BNP AM

Le blog officiel de BNP Paribas Asset Management

Droits de douane de Trump à l’encontre de la Chine : conséquences et risques

Donald Trump a signé le 22 mars un mémorrandum demandant au représentant américain au commerce (USTR) d’envisager un relèvement des droits de douane sur certains produits chinois. Cette initiative est la conséquence directe du résultat de l’enquête au titre de l’article 301 sur les pratiques de la Chine en matière de transfert de technologies et de propriété intellectuelle, qui, de l’avis du représentant au commerce, « dévalorisent les investissements et les technologies des États-Unis et affaiblissent la compétitivité globale des entreprises américaines ».

Droits de douane de Trump à l’encontre de la Chine : conséquences et risques

Donald Trump a signé le 22 mars un mémorrandum demandant au représentant américain au commerce (USTR) d’envisager un relèvement des droits de douane sur certains produits chinois. Cette initiative est la conséquence directe du résultat de l’enquête au titre de l’article 301 sur les pratiques de la Chine en matière de transfert de technologies et de propriété intellectuelle, qui, de l’avis du représentant au commerce, « dévalorisent les investissements et les technologies des États-Unis et affaiblissent la compétitivité globale des entreprises américaines ».

Le mémorandum demande également au secrétaire au Trésor de proposer des mesures imposant des restrictions aux sociétés chinoises qui souhaitent investir dans des entreprises américaines opérant dans des secteurs ou développant des technologies jugés stratégiques par les États-Unis.

Cette annonce a ravivé les craintes d’une guerre commerciale sino-américaine, qui risque également d’entraîner des dommages collatéraux pour d’autres pays, de peser sur la croissance et l’inflation à l’échelle mondiale et d’accentuer les tensions géopolitiques. Elle a donc ébranlé les marchés mondiaux : l’indice S&P 500 a perdu 2,5% le jour de l’annonce, les principales places asiatiques ont accusé un repli similaire le jour suivant, les rendements des bons du Trésor américain ont baissé et les devises refuge se sont raffermies face au billet vert.

Droits de douane à l’encontre la Chine : produits concernés et impact économique potentiel aux États-Unis

Sachant que ce mémorandum repose sur les conclusions de l’enquête au titre de l’article 301 sur les pratiques de la Chine en matière de propriété intellectuelle, les droits de douane envisagés pourraient frapper les exportations chinoises de produits électroniques et technologiques, tels que les équipements de communication, les ordinateurs et les machines de traitement de données. Les pièces détachées automobiles, les équipements ménagers, les meubles, les vêtements et les jouets pourraient également être concernés. Ces produits sont les principaux contributeurs au déficit commercial considérable des États-Unis avec la Chine.

À ce stade, il est difficile d’évaluer l’impact de ces mesures sur la croissance et l’inflation aux États-Unis. En première analyse, il devrait être relativement modeste, car les droits de douane envisagés sont d’ampleur limitée : ils pourraient porter sur un maximum de 60 milliards de dollars d’importations annuelles de produits chinois. En 2017, la valeur des importations américaines de biens a totalisé plus de 2 000 milliards de dollars, ce qui signifie que les droits s’appliqueraient à moins de 3 % des importations américaines et à quelque 10 % du total des importations en provenance de Chine.

Bien entendu, tout impact sur la croissance pourrait être amplifié si la Chine prenait des mesures de rétorsion radicales (cf. infra) et si la montée des tensions commerciales entre les deux pays pesait lourdement sur les actifs risqués et la confiance des entreprises. En matière d’inflation, outre la portée limitée des droits envisagés, la possibilité d’effets de substitution et la volonté des entreprises chinoises d’en absorber le coût en comprimant leurs marges (avec l’aide éventuelle de subventions de l’État) limiteraient également l’ampleur des répercussions sur les prix à la consommation.

En plus de leur portée limitée, les droits de douane envisagés n’entreront pas immédiatement en vigueur, ce qui laisse à penser que toute avancée dans les négociations avec les autorités chinoises sur les pratiques de propriété intellectuelle pourrait aboutir à un nouveau report de leur application ou à leur réduction. Le représentant américain au commerce dispose d’un délai de quinze jours pour proposer des droits de douane.

Il y aura ensuite une phase de consultation de 30 jours, suivie d’une période plus courte durant laquelle le représentant au commerce prendra une décision définitive. L’instauration d’éventuels droits de douane supplémentaires contre la Chine et la mise en œuvre de possibles mesures de rétorsion de la part de Pékin ne devraient donc pas intervenir avant au moins six semaines, ce qui laisse du temps pour que les négociations se poursuivent.

Contexte général : le programme « America First » fait craindre de nouvelles tensions commerciales

Au-delà des spécificités de ces mesures douanières, il est utile de replacer cette annonce dans le contexte plus large du programme de politique commerciale de l’administration Trump. Depuis le début, Donald Trump et ses conseillers en matière de commerce ont clairement signifié leur volonté de donner la priorité aux intérêts américains sous le slogan « America First » (L’Amérique d’abord). Ils entendent ainsi résorber le déficit commercial américain et en revitaliser son secteur manufacturier en contestant les règles du commerce international et en renégociant les accords commerciaux. La renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) avec le Canada et le Mexique a été engagée assez vite l’an dernier, mais les investisseurs ont pu interpréter le retard dans la mise en place de droits de douane comme le signe d’un exécutif faisant plus de bruit que de mal.

Dans les fait, l’administration Trump a suivi une procédure juridique de manière à pouvoir recourir aux pouvoirs spécifiques conférés au président en vertu de la loi de 1974 sur le commerce et de celle de 1962. Ce n’est qu’au cours des derniers mois que cette procédure est arrivée au stade du processus décisionnel en matière de droits de douane.

Le programme « America First » suggère que les mesures protectionnistes pourraient ne pas s’arrêter aux décisions prises à l’encontre la Chine au titre de l’article 301.

  • Premièrement, les mesures arrêtées à ce jour n’auront aucun impact notable sur le déficit commercial des États-Unis, que ce soit dans sa globalité ou avec les différents pays. L’accélération de la croissance américaine alimentée par la relance budgétaire risque au contraire de creuser encore plus le déficit commercial du pays. Sachant toute l’importance que Donald Trump attache à ce déficit, le considérant comme un indicateur de la santé de l’économie, il est possible qu’une absence d’amélioration ou une détérioration conduise à de nouvelles mesures protectionnistes.
  • Deuxièmement, Donald Trump a fait campagne en promettant le retour des emplois manufacturiers, et, à l’instar de ses conseillers, il considère que le protectionnisme est un moyen d’y parvenir (et que les avantages de cette politique l’emportent sur ses coûts). En outre, le remaniement récent de son administration a conduit à la nomination d’une série de conseillers qui sont moins enclins à freiner ses velléités, y compris en matière commerciale.
  • Enfin, Donald Trump et ses principaux conseillers estiment que la taille de l’économie américaine et l’importance du déficit commercial placent les États-Unis en position de force dans les négociations avec la Chine et les autres partenaires commerciaux. L’administration Trump pourrait également considérer que les coûts d’une guerre commerciale sont supportables à court terme, comparés au coût du respect continu des règles du commerce international, qu’elle juge discriminatoires pour les entreprises américaines. Comme l’a récemment déclaré Donald Trump : « les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner ».

Bien que ces considérations laissent présager de nouvelles frictions commerciales, d’autres facteurs devraient permettre d’éviter une escalade significative des tensions avec les principaux partenaires commerciaux des États-Unis. Les mesures commerciales américaines récentes se caractérisent ainsi par leur absence de détails concrets, leur propension à prévoir des délais d’application et leur souplesse de mise en œuvre, ce qui laisse à penser que la stratégie de l’administration Trump pourrait consister à utiliser la menace des droits de douane comme tactique de négociation. Toute avancée dans les négociations pourrait dans ce cas déboucher sur un report de leur application.

Par ailleurs, Donald Trump fait grand cas de la performance des marchés boursiers, car il la considère comme un référendum sur sa présidence. Elle pourrait donc faire office de mécanisme automatique de discipline en matière de politique commerciale, évitant ainsi la matérialisation de scénarios plus extrêmes qui pourraient conduire à une correction boursière et ébranler la confiance des ménages et des entreprises. Il est également possible que la base électorale de Donald Trump en vienne à penser que les politiques de son administration sont dans l’ensemble préjudiciables, notamment si les mesures de rétorsion des partenaires commerciaux des Etats-Unis se faisaient plus radicales.

Enfin, toute initiative de l’administration Trump en direction de droits de douane plus généralisés (ou vers un retrait unilatéral de l’ALENA) pourrait pousser le Congrès à agir pour amender les lois sur le commerce en vue de reprendre les pouvoirs conférés à l’exécutif après 1945. Cette éventualité (ainsi que toute menace par le Congrès de bloquer le programme législatif de l’administration) devrait limiter les risques de scénarios de politique commerciale extrême. En outre, le risque de mesures parlementaires visant à limiter les prérogatives de l’administration en matière de commerce augmentera probablement l’an prochain, au vu des résultats électoraux récents et des sondages qui prédisent une important « vague » démocrate aux élections de mi-mandat.

Les risques de mesures de rétorsion chinoises

La Chine a réagi dans les heures qui ont suivi avec l’annonce de droits de douane sur trois milliards de dollars d’importations américaines, dont notamment 15 % sur les fruits frais et secs, les oléagineux, le vin et le ginseng et des droits de 25 % sur la viande de porc et les produits agricoles transformés. Il s’agissait toutefois davantage d’une riposte décalée aux droits de douane sur l’acier et l’aluminium annoncés par Donald Trump en février et entrés en vigueur le vendredi précédent.

D’importantes exportations américaines pourraient faire l’objet de mesures de rétorsion supplémentaires, comme par exemple les avions, les automobiles et d’autres produits agricoles. La Chine pourrait également viser les investissements américains sur son sol, ce qui serait plus pénalisant pour les Américains que les mesures de Donald Trump visant les investissements chinois aux États-Unis, car les investissements directs étrangers (IDE) américains en Chine sont largement supérieurs aux IDE chinois sur le territoire américain.

La stratégie de riposte de la Chine visera probablement les exportations américaines politiquement sensibles, c’est-à-dire celles qui pourraient être plus préjudiciables pour la politique intérieure des États-Unis, notamment l’agriculture. Il est toutefois fort probable qu’elle reste contenue et proportionnée pour éviter une escalade des tensions.

Pékin pourrait même réagir de manière constructive en limitant volontairement les exportations de certains produits, en assurant un meilleur respect des règles de propriété intellectuelle, en assouplissant les exigences en matière de transferts de technologie dans certains secteurs et en poursuivant l’ouverture de ses industries des services, comme le Premier ministre Li Keqiang y a fait allusion lors de la clôture du Congrès national du peuple le 20 mars.

Impact économique sur la Chine et d’autres pays dans la chaîne d’approvisionnement

Tant que les droits de douane ciblent des produits spécifiques, comme c’est le cas actuellement, l’impact macroéconomique sur la Chine sera limité. Les 60 milliards de dollars d’exportations chinoises visées représentent environ 15 % des exportations annuelles de la Chine. Des études montrent que l’application de droits de douane permanents de 25 % sur ces exportations aurait un impact négatif de 0,1 point de pourcentage sur la croissance du PIB chinois.

Par ailleurs, une baisse permanente de 10 % des exportations chinoises vers les États-Unis réduirait d’environ 0,3 point de pourcentage le PIB de la Chine. La Chine pourrait toutefois aisément compenser ces impacts par des investissements dans ses infrastructures domestiques et (ou) par une hausse de ses exportations vers d’autres pays dans le cadre de son initiative « Belt and Road ».

Nous estimons par conséquent que Pékin n’aurait rien à gagner à laisser le renminbi se déprécier en réponse aux droits de douane américains. Le coût global d’une importante dévaluation visant à contrer l’impact de 25 % de droits de douane dépasserait largement l’impact positif incertain de cette mesure sur les exportations chinoises. À la marge, la Chine pourrait même laisser le renminbi s’apprécier encore plus face au dollar américain (notamment si celui-ci continue de s’affaiblir) afin d’apaiser les tensions commerciales, bien que le risque de nouvelles mesures américaines à l’encontre des exportations chinoises puisse mettre un frein à la vigueur potentielle de la monnaie chinoise.

Il est également peu probable que la Chine se déleste de ses bons du Trésor américain en guise de représailles, car cette initiative pèserait sur la valorisation de ses réserves de change et il n’y a pas vraiment d’autres actifs vers lesquels elle pourrait se tourner à court terme pour transférer ses avoirs considérables en bons du Trésor américain. La menace d’un ajustement de ses avoirs pourrait toutefois lui conférer un levier important dans les négociations commerciales.

Les conséquences négatives pour la Chine sont assez limitées, même si des risques existent pour les actions et les obligations des entreprises et industries chinoises concernées. Selon des études d’analystes, les secteurs des actions « A » qui réalisent plus de 30 % de leur chiffre d’affaires à l’export comprennent l’électronique, la fabrication d’ordinateurs, les équipements ménagers, les machines, les équipements informatiques et les semi-conducteurs.

Il est toutefois possible que des pays qui fournissent des pièces et des composants à la Chine subissent des dommages collatéraux. Cet impact peut être estimé en extrayant la valeur ajoutée d’origine étrangère contenue dans les exportations brutes de la Chine et en la réaffectant à ses pays d’origine afin d’évaluer l’exposition finale de leurs exportations aux États-Unis.

Sur les dix pays les plus exposés au marché américain, six se situent en Asie (voir le rapport ci-joint). Parmi les pays asiatiques les plus exposés aux États-Unis, les secteurs à risque comprennent le textile, la maroquinerie et les chaussures au Vietnam, les ordinateurs et les produits électroniques à Taïwan et en Malaisie, et les produits chimiques et pétroliers à Singapour. Cette analyse a des implications en termes de risque pour la gestion de portefeuille et l’allocation d’actifs.

Les risques à long terme de la relocalisation

Comme nous l’avons récemment montré, le risque à plus long terme est que la Chine comme les États-Unis s’efforcent de relocaliser les chaînes de production mondialisées mises en place ces trente dernières années : la Chine substitue des productions nationales aux produits importés en vue de minimiser la part étrangère de sa base industrielle, tandis qu’aux États-Unis, cela se manifeste par les politiques « America First ».

Le succès, même partiel, de telles initiatives, pourrait être préoccupant. Premièrement, le démantèlement des chaînes d’approvisionnement mondiales sera probablement source d’inflation en faisant disparaître les forces désinflationnistes de la mondialisation. Deuxièmement, les chaînes de production transnationales constituent un facteur de paix et de stabilité, car elles font monter le coût de conflits armés. Un éventuel retour à des bases de production nationales augmente le risque que de grands pays cherchent à régler leurs différends par la force.


Rédigé par Steven Friedman et Chi Lo

Sur le même thème

Weekly insights, straight to your inbox

A round-up of this week's key economic and market trends, and insights on what to expect going forward.

Veuillez saisir une adresse e-mail valide
Please check the boxes below to subscribe