Un début d’année difficile pour les marchés actions

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Les marchés ont mal commencé l’année, sonnés par le plongeon des marchés d’actions chinoises, l’intervention de la Banque populaire de Chine sur le marché boursier, le changement apporté à l’ancrage (peg) du yuan et la fermeture, seulement un quart d’heure après le début des échanges, des Bourses chinoises à la suite du déclenchement des coupe-circuits.

Les marchés actions mondiaux ont été ébranlés par la Chine et, au 11 janvier 2016, ils affichaient pour la plupart un recul d’environ 7 %. L’indice S&P a ainsi connu son pire début d’année depuis 1929, un parallèle qui n’a rien de rassurant. Toutefois, ce sont les matières premières qui ont polarisé l’attention, le contrat à terme sur le pétrole brut dont l’échéance est la plus proche se négociant désormais légèrement au-dessus de 31 dollars le baril.

On pourrait être tenté de croire que ces développements n’ont pas vraiment d’importance. Oleg Melentyev de Deutsche Bank ne partage pas ce point de vue, et en particulier l’idée que les seules exportations des États-Unis à destination de la Chine représentent moins de 1 % du PIB américain. Il fait remarquer que peu d’exportations en provenance des États-Unis sont comptabilisées en tant que telles, en raison du recours aux sociétés étrangères pour l’enregistrement des bénéfices. Apple, par exemple, vend des téléphones fabriqués en Chine, par l’intermédiaire d’une filiale chinoise, à la Chine. Ces ventes ne sont pas considérées comme des exportations, mais il est clair que les perspectives de ventes à la Chine auront un impact direct sur la rentabilité d’Apple si elles sont affectées par un ralentissement brutal de la croissance.

Graphique 1 : évolution du prix du pétrole brut (janvier 2011 à ce jour)

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Source : Bloomberg, données au 8 janvier 2016.

Cette situation concerne la plupart des pays émergents producteurs de matières premières. Le meilleur exemple à cet égard est le Brésil, pays qui connaît sa plus longue récession depuis un siècle et un énorme scandale politique et qui, du fait du niveau des prix des matières premières, n’est pas prêt de sortir de l’ornière. Dans ce pays, Apple possède une usine de production ; Volkswagen, Ford et General Motors en comptent plusieurs. Le mécanisme de transmission de la faiblesse des pays émergents aux pays développés pourrait ne pas être vraiment si imperceptible.

Cela étant, les perspectives ne se dessinent pas clairement. Aux États-Unis, le rapport mensuel sur l’emploi, publié vendredi 8 janvier 2016, a été incontestablement bon : les créations de postes ont nettement dépassé les attentes, les révisions à la hausse ont été solides et le taux de participation a même légèrement augmenté. La crainte est liée au caractère retardé de cet indicateur, raison pour laquelle nous nous concentrons en fait sur le taux de chômage, car il s’agit de l’une des variables économiques qui présente le pouvoir prédictif le plus important.

Les ventes de véhicules aux États-Unis en décembre ont également été robustes ; elles sont certes ressorties inférieures aux attentes, mais l’année 2015 a constitué un record historique, avec des ventes totalisant 17,4 millions d’unités. Comme l’ont souligné les analystes, la répartition de ces ventes est particulièrement intéressante. Les ventes de voitures particulières ont baissé d’environ 3,5 %, mais celles de crossovers (SUV de petite taille) ont augmenté de 3 %. Ces derniers véhicules sont plus onéreux que les voitures particulières et plus gourmands en carburant. S’agissant d’un indicateur de la confiance des ménages et du comportement face aux prix plus bas de l’énergie, le message pourrait difficilement être plus clair. À l’occasion du salon automobile de Detroit, BMW a également déclaré que 2015 a été le meilleur millésime de son histoire aux États-Unis. La dynamique des ventes de véhicules ne s’est pas cantonnée au marché américain. Mercedes Benz a fait état d’une hausse des ventes de 33 % en 2015… en Chine.

L’évolution du salaire horaire moyen reste décevante. Sur une base mensuelle, il a stagné, alors qu’il était attendu en hausse de 0,2 %. Sur un an, il a cependant augmenté de 2,5 %. Cette hausse peut paraître terne, mais elle dépasse l’inflation : l’inflation apparente (IPC) s’établit à 0,8 %. Toutefois, il y a eu quelques nouvelles plus favorables sur ce front également. Le salaire minimum fédéral reste au niveau modeste de 7,25 dollars de l’heure. Mais, le 1er janvier, quatorze états ont augmenté leur salaire minimum, la Californie et le Massachusetts relevant le leur de plus de 11 %. L’augmentation moyenne nationale avoisine 6 %. Les employés concernés ne sont peut-être pas la « classe moyenne » que les hommes politiques cherchent à séduire dans la course à l’élection, mais ces chiffres donnent à penser qu’il y a davantage de croissance des salaires que ce que l’on pourrait être porté à croire.

Quelles conclusions en tirer ? Dans l’ensemble, la croissance pourrait être inférieure à nos prévisions et aux projections des banques centrales en 2016. Cependant, une croissance plus faible ne signifie pas une absence de croissance. La Réserve fédérale (Fed) continuera vraisemblablement à remonter ses taux – elle ne le fera peut-être pas à quatre reprises mais elle ne s’abstiendra pas de relever ses taux non plus. Ces facteurs directs et indirects impliquent une hausse de la volatilité et, comme nous l’avons constaté cette semaine, cette dernière peut se révéler beaucoup plus forte qu’anticipé et beaucoup plus brutale. Pour résumer, 2016 sera une année où nous devrons composer avec la volatilité et nous espérons en tirer parti.

Alex Johnson

Head of Absolute Return Multi-Sector Fixed Income at FFTW

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