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Un ver dans la pomme du crédit à la consommation américain

Il y a bien longtemps, alors que je poursuivais des études financées par un emprunt étudiant, je me suis retrouvé à Swansea au Pays de Galles. Confronté à de nombreuses normes culturelles différentes de celles que je connaissais aux Etats-Unis, j'ai cherché à comprendre comment les autres me percevaient.

L'une des premières observation a été notre obsession à nous, Américains, pour les acronymes. Une obsession partagée jusqu'au niveau de la Réserve Fédérale américaine (Fed) qui inonde le marché de données et publications mises à jour à des fréquences diverses sous des noms cryptés tels que Z.1, H.8, G.19 et, mon préféré, FRED (Federal Reserve Economic Data).

Il y a bien longtemps, alors que je poursuivais des études financées par un emprunt étudiant, je me suis retrouvé à Swansea au Pays de Galles. Confronté à de nombreuses normes culturelles différentes de celles que je connaissais aux Etats-Unis, j'ai cherché à comprendre comment les autres me percevaient.

L'une des premières observation a été notre obsession à nous, Américains, pour les acronymes. Une obsession partagée jusqu'au niveau de la Réserve Fédérale américaine (Fed) qui inonde le marché de données et publications mises à jour à des fréquences diverses sous des noms cryptés tels que Z.1, H.8, G.19 et, mon préféré, FRED (Federal Reserve Economic Data).

Un des rapports les plus suivis a aussi son acronyme, le rapport SLOOS. Il s'agit de l'enquête réalisée auprès des responsables de crédit des banques sur les conditions d'octroi de prêts. Ce rapport trimestriel suit l'évolution des normes et des conditions d'octroi de prêts bancaires, la dynamique des affaires et la demande d'emprunts des ménages.

Il accorde une attention particulière à la relation de cause à effet entre le nombre actuel et estimé de défaillances de crédit et la mise à disposition future des prêts.

Le taux de défaillance des prêts commerciaux aux États-Unis a atteint un plancher au quatrième trimestre 2014 après la crise financière et a augmenté de manière continue chaque trimestre depuis lors. Cette évolution s'explique en grande partie par le secteur de l'énergie qui doit s'adapter à des prix pétroliers plus bas. Dans les chiffres, le pourcentage de prêts commerciaux en souffrance a augmenté de 0,49 % au quatrième trimestre 2014 à 1,25 % au premier trimestre 2016. Si le nombre n'est pas inquiétant en soi, le rythme auquel les prêts en souffrance augmentent et la perspective d'une accélération du phénomène, de plus en plus d'entreprises peinant à s'adapter à la nouvelle donne, a constitué une raison suffisante pour les directeurs de banque de resserrer les conditions d'octroi de crédit.

Le dernier rapport SLOOS montre que, pour la première fois depuis la fin de la crise financière, les banques cessent d'assouplir leurs conditions de crédit dans certains segments et continuent de durcir leur politique de prêt comme l'illustre le graphique 1 ci-dessous.

Graphique 1 : évolution des pratiques de prêts des banques americaines par rapport aux demandes de prêts commerciaux et industriels de la part des grandes et moyennes entreprises entre 2012 et 2016

application for c&i loans

Source : Senior Loan Officer Opinion Survey on Bank Lending Practices (SLOOS), au juin 2016.

Certains acteurs de marché voient dans ce déclin le présage d'une récession. Bien que le mécanisme de transmission entre la hausse des prêts en souffrance et le resserrement des conditions de crédit devrait selon nous freiner la croissance, nous pensons en revanche qu'il est prématuré de parler de contamination généralisée de pans de l'économie et donc d’envisager une récession imminente.

En ce qui concerne le crédit à la consommation, il est clair que pratiquement tous les paramètres financiers se sont améliorés depuis la grande crise financière d'il y a environ huit ans. Les segments de la consommation tels que les cartes de crédit et les ventes automobiles enregistrent des taux de défaillance de prêts en baisse grâce à une amélioration du marché du travail, de la confiance des consommateurs et de la capacité de refinancement. Ceci dit, il reste un domaine du crédit à la consommation où les défaillances n’ont pas encore baissé : les prêts aux étudiants.

Si le gouvernement américain a encouragé la formation des ménages, il a aussi favorisé les prêts aux étudiants. L'objectif était de préparer le changement démographique de la main-d'œuvre et d'accroitre la productivité par des formations de meilleure qualité.

Les données des rapports Z.1 et G.19 de la Fed montrent que depuis le début de l'année 2006, l'endettement des étudiants, principalement du fait de l'intervention du gouvernement américain, a presque triplé, passant de 481 à 1 350 milliards de dollars à fin mars 2016. Dans le graphique 2 ci-dessous, l'endettement des étudiants en pourcentage du crédit total à la consommation est passé de 20 % en 2006 à environ 38 % en 2016. Cette hausse a été compensée par une baisse des cartes de crédit. Tout porte à croire que les étudiants (et ce fut aussi le cas de l'auteur) se sont plus endettés pour financer des dépenses qui, auparavant, étaient payées par carte de crédit. Malheureusement, la hausse des défauts de remboursement d'emprunts d'étudiants est passée de 8,3 % à la sortie de la crise financière en 2009 à 11 % aujourd'hui. Un autre facteur inhérent à ce segment du crédit à la consommation complique la situation : les emprunts d'étudiants ne peuvent pas être annulés en cas de faillite, ce qui rend la restructuration de dette plus difficile.

Graphique 2 : l'endettement des étudiants en pourcentage du crédit total à la consommation est passé de 20 % en 2006 à environ 38 % en 2016 (évolution des différents types de crédit à la consommation aux USA entre 2006 et 2016).

US consumer credit

Source :  Board of Governors of the Federal Reserve System (US), au juin 2016.

La hausse des prêts commerciaux en souffrance et le durcissement des conditions d'octroi de crédit annoncent probablement un ralentissement des investissements et de la consommation aux États-Unis. Les investisseurs seraient bien avisés de prendre au sérieux ces signaux d'alarme et de suivre attentivement la publication des données de la Fed dans les prochains mois et trimestres afin de repérer toute nouvelle détérioration des conditions de crédit.

Quant aux prêts aux étudiants, le message est clair : soit les emprunteurs trouvent un emploi suffisamment rémunérateur pour rembourser leur dette, soit la loi sur les faillites doit être amendée. Toute mesure qui ne résout pas cette problématique occasionnerait le risque de voir un ralentissement de la croissance économique causée par l’incapacité d’une partie de la population à acheter une maison ou à épargner pour la retraite.

Article rédigé à New York, le 10 juin 2016.

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