Que les jeux commencent

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  • Choc, surprise, suspense – Les titres accrocheurs rythment les marchés, et cette semaine ne fait pas exception.
  • Titre du Wall Street Journal : « Le taux britannique s’effondre à un plancher historique de 322 ans » Mark Carney de la Banque d’Angleterre a surpris les marchés par sa réaction musclée préventive au référendum britannique de juin.
  • « L’emploi américain s’envole… » (Bloomberg News). Le rapport sur l’emploi de cette semaine a apaisé les doutes quant à l’éventuel risque de récession de l’économie américaine.
  • « À quel rythme la croissance économique américaine se traîne-t-elle ? » (CNBC). Les premières estimations du PIB américain au 2e trimestre indiquent que le rythme de la croissance est resté lent pour le 3e trimestre consécutif.
  • « …Le consommateur dépense plus » (Reuters). Comme attendu, le consommateur continue de briller dans un rapport du PIB plutôt terne.

La douceur des vacances d’été a été interrompue la première semaine d’août par l’annonce de mesures monétaires musclées au Royaume-Uni, un excellent rapport sur l’emploi américain et un mouvement de protestation à quelques jours de l’ouverture des Jeux olympiques à Rio. Deux de ces trois titres devraient influencer le climat des affaires au cours des prochaines semaines de l’été.

 Graphique 1 : Statistiques sur le marché du travail amércain Image sans titre

Source : Bloomberg au 8 août 2016

Le Wall Street Journal titre : « Le taux britannique s’effondre à un plancher historique de 322 ans »

Mark Carney de la Banque d’Angleterre (BoE) a pris de court les marchés par sa réaction musclée préventive au référendum britannique de juin. Ceux qui avaient prévu seulement quelques « mesurettes » ont été surpris par l’ampleur et la diversité du programme de relance de l’économie qui comprend des baisses de taux d’intérêt, des achats sur bilan et des prêts bancaires à taux plancher. Dans un contexte de détérioration des perspectives, la banque centrale britannique ne semble pas craindre l’impact inflationniste exercé par la dépréciation de la livre sterling, mais s’inquiète plutôt d’une forte contraction de l’activité économique et d’une baisse de confiance des consommateurs ; deux facteurs qui ralentiraient l’économie. Si Mark Carney a indiqué que la Banque d’Angleterre avait les moyens d’aller plus loin et pourrait envisager des mesures de suivi, il ne plaide pas en faveur d’une politique de taux d’intérêt négatifs. Il apparaît donc peu probable que la BoE suive la même voie que d’autres banques centrales.

« L’emploi américain s’envole… » (Bloomberg News)

Le rapport sur l’emploi de cette semaine a apaisé les doutes quant à l’éventuel risque de récession de l’économie américaine. L’enquête sur l’emploi indique la création de 255.000 postes, soit beaucoup plus que les prévisions des économistes, et une stabilisation du chômage à 4,9 %. Les prémices de pressions haussières sur les salaires sont apparues : le salaire horaire moyen est ressorti plus haut que les prévisions des analystes. Les créations d’emploi se répartissent dans de nombreux secteurs. Le rapport de l’emploi en juillet était très attendu par les acteurs de marché à l’affût du moindre indice sur l’évolution après un rapport décevant sur le PIB au 2e trimestre.

« À quel rythme la croissance économique américaine se traîne-t-elle ? » (CNBC)

Les premières estimations du PIB américain au 2e trimestre indiquent un ralentissement de la croissance pour le 3e trimestre consécutif. Ces données ont pris les marchés par surprise, beaucoup s’attendant à un rebond après un premier trimestre morose. Une analyse plus approfondie montre que les investissements privés restent à la traîne, alors que nous entrons dans la 8e année de reprise économique. Paradoxalement, les investissements ne décollent pas malgré les conditions de financement très avantageuses. Même si cette histoire n’est pas nouvelle, les premiers indices apparaissent, signalant que l’expansion pourrait intervenir plus tard dans le cycle. La semaine dernière, l’enquête réalisée auprès des responsables de crédit des banques indique un durcissement des conditions de prêt pour le quatrième trimestre consécutif. Ce facteur a toujours été très corrélé avec un glissement des cycles économiques et pourrait annoncer une trajectoire de croissance plus plate à l’avenir.

« …Le consommateur dépense plus » (Reuters)

Comme attendu, le consommateur continue de briller dans un rapport du PIB plutôt terne. Les dépenses de consommation, qui tirent la croissance depuis le début de l’année, poursuivent leur progression avec une croissance impressionnante de 4,2 % en glissement annuel au 2e trimestre qui vient compenser la faiblesse des investissements des entreprises. Elles ont terminé le mois de juin avec une telle vigueur que les marchés sont convaincus que ce beau parcours se poursuivra au 3e trimestre. Le rythme élevé pourrait cependant se révéler intenable, étant donné que les dépenses de consommation dépassent la croissance des revenus depuis déjà une bonne partie de l’année. Les premiers signes de faiblesse pourraient apparaître au niveau des ventes automobiles qui ont ralenti considérablement depuis le début de l’année. Une légère décélération de la consommation à un niveau plus durable devrait lui permettre de continuer à soutenir la croissance à moyen terme.

Alors que les forces mondiales qui ont secoué les marchés l’année passée échappent davantage à l’attention des médias, les marchés semblent se tourner vers l’évolution des indicateurs économiques fondamentaux et leurs implications sur la politique monétaire et budgétaire des économies avancées. Été oblige, les données publiées dans les prochaines semaines ne devraient pas entrainer de changement fondamental de politique à court terme. Le comité fédéral de l’open market (FOMC) est d’ailleurs en congé jusqu’au 21 septembre : cette pause estivale devrait lui donner amplement le temps de digérer huit semaines de données économiques. La Banque du Japon aussi a reporté tout changement monétaire à l’achèvement d’une révision complète qui devrait se terminer, par le hasard du calendrier, le … 21 septembre. Entretemps, la Banque centrale européenne (BCE) ne devrait pas modifier sa politique prochainement. Après tout, peut-être qu’il faudrait profiter de cette accalmie sur le front monétaire pour regarder ce qui se passe à Rio. Une dépêche vient de tomber… « Tout va mal à Rio à quelques jours de l’ouverture des Jeux olympiques » (Huffington Post) [divider] [/divider]

 Cet article a été écrit par Kenneth O’Donnell, le 8 Aout 2016 à New York

Ken O'Donnell

Head of Short Duration Fixed Income, CFA Charterholder

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