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Marchés actions : gérer l’épidémie, la politique et l’économie

La rentrée a été marquée par des prises de bénéfices sur les actions sur fond d’inquiétudes sur la situation sanitaire et d’incertitudes économiques et politiques. Les actions mondiales ont reculé en septembre sans mouvement de panique toutefois. Alors que les mesures de soutien budgétaire tardent, les banques centrales restent à la manœuvre.

La série de hausses mensuelles s’est interrompue en septembre

Les premières séances de septembre ont été marquées par une baisse sensible alors que l’indice S&P 500 venait d’établir un nouveau record en clôture le 2 et affichait une hausse de près de 11 % depuis le début de l’année. Les valeurs technologiques américaines, pénalisées par d’importantes prises de bénéfices et certaines spécificités techniques, ont été particulièrement touchées comme le montre la correction de 10 % du Nasdaq composite entre le 2 et le 8. Ces mouvements se sont bien sûr accompagnés d’une hausse de la volatilité implicite : l’indice VIX calculé sur les options du S&P 500 est passé en quelques jours de 22 à 34, au plus haut depuis fin juin.

Pour autant, la contagion aux autres grandes places boursières et aux autres actifs risqués est restée assez limitée et la phase « risk off » n’est pas parvenue à véritablement s’installer. D'une part, la volatilité a reflué et les indices de la zone euro ont résisté une bonne partie du mois tandis que la Bourse de Tokyo a terminé en légère hausse. D'autre part, les actions américaines sont remontées en fin de période, portées notamment par les espoirs d’un accord au Congrès sur de nouvelles mesures budgétaires.

Le bilan mensuel des actions mondiales est négatif (-3,4 % pour l’indice MSCI AC World en dollars). Cette baisse, qui fait suite à cinq mois consécutifs de hausse, reflète les inquiétudes face à la recrudescence de l’épidémie de Covid-19. L’augmentation du nombre de cas de contaminations et la hausse des hospitalisations ont conduit de nombreux pays à renforcer les mesures de distanciation sociale à des degrés divers.

La menace d’une seconde vague et ces décisions ont rappelé aux investisseurs la réalité des incertitudes planant sur l’économie mondiale qu’ils avaient préférées ignorer cet été. Des indicateurs décevants sur l’activité, en particulier dans la zone euro, ont alimenté leurs craintes en mettant en évidence des signes d’essoufflement après le rattrapage mécanique (et rapide) depuis mai.

Dans ce contexte, les assurances renouvelées des grandes banques centrales de conserver leurs politiques monétaires très accommodantes pendant très longtemps, voire de prendre des mesures supplémentaires si nécessaire, n’ont pas suffi à rassurer pleinement les investisseurs en actions.

Des raisons d’espérer nous viennent d’Asie

Les données économiques en provenance d’Asie ont été plutôt encourageantes ces dernières semaines. L’activité revient au niveau pré-Covid dans de nombreux secteurs de l’économie chinoise et le redémarrage de la demande adressée aux exportateurs asiatiques est favorable. Par ailleurs, l’épidémie semble mieux maîtrisée que dans les grands pays occidentaux ou les autres zones émergentes. La meilleure résistance des actions émergentes d’Asie a permis à l’indice MSCI Emerging (en baisse de 1,8 % en dollars) de surperformer les marchés développés.

Les actions américaines ont sous-performé les autres grandes places en septembre. L’indice S&P 500 a perdu 3,9 % et le Nasdaq composite 5,2 %. Ce recul mensuel le laisse toutefois en hausse de 24,5 % depuis le début de l’année (+4,1 % pour le S&P 500). Les bourses européennes ont également terminé en baisse : -2,4 % pour l’Eurostoxx 50 qui recule de 14,7 % depuis le début de l’année; pénalisé notamment par les difficultés des valeurs financières. A Tokyo, l’indice Topix a terminé le mois en légère hausse (+0,5 %), soutenu par les achats de la Banque du Japon et par la reprise de la demande en Asie. Le changement à a tête du gouvernement, qui s’est déroulé rapidement et sans heurts, a par ailleurs été perçu comme un gage de continuité de la politique économique. Au niveau mondial, les secteurs cycliques, y compris certains pans de la technologie, ont surperformé le reste de la cote. L’énergie et les bancaires ont enregistré les plus forts reculs mensuels.

La Banque centrale européenne face à l’appréciation de l’euro

 La parité EUR/USD, après être ponctuellement repassée au-dessus de 1,20 le 1er septembre, s’est, dans un premier temps, stabilisée autour de 1,18 avant de se diriger vers 1,16. Alors que les opérateurs avaient envisagé que les commentaires de la BCE mettent fin à la rapide appréciation de l’euro observée depuis fin mai où la parité s’établissait sous 1,10, les évolutions en septembre résultent des inquiétudes sur la croissance dans la zone euro et de la baisse des actions qui a entraîné un repli des investisseurs vers le dollar. Ce mouvement n’a pas remis en cause l’appréciation de l’euro au 3e trimestre.

A l’issue de la réunion de politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) du 10 septembre, les taux directeurs, les programmes d'achats d'actifs, et les indications sur l’orientation future de la politique monétaire (forward guidance) n’ont pas été modifiés. Ce statu quo était largement anticipé mais plusieurs éléments ont déçu les attentes et laissé l’impression que l’attitude de la BCE était un peu moins accommodante qu’attendu.

Cette impression a été accentuée par diverses rumeurs selon lesquelles certains membres auraient souhaité que la révision à la hausse de la prévision du PIB soit davantage mise en avant. Un recul du PIB de la zone euro de 8 % est désormais attendu pour 2020 alors que les chiffres publiés par la BCE en juin faisaient état d’une baisse de 8,7 %. Cette révision résulte essentiellement d‘un recul un peu moins important au 2e trimestre.

La réaction de la BCE face à l’appréciation de l’euro est apparue assez modérée. L’usage a été respecté, puisque la BCE a évoqué les effets sur l’inflation d’une devise forte mais les déclarations sont restées plutôt mesurées et semblent montrer que le Conseil des gouverneurs ne s’inquiète pas trop d’un euro bien installé autour de 1,18 dollar. Toutefois, dès le lendemain, plusieurs commentaires sur le sujet ont laissé transparaître des dissensions au sein du Conseil des gouverneurs.

Dans ce contexte, les attentes de l’annonce en décembre d’une nouvelle augmentation des enveloppes d’achats de titres, ou d’une réaffectation entre les programmes, restent élevées malgré certaines déclarations donnant au contraire l’impression que l’enveloppe du PEPP (programme d’achats d’urgence face à la pandémie ou Pandemic emergency purchase programme) pourrait ne pas être totalement utilisée.

La rentrée agitée n’obère en rien les perspectives à moyen terme

 L’optimisme qui avait prévalu chez les investisseurs en juillet et août a été remis en question en septembre. Les difficultés rencontrées en début de mois par les valeurs technologiques américaines se sont étendues aux autres actifs risqués sans pour autant provoquer de mouvement de panique sur les marchés.

Face à l’accumulation des signes d’une seconde vague de l’épidémie de Covid-19, les investisseurs semblent avoir brutalement pris conscience de la fragilité de l’économie mondiale. Après l’effondrement de l’activité au printemps et son rebond rapide à partir de mai, la dynamique a paru s’essouffler ces dernières semaines.

En outre, alors que la date des élections aux Etats-Unis approche et que les négociations sur le Brexit sont entrées dans la dernière ligne droite, le facteur politique va retenir davantage l’attention au cours des prochaines semaines.

A ces incertitudes sanitaires, économiques et politiques, risquent de s’ajouter des retards sur l’adoption de nouvelles mesures de soutien budgétaire, aux Etats-Unis et en Europe. Les variations des actions pourraient être erratiques à court terme même si un positionnement toujours plutôt prudent des investisseurs est de nature à limiter la baisse.

A moyen terme, les politiques économiques volontaristes devraient assurer un environnement économique et financier porteur. Le message des banques centrales est clair : les politiques monétaires mises en place vont permettre le maintien de taux longs très bas pendant très longtemps. Un tel contexte est favorable aux actions et aux actifs risqués d’une manière générale. En outre, les progrès de la recherche médicale devraient devenir plus tangibles au fil des mois et soutenir la confiance des agents économiques, qui reste cruciale pour une reprise pérenne et à même se diffuser à tous les secteurs d’activité.

Au-delà de possibles variations heurtées à court terme, nous restons prudemment optimistes et, selon les messages envoyés par nos indicateurs de suivi de la dynamique des marchés, nous pourrons considérer les mouvements baissiers comme des opportunités de renforcement de notre position sur les actions.


Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication, sont basées sur les informations disponibles et sont susceptibles d’être modifiées sans préavis. Chaque équipe de gestion de portefeuille peut avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement différentes pour différents clients.

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