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Nouveaux droits de douane américains : les risques vont au-delà de la Chine

Vous pensez que les droits de douane de Donald Trump sur les importations d’acier et d’aluminium visent à corriger le déséquilibre dans les échanges sino-américains ? Réfléchissez-y encore. Les principaux produits qui contribuent au déficit commercial abyssal des États-Unis avec la Chine sont les produits électroniques et à forte intensité de main-d’œuvre, tels que les machines de traitement de données et les équipements de télécommunication, les jouets, les meubles, les chaussures et les plastiques.

Vous pensez que les droits de douane de Donald Trump sur les importations d’acier et d’aluminium visent à corriger le déséquilibre dans les échanges sino-américains ? Réfléchissez-y encore. Les principaux produits qui contribuent au déficit commercial abyssal des États-Unis avec la Chine sont les produits électroniques et à forte intensité de main-d’œuvre, tels que les machines de traitement de données et les équipements de télécommunication, les jouets, les meubles, les chaussures et les plastiques.

Ces deux catégories de produits sont difficiles à cibler pour les États-Unis car :

  • les produits électroniques font partie intégrante de la production américaine dans la chaîne d’approvisionnement mondiale, de telle sorte qu’une hausse des taxes sur les importations augmenteraient les coûts pour les entreprises américaines ;
  • les États-Unis n’ont plus d’avantage comparatif dans la fabrication de produits à forte intensité de main-d’œuvre [1], ce qui implique que les droits de douane ont uniquement l’effet d’une taxe sur les consommateurs américains.
Balance commerciale des États-Unis dans les produits technologiques avancés (en millions de dollars américains) Source : United States Census Bureau, US International Trade in Goods and Services, janvier 2018 Exportations, importations et balance commerciale de certains produits des États-Unis (en millions de dollars américains) Source : United States Census Bureau, US International Trade in Goods and Services, janvier 2018

Les droits de douane instaurés pourraient s’appliquer largement. Toutefois, certaines exemptions ont déjà été accordées et d'autres pourraient être négociées. Parmi les alliés des États-Unis, le Canada (qui représente 16 % des importations américaines d’acier et 41 % de celles d’aluminium) est pour le moment exempté. La Corée du Sud, le Japon et l’Allemagne (comptant chacun pour 5 à 9 % des importations américaines d’acier) n'ont pas cette chance.

La Chine ne figure même pas dans la liste des cinq premiers pays exportateurs d’acier vers les États-Unis. L’impact sur la Chine de ces droits de douane devrait être faible. L’acier et l’aluminium exportés vers les États-Unis par la Chine représentent environ 0,2 % du total de ses exportations et 0,03 % de son PIB. Afin de prévenir les dommages potentiels, la Chine peut accroître l’investissement domestique et exporter davantage, notamment vers les 65 pays couverts par la nouvelle route de la soie (« Belt and Road initiative»).

Les États-Unis s’orientent-ils vers un affrontement économique et technologique total avec la Chine ? À ce stade, l’objectif affiché de Donald Trump est de réduire le déficit commercial en forçant la Chine à abandonner ses pratiques commerciales « déloyales » de subventions et financements publics.

Les droits de douane instaurés pourraient s’appliquer à tous les pays, y compris aux alliés des États-Unis comme le Canada (qui représente 16 % des importations américaines d’acier et 41 % de celles d’aluminium), la Corée du Sud, le Japon et l’Allemagne (comptant chacun pour 5 à 9 % des importations américaines d’acier). La Chine ne figure même pas dans la liste des cinq premiers pays exportateurs d’acier vers les États-Unis.

Droits de douane : la Chine reste calme pour le moment

Du point de vue de la Chine, tant que les droits de douane américains restent circonscrits à des secteurs ou produits, les conséquences négatives sur le plan macroéconomique devraient être gérables. La réaction de Pékin a été tempérée jusqu’ici, mais des représailles semblent probables. Dans le même temps, la Chine pourrait tenter d’apaiser les tensions en appliquant de manière plus stricte les règles de la propriété intellectuelle sur son marché domestique ou en ouvrant davantage l’accès à son secteur des services financiers ou à une sélection de services Internet.

À notre avis, le renminbi ne sera pas utilisé dans la guerre commerciale. La Chine pourrait même le laisser s’apprécier face au dollar américain en vue d’atténuer les tensions. Néanmoins, de nouvelles mesures sévères des États-Unis contre les exportations chinoises pourraient remettre en cause notre scénario d’une légère appréciation du renminbi. Dans l’ensemble, en dépit d’une escalade des frictions commerciales sino-américaines, et sauf raffermissement subit et durable du dollar, nous continuons d’anticiper une appréciation du CNY face au billet vert d’environ 3,0 % d’ici à la fin de l’année.

Position politique versus mesures concrètes

Si l’ensemble de l’échiquier politique américain est favorable à un durcissement de la posture vis-à-vis de la Chine, il n’y a aucun consensus sur les mesures qui pourraient être très dommageables pour la Chine sans nuire au même degré, voire plus, aux entreprises américaines.

L’absence de coordination des partisans d’une politique de fermeté en matière de commerce et de sécurité nationale a créé un manque de cohérence dans la stratégie des États-Unis. Les tenants d’une ligne dure en matière sécuritaire souhaiteraient avoir l’assurance que les principaux alliés des États-Unis se joignent à leurs efforts pour contenir la menace chinoise. Les partisans d’une ligne dure en matière commerciale ont soutenu une action unilatérale, comme les droits de douane qui ont sapé les efforts de formation d’une coalition.

Balance commerciale américaine des biens par pays et région (sur la base de la balance des paiements, en millions de dollars américains) Source : United States Census Bureau, US International Trade in Goods and Services, janvier 2018

Nombre d’entreprises américaines ont une position ambivalente à l’égard de la Chine. Elles regrettent sa politique discriminatoire, mais reconnaissent par ailleurs qu’elle représente un énorme marché, une source de croissance et une cible prioritaire en matière d’investissement et de commerce. Cependant, à moins que les tenants d’uen position plus ouverte n’obtiennent un plus fort soutien des sociétés dont l’avenir est lié au marché chinois, il est fort probable que la ligne dure en matière de commerce et de sécurité continue à dominer.

Risques au-delà de la Chine

Si la sécurité nationale commence à dicter la politique économique extérieure des États-Unis, le protectionnisme peut s’étendre au-delà des préoccupations à court terme, comme, par exemple, glaner des voix pour les élections de mi-mandat en novembre.

Pour la Chine, cela peut signifier que d’autres secteurs seront affectés, avec des dommages collatéraux pour d’autres économies asiatiques du fait de leur rôle dans la chaîne d’approvisionnement mondiale.

Pour l’économie mondiale, une escalade de la guerre commerciale (sino-américaine) pénaliserait la croissance et l’investissement. Les perturbations de la chaîne d’approvisionnement mondiale entraîneraient une montée de l’inflation et du risque géopolitique. En raison d’une « démutualisation » des intérêts économiques, le risque de conflit armé pourrait augmenter.

Dans ces conditions, la prime des actifs risqués augmentera.


[1] Selon divers études, le salaire moyen en zone urbaine en Chine reste inférieur de 20 % à celui constaté aux États-Unis. D’autres économies émergentes présentent des coûts de main-d’œuvre plus bas et pourraient remplacer les exportations chinoises bon marché vers les États-Unis.

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