BNP AM

Le blog officiel de BNP Paribas Asset Management

Banque centrale européenne – Achats supplémentaires et nouvelles questions

A l’occasion de sa réunion de politique monétaire du 4 juin, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé une augmentation de 600 milliards d’euros de l’enveloppe du programme d’achats d’urgence face à la pandémie dit PEPP (Pandemic emergency purchase programme), qui est étendu jusqu’à fin juin 2021. Cette annonce a plutôt été bien perçue comme en témoigne, par exemple, la détente des taux italiens, mais d’autres décisions ont suscité quelques interrogations et pourraient alimenter une certaine nervosité chez les intervenants.

Une hausse significative de l’enveloppe totale d’achats

L’enveloppe du PEPP, créé le 18 mars, a été portée à 1 350 milliards d’euros le 4 juin. Depuis le début du programme, 234,7 milliards de titres ont été acquis dans ce cadre (données au 29 mai) dont 186,6 milliards de titres publics.

Même si Christine Lagarde a indiqué lors de sa conférence de presse que la BCE avait été volontairement très active au cours des deux premiers mois, un tel rythme imposait de fait une augmentation de l’enveloppe initiale de 750 milliards. En outre, le Conseil des gouverneurs avait indiqué dès le 18 mars qu’il était « entièrement préparé à accroître le montant de ses programmes d’achats d’actifs et à ajuster leur composition, autant que nécessaire et aussi longtemps que cela sera requis ». Par ailleurs, plusieurs déclarations au cours des dernières semaines avaient alimenté les attentes d’une décision allant dans ce sens. Avant la réunion, les anticipations fluctuaient entre 500 et 750 milliards d’augmentation.

La somme de 600 milliards supplémentaires et l’extension jusqu’à fin juin 2021 au moins de la période d’achats nets paraissent donc logiques mais n’en constituent pas moins de bonnes nouvelles, le soutien au marché obligataire étant renforcé et assuré au moins pour les douze prochains mois.

Quelques nuances toutefois

En indiquant que « les remboursements au titre du principal des titres arrivant à échéance acquis dans le cadre du PEPP seront réinvestis au moins jusqu’à la fin de 2022 », la BCE a toutefois inquiété certains observateurs. Il est en tous cas légitime de se demander pourquoi une date précise, et relativement proche, a été communiquée et surtout pourquoi la formule utilisée pour présenter les réinvestissements de l’APP (asset purchase programme) n’a pas été reprise pour le PEPP.

Ce programme, été créé avant le PEPP, est toujours actif. Il consiste depuis le 1er novembre 2019 en des achats mensuels de 20 milliards d’euros auxquels est venue s’ajouter le 12 mars une enveloppe temporaire de 120 milliards jusqu’à la fin de l’année. De mars à mai, les achats nets ont totalisé 127,8 milliards. La BCE a confirmé que « les réinvestissements, en totalité, des remboursements au titre du principal des titres arrivant à échéance achetés dans le cadre de l’APP se poursuivront pendant une période prolongée après la date à laquelle le Conseil des gouverneurs commencera à relever les taux d’intérêt directeurs de la BCE ». L’horizon des réinvestissement paraît ainsi beaucoup plus lointain que pour le PEPP.

La BCE a choisi de ne pas confondre ces deux programmes, distinguant entre l’urgence (combattre les effets de la pandémie) et une approche plus traditionnelle de la politique monétaire qui doit permettre d’atteindre l’objectif d’inflation.

Des prévisions de croissance et d’inflation très dégradées

Précisément, selon les projections des services de l’Eurosystème, l’inflation va sensiblement s’éloigner de l’objectif de 2 % pour s’inscrire à 0,3 % en 2020, 0,8 % en 2021 et 1,3 % en 2022 alors que la contraction de 8,7 % du PIB en 2020 serait suivie d’un rebond de 5,2 % en 2021 et de 3,3 % en 2022. Même dans le scénario alternatif le plus favorable présenté par la BCE, l’inflation ressort à 1,7 % en 2022. Dans le scénario le plus négatif, elle serait de 0,9 %. Ces chiffres plaident pour une longue période de politique monétaire très accommodante.

Pourtant, la BCE n’a pas jugé utile d’augmenter la taille des achats mensuels au titre de l’APP ou celle de l’enveloppe temporaire. Christine Lagarde a même indiqué que l’augmentation des achats dans le cadre du PEPP devrait faciliter le retour de l’inflation vers la trajectoire qui prévalait avant l’épidémie.

Epargner les faucons ?

Cette rhétorique peut paraître un peu étrange dans la mesure où le PEPP avait été présenté comme un instrument permettant d’agir dans l’urgence et que c’est l’inflation à moyen terme qui semble poser problème. Elle s’explique un peu mieux quand on se souvient que le PEPP a aussi été présenté comme un instrument présentant une « très grande flexibilité, en termes de temporalité, de volume, et d'allocation entre pays et classes d’actifs » pour reprendre les propos du Gouverneur de la Banque de France.

Pourtant, les premiers chiffres disponibles sur les montants de titres publics achetés par pays dans le cadre du PEPP montrent que les pourcentages s’éloignent assez peu de la clé de répartition du capital de la BCE. Malgré tout, des rumeurs ont révélé que certains membres du Conseil des gouverneurs s’étaient inquiétés de ces modestes déviations.

Dans ce contexte, et alors que la Cour constitutionnelle allemande attend toujours d’être convaincue de la légitimité de la participation de la Bundesbank à l’APP, il n’est pas interdit de penser que la BCE a préféré ne pas modifier ce programme pour éviter de provoquer de nouvelles dissensions au sein du comité. Pourquoi ne pas penser non plus que la date de 2022 a été mentionnée pour assurer les plus réticents de la nature temporaire du PEPP.

Maintenir le calme entre colombes et faucons impose de ménager la chèvre et le chou, même dans des circonstances exceptionnelles comme celles que nous connaissons à l’heure actuelle. A présent que la phase critique (risque de dislocation et de fragmentation) est passée, de nouveaux ajustements pourront intervenir au gré de l’analyse de la situation et des informations disponibles qui peuvent parfois être surprenantes à l’image de la hausse totalement inattendue de l’emploi en mai aux Etats-Unis.


Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication, sont basées sur les informations disponibles et sont susceptibles d’être modifiées sans préavis. Chaque équipe de gestion de portefeuille peut avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement différentes pour différents clients.

La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent aussi bien diminuer qu’augmenter et il est possible que les investisseurs ne récupèrent pas leur mise de fonds initiale. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures.

L’investissement dans les marchés émergents, ou dans des secteurs spécialisés ou restreints, est susceptible d’être soumis à une volatilité supérieure à la moyenne en raison d’un degré élevé de concentration, d’une plus grande incertitude parce que moins d’informations sont disponibles, qu’il y a moins de liquidité ou en raison d’une plus grande sensibilité aux changements des conditions du marché (conditions sociales, politiques et économiques).Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la majorité des marchés internationaux développés. C’est pourquoi les services de transactions de portefeuille, de liquidation et de conservation pour le compte de fonds investis dans les marchés émergents peuvent présenter un risque plus importan

Sur le même thème

Weekly insights, straight to your inbox

A round-up of this week's key economic and market trends, and insights on what to expect going forward.

Veuillez saisir une adresse e-mail valide
Please check the boxes below to subscribe