuis début 2011 et dépasse largement la croissance potentielle estimée à 1,2 % par la Commission européenne. Le niveau du PIB se situe désormais 8 % au-dessus de celui qui prévalait il y a 10 ans. La PIB par tête augmente désormais sensiblement au même rythme qu’aux Etats-Unis, soit 1,5 % environ).

Graphique 1 : PIB par tête

retourSource : Datastream, European Economic Forecast Spring 2017, BNP Paribas Asset Management, données au 18/09/2017

Une nouvelle approche des réformes

Une conjoncture plus solide est bien sûr une bonne nouvelle mais la croissance du PIB ne doit pas être l’alpha et l’oméga d’une politique économique d’autant plus que les gouvernements sont rarement en mesure de modifier à court terme les tendances imposées par l’économie mondiale. Agir à long terme est peut-être moins gratifiant mais indispensable et les fruits de la croissance ne seront pas partagés sans réformes.

C’est le sens de l’initiative « Objectif croissance » de l’OCDE, qui ne s’adresse pas qu’aux pays de l’Union européenne, et propose à chaque gouvernement la mise en place de politiques structurelles dans divers domaines, autrement dit des réformes. Il faut bien reconnaître que, pendant de nombreuses années, l’organisation a répété comme un mantra la nécessité pour un pays, quel qu’il soit ou presque, de réformer ou de flexibiliser son marché du travail, rendant peu à peu inaudible cette assertion. Les temps changent et l’éditorial du document de l’OCDE commence par cette phrase : « La stagnation prolongée des niveaux de vie qui a frappé une large fraction de la population dans de nombreux pays a eu pour effet d’éroder la confiance des citoyens dans les programmes de réforme de leurs gouvernements, et provoque une résistance politique farouche à la poursuite des efforts ».

En ce qui concerne les pays de l’Union européenne, la nouvelle approche de l’OCDE est différente de celle proposée par la Commission européenne dans le cadre du Semestre européen qui la conduit également à faire des recommandations par pays qui « décrivent les orientations économiques adressées aux Etats membres pour les 12 à 18 prochains mois ».

Par nature, ces recommandations sont plus « traditionnelles » dans la mesure où elles envisagent les réformes comme un moyen de respecter le pacte de stabilité et de croissance qui vise, en priorité, à éviter l’apparition de déficits publics excessifs. De son côté, l’OCDE met beaucoup plus de poids sur « l’investissement public dans l’enseignement de base, la recherche et développement et les infrastructures [ainsi que] sur les programmes visant à aider les travailleurs à développer leurs compétences ». De fait, l’organisation donne au gouvernement français des priorités, à la fois plus précises et plus ambitieuses. Les grands titres sont repris ci-dessous mais la lecture du document de 4 pages qui les présentent est instructive, les recommandations étant plus subtiles que leur résumé.

Graphique 2 : les recommandations adressées à la France en juillet 2016 par la Commission européenne et en mars 2017 par l’OCDE

retourSource : OECD, European Commission, BNP Paribas Asset Management, données au 18/09/2017

Notre sentiment est, qu’au fil du temps, l’approche de l’OCDE s’imposera, ou plutôt que le semestre européen, en place depuis 2011, adoptera une approche plus pragmatique, pour la bonne raison que ses recommandations sont rarement suivies d’effets immédiats. Par ailleurs, la procédure de surveillance des déséquilibres macroéconomiques (PDM), résumée dans un tableau de bord, même si elle importante, peut donner l’impression d’une coercition exercée par « l’Europe » sur les états membres.

Le cas de la France

La France n’est pas un exemple choisi au hasard parmi les 28 pays de l’UE. Il est désormais notoire que l’élection d’Emmanuel Macron, qui a affiché, tout au long de sa campagne, une forte conviction européenne, suscite beaucoup d’espoirs à « Bruxelles » et que l’action de son gouvernement sera suivie de près à Berlin. L’espoir, plus ou moins avoué, est qu’après avoir affirmé dans les années 70 qu’il « n’est pas possible de réformer le Royaume-Uni », puis dans les années 90 qu’il « n’est pas possible de réformer l’Allemagne », les pessimistes professionnels finiront par regretter d’avoir dit qu’il « n’est pas possible de réformer la France ». Le processus commence à peine mais Emmanuel Macron a voulu se doter des moyens législatifs pour avancer rapidement. Gageons que ce Président, qui a composé un gouvernement atypique, a plutôt en tête l’approche de l’OCDE que celle du semestre européen. Le chiffrage des effets économiques que pourront avoir les mesures est délicat mais l’objectif d’un taux de chômage à 7 % en fin de mandat (contre 9,2 % à l’heure actuelle) a été évoqué durant la campagne. Une telle performance dépend d’un nombre élevé de facteurs, et surtout de leurs interactions, mais il faut au moins se demander pourquoi le chômage est resté, jusqu’à présent, si élevé en France et se garder d’invoquer la fatalité.

Graphique 3 : Taux de chômage en France, 1975 – 2017

retourSource : INSEE, BNP Paribas Asset Management, données au 18/09/2017

Graphique 4 : Taux de chômage en Europe, 2004 – 2017

retourSource : Datastream, BNP Paribas Asset Management, données au 18/09/2017

L’Europe, ça marche !

Nous expliquerons dans un prochain article pourquoi nous nous autorisons ce titre optimiste. En attendant, nous vous laissons méditer ce graphique tiré du dernier « Eurobaromètre standard » de la Commission européenne publié en juillet sur la base d’enquêtes de terrain réalisées en mai 2017, soit après l’élection présidentielle française qui a fait trembler le monde, (ou tout au moins le marché de l’OAT). Parmi les ressortissants de la zone euro, l’attachement à la monnaie unique n’a jamais été aussi fort.

Graphique 5 : Réponses, pour / contre, à une enquête « Êtes-vous en faveur d’une union économique et monétaire avec une seule monnaie, l’euro? » (% des répondants pour ou contre dans 22 États membres au printemps 2017)

retourSource : European Commission, Eurobarometer 2017, BNP Paribas Asset Management, données au 18/09/2017


Rédigé le 18/09/2017

Nathalie Benatia

Macroeconomic Content Manager

Laisser un commentaire

Your email adress will not be published. Required fields are marked*