The Revenant : les matières premières

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Dans le film The Revenant, le personnage incarné par l’acteur Leonardo DiCaprio survit à quelques épreuves effrayantes. L’une d’entre elles est une attaque par un grand ours. Le film retrace l’histoire d’Hugh Glass, un trappeur américain, commerçant de fourrure (« trader »), chasseur et explorateur, en 1823. Les « traders » avaient manifestement la vie plus dure à l’époque qu’aujourd’hui. Que cette scène avec le grizzly (et le reste du film) soit conforme à la réalité ou non importe peu.

Survivre à une attaque d’ours est aussi un thème familier aux marchés financiers

Ces 5 dernières années, le marché des matières premières a été en déclin – un marché « bear » (« ours », en français), i.e. « marché baissier ».  Avec une chute excédant les 66 % (BCOM Ex agriculture & livestock TR Index du 25 avril 2011 au 20 janvier 2016), on peut qualifier cette période de «  great bear » (« grand ours », ce qui rend moins bien en français…), d’autant plus si on considère le niveau le plus bas depuis 12 ans atteint par le prix du pétrole plus tôt cette année, à près de 27 dollars USD le baril le 2 février.

A l’origine de ce plongeon, quelques raisons simples, telles que la débâcle économique globale et le ralentissement de la croissance chinoise. Mais d’autres raisons, moins évidentes, ont également émergé : la transition vers des sources d’énergies alternatives, la surcapacité engendrée par le développement de projets miniers durant le rallye de 2006-2008 et l’augmentation du nombre et de la capacité des puits de pétrole américains.

Le marché des matières premières a également réalisé une purge des professionnels qui les gèrent : les banques ont clôturé ou significativement réduit leurs activités d’investissement sur les matières premières, ainsi que la taille des positions depuis 2011. Des hedge funds spécialisés en matières premières ont également fermé. Beaucoup d’investisseurs ont accepté la difficulté d’anticiper les marchés de matières premières agricoles, pour lesquels le facteur météorologique est imprévisible. En bref, peu d’intervenants ont souhaité garder des matières premières dans leurs portefeuilles.

Néanmoins, le premier semestre 2016 a donné lieu à un rallye sur les matières premières

Le rallye a pris par surprise la plupart des traders et gérants de fonds. Mis à part le fait que des prix très bas ont généralement tendance à rebondir à un moment donné, les fondamentaux de chacune des matières premières n’étaient pas en mesure de justifier à eux seuls une telle remontée des prix. En effet, il y a un adage au sein du marché des matières premières selon lequel les prix doivent rester bas pendant un certain temps avant de pouvoir augmenter à nouveau. Plus les prix restent bas longtemps, plus la main invisible du marché physique peut ajuster ses capacités et déclencher une hausse graduelle. C’est de cette façon que les cycles fonctionnent.

Dans tous les cas, au 10 octobre 2016, l’indice mentionné plus haut a rebondit de 30 depuis sa chute du début d’année. Au moment de la rédaction de cet article (02/11/2016), l’or a augmenté d’environ 23 % depuis le début de l’année.

Le rallye a ramené les matières premières au cœur des conversations des investisseurs, dont beaucoup ont pu dire «  je t’avais prévenu qu’elles allaient rebondir ». De même, il y a également eu de nombreuses demandes pour les produits d’investissements liés à l’or, encore une fois.

Le thème de mon introduction doit maintenant vous paraître plus clair

Après une attaque d’ours (« bear attack »), en partant du principe que le trader est toujours vivant pour raconter son histoire, son retour peut être impressionnant : non seulement il a survécu, mais il prospère à nouveau.

Donc, est-ce maintenant le bon moment pour réintroduire les matières premières dans un portefeuille ? Allons-nous vers un marché des matières premières plus « normalisé » ? Anticiper le marché est souvent délicat, et de tels actifs de diversification devraient être cantonnés à ce rôle – i.e. investir dans des matières premières dans le but de se diversifier. Malgré cela, le moment semble opportun pour s’intéresser à nouveau à ce marché et considérer des points d’entrée attractifs en utilisant une approche plus stratégique.

Notre approche est d’être prudemment neutre sur les matières premières pour les prochains 3 à 12 mois

Nous aurions besoin que la courbe forward du pétrole s’aplatisse, avec idéalement son déport (« backwardation »), pour être complètement convaincus d’être capable de profiter d’un portage attractif. Les fondamentaux des métaux industriels ne montrent pour le moment aucun signe d’amélioration réelle. Et les métaux précieux pourraient être touchés par une hausse des taux d’intérêt et un dollar US plus fort. Cependant, nous jugeons toujours pertinent d’introduire des matières premières dans un portefeuille en tant qu’élément de diversification.

Donc la relation réelle entre mon introduction et le marché des matières premières est le titre du film : «  The revenant ». A un moment donné, à cause de leur comportement cyclique, les prix des matières premières pourraient à nouveau « revenir »  à des niveaux beaucoup plus hauts que ceux actuels. En pratique, savoir quand reste la seule inconnue.

Jean-Philippe Olivier

Head of Investment Specialists, THEAM

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