BNP Paribas Asset Management Investment Forum 2018 : une période de grande instabilité

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Comment les investisseurs devraient-ils faire face à un monde caractérisé par des bouleversements toujours plus rapides et profonds ?

Afin de mieux appréhender les moteurs fondamentaux des changements perturbateurs et les opportunités associées, nous avons récemment organisé un forum pour l’investissement à Paris. Cet événement a rassemblé d’éminents universitaires, des responsables politiques de premier plan, ainsi que la direction générale, les analystes recherche et les gérants du monde entier de BNP Paribas Asset Management, venus partager leurs perspectives, ainsi que leurs idées, et débattre des implications pour les décisions d’investissement futures.

Au cours de ce forum qui s’est tenu sur un jour, nous avons discuté de cinq points de vue différents sur le thème de la « disruption » afin de mieux cerner les multiples facettes des changements que nous vivons, en tant qu’individus et investisseurs.

Cependant, au-delà de renforcer notre compréhension des forces qui orientent les marchés, cet événement nous a permis d’exposer notre positionnement en tant que société de gestion, notre culture de l’investissement axée sur la recherche, les discussions et les défis à relever, ainsi que notre détermination à être un vecteur de changement dans le financement d’un monde plus durable.

Chine : un important moteur des transformations économiques… et politiques

David Autor, professeur d’économie à Ford au sein du Massachussetts Institute of Technology (MIT) et co-directeur du groupe de travail universitaire sur l’avenir du travail, a discuté des profonds bouleversements observés sur le lieu du travail et dans les urnes, notamment de la mondialisation, des entreprises « superstars » et des nouveaux visages du travail. Selon lui, la Chine est l’un des principaux moteurs des transformations que nous avons observées récemment, aussi bien en matière économique que sur le plan politique, pointant en particulier le bond de ses exportations manufacturières dans le sillage de son adhésion à l’OMC en 2001, avec le déclin parallèle de l’industrie manufacturière américaine.

Si ce phénomène est bien connu, son impact sur le plan politique l’est moins. Bien que le nombre total d’emplois manufacturiers perdus ait été faible par rapport au marché américain du travail dans son ensemble, ces destructions ont été très concentrées dans des zones spécifiques du pays. Durant la présidentielle de 2016, un nombre apparemment suffisant d’électeurs dans ces régions ont modifié leur vote et fait basculer l’issue des urnes en faveur de Donald Trump. Les conséquences de la croissance de la Chine ont donc été autant politiques qu’économiques. La question clé posée par David Autor est celle de savoir si ce choc est terminé. Compte tenu de la poursuite du bras de fer commercial entre les États-Unis et la Chine, il semble manifestement que non.

Accroissement des pouvoirs de marché et de contrôle des entreprises « superstars »

L’ascension des entreprises « superstars », en particulier dans le secteur technologique, et leur impact sur la société font couler beaucoup d’encre aujourd’hui. La capacité de ces acteurs à acquérir un pouvoir de marché significatif a fortement contribué à leur croissance. Les raisons de leur montée en puissance récente suscitent de nombreux débats, mais les évolutions technologiques et la mondialisation y sont manifestement pour beaucoup. Nul doute également que les forces à l’origine de ce phénomène d’entreprises « superstars » continuent de se renforcer et se sont étendues bien au-delà du secteur technologique.

Jan De Loecker, professeur d’économie à la KU Leuven, a expliqué que la concentration sectorielle et le pouvoir de marché accrus dont bénéficiaient les entreprises « superstars » se reflétaient dans la progression de leurs marges, les entreprises couronnées de succès relevant leurs prix par rapport à leurs coûts de production. Là où les coûts baissent fortement, comme cela peut s’observer en période de changements technologiques rapides, ou les entreprises peuvent tirer parti de leur pouvoir de négociation – en tant que principaux clients de leurs fournisseurs ou employeurs – en exigeant une baisse des coûts (effet de monopsone ou d’oligopsone), une augmentation des marges pourrait en fait être associée à une baisse des prix plutôt qu’à une hausse.

Quoi qu’il en soit, ce phénomène d’entreprises « superstars », dans lequel la part de la valeur ajoutée revenant au capital augmente, peut contribuer à expliquer le recul de la part du travail dans le revenu national mentionné par David Autor.

Entrée dans la troisième phase de la mondialisation

La mondialisation n’est pas un fait nouveau. Richard Baldwin, professeur d’économie internationale au Graduate Institute de Genève, a présenté un rapide aperçu de l’histoire de la mondialisation au cours du dernier millénaire. Durant les huit cents années qui ont précédé la révolution industrielle, l’activité était principalement agricole ; la production et la consommation étaient regroupées, et il n’y avait guère d’écart entre la valeur de la production d’une région du monde et celle d’une autre. Plus on comptait d’habitants, plus on produisait de valeur agrégée totale. La Chine et l’Inde dominaient le PIB mondial, car elles recensaient la majeure partie de la population de la planète, comme c’est encore le cas aujourd’hui.

Cependant, au cours de la période s’étendant des années 1820 jusqu’en 1990, la révolution industrielle a permis d’abord à l’Europe de l’Ouest, puis à l’Amérique, de fortement accroître la production, la part représentée par les pays du G7 passant de 20 % à plus de 60 %, et celle de la Chine chutant en parallèle de 50 % à 5 %. L’essor économique spectaculaire de la Chine au cours des trente dernières années a inévitablement rééquilibré la balance, la Chine et l’Inde comptant désormais pour 20 % du revenu global et les pays du G7 pour moins de 40 %.

À ce jour, la mondialisation s’est opérée en deux vagues. La première a été portée par une forte baisse des coûts relatifs du transport, qui a permis de séparer la production de la consommation, les biens pouvant être produits dans les pays où l’avantage comparatif était optimal et consommés là où ils étaient le plus demandés. Les échanges de biens sont montés en flèche, les revenus mondiaux ont augmenté et les bénéfices économiques ont été largement distribués. La deuxième vague de mondialisation a été impulsée par le développement des technologies de l’information et de la communication, lesquelles ont permis la séparation du capital intellectuel de la production via la sous-traitance et l’externalisation vers des centres de production à bas coûts plus rentables. Les bénéfices engendrés ont été distribués de manière plus étroite, les entreprises et la part du capital étant les plus avantagées.

Selon Richard Baldwin, nous entrons aujourd’hui dans la troisième phase de la mondialisation dans laquelle les technologies digitales et la robotique permettent de fournir des services transnationaux de main d’œuvre « en face à face ». Les conséquences de ces développements sont de longue portée et imprévisibles ; des secteurs tels que l’éducation, les services médicaux et le juridique pourraient connaître de profonds bouleversements. Les pays émergents sont susceptibles d’être davantage favorisés que leurs homologues développés. Les gagnants et les perdants de cette nouvelle phase de la mondialisation constitueront un important sujet de notre recherche dans les mois et les années à venir.

Innovations en matière de politique monétaire : des décisions qui échappent au contrôle de ceux qu’elles affectent

Les révolutions auxquelles nous avons assisté dans la sphère politique et dans le monde des entreprises ont coïncidé avec les innovations monétaires lancées par les banques centrales après la crise financière mondiale. Les instruments de politique monétaire initialement non conventionnels qui ont été introduits, allant de l’assouplissement quantitatif au contrôle de la courbe des taux, ont suscité chez les économistes des débats passionnés sur la question de leur efficacité et de leurs effets à long terme.

Sir Paul Tucker, chercheur à la Harvard Kennedy School, président du Comité sur les risques systémiques et ancien gouverneur adjoint de la Banque d’Angleterre, nous a fait part de son sentiment sur ce que les banquiers centraux devraient faire (et ne pas faire) aujourd’hui, afin de conserver leur légitimité aux yeux de l’opinion publique et, partant, leur capacité de réaction face à l’inévitable prochaine récession. Il a souligné le contraste entre les causeries radiophoniques « au coin du feu » du président américain Franklin Roosevelt, au cours desquelles il expliquait de manière simple ses mesures pour combattre la Grande dépression, et la présentation par le président de la Réserve fédérale (Fed), Ben Bernanke, de la réaction de la Fed face à la crise financière mondiale lors du programme télévisé « 60 Minutes ».

Cette différence a montré, selon Sir Paul Tucker, que les mesures prises face à la crise financière internationale étaient orchestrées par des technocrates non élus et non pas par des dirigeants politiques élus démocratiquement, comme cela avait été le cas après la Grande dépression. La possibilité que les citoyens finissent par considérer qu’ils n’exercent plus d’influence sur ceux qui prennent les décisions finales qui ont un impact notable sur leur existence, constitue un risque pour les sociétés occidentales à terme.

Les instruments de politique monétaire non conventionnels sont difficiles à expliquer au public. C’est l’une des raisons qui conduit Sir Paul Tucker à estimer que les banques centrales ne devraient y recourir qu’en période de récession économique, et non dans le cadre du pilotage normal de l’économie. Il craint qu’il n’y ait pas assez de temps pour ramener les bilans des banques centrales à leurs niveaux d’avant crise et rapprocher les taux d’intérêt de leurs normes historiques avant l’arrivée de la prochaine récession.

Changement climatique : un point d’inflexion dangereusement proche et implications en matière d’investissement

Le dernier bouleversement abordé au cours de ce forum a été le réveil des consciences face au dérèglement climatique, ainsi que la nécessité de créer un modèle économique durable à l’échelle mondiale. Mark Lewis, responsable de la recherche au sein du comité d’experts Carbon Tracker Initiative, a indiqué que le changement spectaculaire se profilait encore plus tôt qu’anticipé. La plupart des grandes compagnies pétrolières prévoient que la demande mondiale en combustibles fossiles atteindra son pic après 2040, mais, d’après Mark Lewis, elle le touchera dans moins de dix ans, à partir de 2023-2025.

Nous devons donc dès à présent en tenir compte dans nos investissements, car les prix du marché commenceront à intégrer ce fléchissement de la demande bien avant sa matérialisation. Mark Lewis a cité en exemple le secteur européen des services aux collectivités, secteur qui était traditionnellement considéré comme le plus stable. Depuis 2010, les entreprises de ce secteur ont déprécié pour plus de 150 milliards de dollars d’actifs, car la transition rapide vers les énergies renouvelables, au détriment des combustibles fossiles, les a prises au dépourvu.

Au-delà des implications du changement climatique en matière d’investissement, BNP Paribas s’est engagé à mettre en place un plan d’action qui nous aidera à aligner progressivement nos investissements sur l’objectif de l’Accord de Paris visant à limiter le réchauffement climatique mondial à moins de deux degrés. Nous dotons nos gérants des outils nécessaires pour déterminer l’empreinte carbone de leurs portefeuilles et examiner l’exposition au risque physique d’investissements potentiels. Leader dans le développement d’obligations vertes, nous sommes déterminés à faire entendre notre voix d’actionnaire pour promouvoir le développement durable. Par ailleurs, l’engagement de BNP Paribas Asset Management en matière de développement durable n’est pas nouveau : nous venons de célébrer le dixième anniversaire de notre ETF EASY Low Carbon 100 Europe UCITS.

Croissance économique ou objectif de 1,5°degré : un faux dilemme. Si cette limite fixée pour la hausse des températures n’est pas atteinte, il n’y aura pas de croissance à rechercher

Dans son discours de clôture, notre directeur général, Frédéric Janbon, a indiqué qu’il s’agissait d’un faux dilemme de dire qu’il faut faire un choix entre la croissance économique et la réalisation de l’objectif d’une hausse de moins de 1,5 degré des températures mondiales au cours des vingt prochaines années : si nous n’atteignons pas cet objectif, les conséquences seront catastrophiques et l’on ne pourra plus souhaiter de croissance.

Ce forum est une preuve tangible de notre détermination à pleinement appréhender la véritable nature des changements pertubateurs de manière à pouvoir aider nos clients à tirer parti de ces profonds bouleversements en matière technologique, économique, politique et sociétale. Nous sommes convaincus que ces thématiques continueront à orienter les développements dans les années à venir. Nous établirons notre programme de recherche et nos stratégies d’investissement en fonction de ces thèmes. Les changements perturbateurs sont une réalité. Nous avons choisi de nous y préparer et de nous positionner comme il se doit.


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Daniel Morris

Senior investment strategist, CFA charterholder

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