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Frictions commerciales entre les États-Unis et la Chine : quelles conséquences ?

Du point de vue des États-Unis, une escalade des tensions économiques avec la Chine semblerait possible. Fin 2017, des documents portant sur la stratégie des États-Unis en matière de sécurité nationale, de défense et de commerce ont, pour la première fois, unanimement désigné la Chine comme un pays concurrent stratégique, remettant en cause la politique d’engagement constructif menée de longue date par l’Amérique.

Du point de vue des États-Unis, une escalade des tensions économiques avec la Chine semblerait possible. Fin 2017, des documents portant sur la stratégie des États-Unis en matière de sécurité nationale, de défense et de commerce ont, pour la première fois, unanimement désigné la Chine comme un pays concurrent stratégique, remettant en cause la politique d’engagement constructif menée de longue date par l’Amérique.

Notre scénario central est inchangé. Nous continuons de penser que Washington et Pékin n’entreront pas dans une guerre commerciale totale [1]. Cependant, même des frictions commerciales pourraient avoir des incidences à long terme sur le commerce mondial, les flux d’investissement et l’équilibre des forces politiques dans la région Asie-Pacifique.

Les effets à court terme seraient probablement ressentis de manière inégale d’un marché à l’autre. La Chine pourrait être beaucoup moins affectée que ne le suppose le Président Trump, mais les dommages collatéraux pourraient être significatifs sur les autres économies asiatiques et auraient des conséquences en matière d’allocation d’actifs pour les marchés financiers de la région.

Déficit commercial persistant des États-Unis avec la Chine

Le déficit commercial persistant des États-Unis avec la Chine constitue le point de friction dans les relations commerciales sino-américaines. Il est plus de cinq fois plus important que celui avec le Mexique, deuxième déficit commercial bilatéral des États-Unis. En outre, l’excédent commercial de la Chine avec les États-Unis a atteint un niveau record, tandis que son excédent avec le reste du monde s’est réduit (voir graphique 1).

Graphique 1 : Balance commerciale de la Chine* *Note : Somme sur 12 mois glissants pour les séries de données. Source : CEIC, BNP Paribas Asset Management (Asie), données au 21/02/2018

Le Président Trump estime donc disposer d’un solide argument pour exhorter à la mise en place d’une politique commerciale restrictive vis-à-vis de la Chine, et les choses semblent évoluer dans ce sens. Après avoir instauré des droits de douane de 30 % sur les importations de panneaux solaires et de 20 % sur celles de machines à laver fin janvier 2018, le ministère américain du Commerce a proposé mi-février d’imposer des taxes élevées, ou des quotas, sur l’acier et l’aluminium importés aux États-Unis, la Chine étant le premier producteur mondial de ces deux matières premières.

Dommages collatéraux

Les marchés financiers voient dans ces développements l’illustration de la politique protectionniste prônée par Donald Trump [2]. Toutefois, les données des échanges en termes bruts peuvent être trompeuses, car plus d’un tiers des exportations chinoises, y compris celles à destination des États-Unis, concernent des biens auxquels la Chine a ajouté de la valeur mais qui ont été essentiellement produits dans d’autres pays d’Asie.

Dans ce contexte, une montée du protectionnisme aux États-Unis, telle que reflétée dans des frictions commerciales sino-américaines, pourrait être préjudiciable aux pays qui fournissent des pièces et des composants à la Chine. On peut estimer les dommages collatéraux potentiels en extrayant la valeur ajoutée contenue dans les exportations brutes de la Chine et en la réaffectant à ses pays d’origine afin de déterminer l’exposition finale de leurs exportations aux États-Unis.

Ce calcul montre clairement qu’une escalade dans le protectionnisme américain aurait des répercussions négatives sur la plupart des économies d’Asie axées sur les exportations, six des dix premiers pays les plus exposés étant asiatiques (voir graphique 2). L’impact sur la Chine serait relativement limité. Du point de vue de l’allocation d’actifs, la Chine serait apparemment le marché asiatique le moins affecté par une intensification des frictions commerciales sino-américaines, toutes choses égales par ailleurs.

Une étude du marché [3] constate également que dans les pays d’Asie les plus exposés aux États-Unis, les secteurs susceptibles d’être les plus durement touchés par des mesures commerciales américaines sont le textile, la maroquinerie et les chaussures au Vietnam, le matériel informatique et l’électronique à Taïwan et en Malaisie, et les produits chimiques et pétroliers à Singapour.

Graphique 2 : Exposition finale des exportations aux Etats-Unis par rapport aux exportations directes vers les Etats-Unis (2016) frictions commerciales *Note : Exportations destinées à la demande intérieure américaine, hors biens réexportés des Etats-Unis vers des pays tiers. Source : UN Comtrade, Eurostat, base de données sur le commerce en valeur ajoutée OCDE-OMC, FMI, statistiques nationales, CEIC, Nomura, BNP Paribas Asset Management (Asie), données au 21/02/2018

Calcul stratégique des Etats-Unis

Les États-Unis ne semblent pas bluffer. En 2017, la politique commerciale américaine a été subordonnée aux objectifs d’obtenir un soutien de la Chine dans le différend avec la Corée du Nord et de faire adopter un projet de baisses d’impôts. Maintenant que le risque lié à la crise nord-coréenne se stabilise et que le projet de réforme fiscale a été adopté, la conduite d’une politique commerciale restrictive est devenue la priorité de Donald Trump.

Le Président des États-Unis et de nombreux responsables américains semblent considérer que la Chine reste fortement tributaire des échanges internationaux pour sa croissance et qu’elle présente un système financier si fragile qu’une pression unilatérale des États-Unis pourrait la contraindre à des concessions. Selon nous, ils ont surestimé la capacité de l’Amérique à forcer la main à la Chine et ont une vision dépassée de la structure de l’économie chinoise. En effet, depuis 2009, la contribution des exportations nettes à la croissance du PIB de la Chine a été globalement nulle, voire négative (voir graphique 3), suggérant que l’économie chinoise est déjà passée d’une croissance tirée par les exportations à un modèle de croissance fondé sur le marché intérieur.

Graphique 3 : Contribution à la croissance des composantes du PIB de la Chine frictions commerciales Note : exportations nettes = un instrument de croissance supplémentaire qui n'a pas contribué ces dernières années. Source : CEIC, BNP Paribas Asset Management (Asie), données au 21/02/2018

Chine : la réalité

Selon certaines études, une baisse permanente de 10 % des exportations chinoises vers les États-Unis réduirait le PIB de la Chine d’environ 0,3 point de pourcentage. Cet impact, quoique notable, peut être aisément compensé par des investissements dans les infrastructures domestiques et (ou) par une augmentation des exportations chinoises à destination d’autres marchés dans le cadre de l’initiative « la Ceinture et la Route » (« Belt & Road »).

Par ailleurs, la capacité de l’innovation domestique en Chine à générer de la croissance s’est nettement améliorée. Le processus de modernisation de l’outil industriel dans le cadre du plan « Made in China 2025 » a été financé par des centaines de milliards de dollars investis dans des fonds de capital-risque d’État, à côté des subventions classiques.

Le manque de transparence, la lourdeur de la réglementation et les difficultés d’accès au marché pourraient-ils dissuader les investisseurs étrangers d’investir en Chine ? Selon les Nations Unies, en 2017, les investissements directs étrangers (IDE) en Chine ont augmenté de près de 10 % à 144 milliards de dollars, tandis que les IDE dans le monde ont fléchi de 16 % à 1 520 milliards de dollars. Tant que la Chine restera la grande économie qui connaît la croissance la plus rapide au monde, il est fort probable que l’attrait de la taille et de la dynamique de son marché, ainsi que les avancées de ses réformes économiques, l’emporteront sur les conditions de concurrence inégales et les craintes de transferts de technologies.

Risques des frictions commerciales

Dans un premier temps, une campagne durable de pressions économiques des États-Unis sur la Chine entretiendrait l’idée que l’Amérique s’est lancée dans une bataille à long terme en vue de réduire son déficit commercial, potentiellement en usant de l’arme d’un dollar faible. Fin janvier, le secrétaire d’État américain au Trésor, Steve Mnuchin, a d’ailleurs brandi cette menace en évoquant les avantages d’un dollar faible. Bien que de hauts responsables américains aient rapidement réaffirmé le maintien d’une politique de dollar fort, le scepticisme a gagné le marché, car la réduction du déficit commercial est désormais un objectif affiché de Donald Trump et, selon une étude réalisée par un comité d’experts américains, il faudrait que le taux de change réel du dollar baisse de 10 % pour que le déficit courant des États-Unis puisse être ramené de 4 % à 2-3 % du PIB.

À plus long terme, la Chine et les États-Unis semblent chercher à relocaliser les chaînes de production mondialisées mises en place au cours des trente dernières années, la Chine en substituant des productions nationales aux produits importés en vue de minimiser la part étrangère de sa base industrielle, et les États-Unis en menant des politiques « l’Amérique d’abord ». Même un succès partiel de ces mesures pourrait être dommageable.

  • Premièrement, le démantèlement des chaînes d’approvisionnement mondiales sera probablement source d’inflation en faisant disparaître les forces désinflationnistes engendrées par la mondialisation.
  • Deuxièmement, l’on peut avancer que les chaînes de production transnationales constituent un facteur de paix et de stabilité dans la mesure où elles font monter les enjeux en cas d’éclatement de conflits armés. Un retour à des bases de production domestiques soulève la possibilité que de grands pays cherchent à régler leurs différends par la force. Il est probablement trop tôt pour s’inquiéter, mais cette hypothèse est préoccupante.

Complications pour les devises asiatiques

Dans l’ensemble, les devises asiatiques seraient exposées au risque découlant d’un protectionnisme américain. Elles subiraient des pressions à la baisse du fait d’un ralentissement du commerce et de la mise en œuvre par les autorités locales de politiques visant à préserver la croissance. Cependant, si le dollar américain restait faible en dépit du resserrement attendu de la Réserve fédérale (Fed), cela atténuerait le risque afférent au protectionnisme pour les devises asiatiques et permettrait même aux banques centrales asiatiques de ne pas suivre la Fed dans le relèvement des taux.

La force relative de ces deux facteurs est inconnue. Cela dépendra en grande partie de l’orientation du dollar américain, qui, à son tour, sera fonction du nombre et du rythme de hausses des taux de la Fed par rapport aux anticipations actuelles.


[1] Chi Time: Trump and China and the Potential Surprises, 05/02/2017 [2]  Le Président Trump doit décider de l'instauration de droits de douane ou de quotas sur les importations d'acier et d'aluminium d'ici la mi-avril 2018, en vertu de la loi sur le commerce. [3] The Impact of US Trade Protectionism Centring on China, Asia Special Report, Nomura, 23/03/2017

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