États-Unis : par chance, le sort du pays ne s’arrête pas aux « Trumponomics »

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Veuillez noter que le présent article peut contenir du langage technique. Pour cette raison, il est déconseillé aux lecteurs qui ne disposent pas d’une expérience professionnelle de l’investissement.

Au lendemain des élections américaines, la perspective de baisses d’impôts, de la déréglementation du secteur financier et des dépenses d’investissement a réveillé les esprits animaux. Les indicateurs de confiance à l’égard des perspectives économiques des grandes entreprises, des PME et des ménages ont bondi. Pourtant, le rythme de croissance a ralenti à 1,4 % en glissement trimestriel annualisé au premier trimestre 2017 (cf. graphique 1).

Un tassement du rythme de croissance au premier trimestre n’est pas rare compte tenu des difficultés des statisticiens à ajuster les données saisonnières, mais l’essoufflement de la consommation, sur fond de diminution du revenu réel disponible, est indéniable. Cependant, grâce à un marché du travail solide et tendu et un potentiel de croissance supplémentaire sur le marché immobilier, l’économie américaine devrait rebondir. Les fondamentaux sont en place pour que la consommation reste soutenue.

La question est de savoir ce qui pourrait entraîner une accélération de l’économie américaine, alors que le cycle économique est déjà bien avancé. La part des investissements des entreprises dans le PIB a augmenté : non seulement les sociétés cotées du S&P 500 ont enregistré des bénéfices soutenus au premier trimestre, mais les bénéfices des sociétés américaines présentés dans les comptes nationaux, qui regroupent un ensemble nettement plus large d’entreprises, exprimés en pourcentage du PIB, ont atteint un pic.

Les ventes d’automobiles ont également ralenti et la qualité des crédits automobile semble se dégrader. Par ailleurs, les débuts chaotiques de l’administration Trump retardent la perspective de relance budgétaire et de réforme fiscale. Quelle que soit l’issue des négociations autour des baisses d’impôts au Congrès, il est fort peu probable que l’enveloppe se traduise par une hausse permanente de la croissance potentielle, dont nous estimons qu’elle sera très faible (1,5 % à 1,75 %).

Graphique 1 : Une croissance potentielle modeste du PIB réel aux Etats-Unis

Etats-Unis

Source : CBO, BEA, BNP Paribas Asset Management, données au janvier 2017

Dans ce contexte, nous tablons sur une poursuite d’une croissance modérée du PIB à 2 % cette année. Aussi modeste soit-il, ce rythme a été suffisant pour provoquer un renforcement du marché du travail. En mai, le taux de chômage a ainsi reculé à 4,3 %, son plus bas niveau depuis dix ans (au mois de juin le taux de chômage est legerement remontée à 4.4%). Les créations d’emploi sont nombreuses et les licenciements limités, ce qui incite de plus en plus de personnes à changer de travail. Toutefois, malgré ce marché du travail tendu, les salaires n’ont pas connu de hausse sensible. En juin, le taux horaire moyen n’a progressé que de 2,5 % en termes nominaux, en glissement annuel, et de tout juste 0,8 % en termes réels. Par conséquent, l’inflation totale est restée ténue. En juin, le déflateur de la consommation privée totale (l’indice PCE qui est la mesure préférée de la Fed) a glissé à 1,7 % en glissement annuel. L’inflation sous-jacente, hors alimentaire et énergie, ressort à seulement 1,5 % en glissement annuel.

Graphique 2 : Malgré un taux de chômage bas, les hausses de salaires restent modérées dans un marché du travail tendu mais avec pas d’accélération salariale

Etats-Unis

Source : Bloomberg, BNP Paribas Asset Management, données au 06/07/2017

La Réserve fédérale au centre de tout

Après une année de pause, la Fed a relevé ses taux en décembre dernier, puis à nouveau en mars et en juin. Elle semble bien partie pour une hausse supplémentaire en décembre, la plupart des officiels ayant fait part de leur volonté d’au moins une augmentation de plus cette année après celle de juin.

Les marchés attribuent une probabilité autour de 50% à ce que la Fed remonte ses taux directeurs d’ici la fin de l’année. Ils sont plus sceptiques à l’égard de la projection moyenne de la Fed pour 2018 avec trois hausses supplémentaires. Jusqu’à présent, la Fed a déclaré anticiper que le rythme modeste de la croissance et de l’inflation était transitoire, mais certains membres du comité ont indiqué être prêts à changer leurs projections de taux si l’inflation reste en deçà de l’objectif de 2 %.

Graphique 3 : les marchés ne croient pas la Fed au niveau attendu pour les fonds fédéraux en fin d’année

Etats-Unis

Source : Federal Reserve, Bloomberg, BNP Paribas Asset Management, données au 06/07/2017

Le compte-rendu de la réunion de politique monétaire tenue début mai traduit sans doute bien l’état d’esprit de ce groupe d’économistes cruellement dépourvu de manchots. En effet, d’une part, les discussions entre les membres du comité ont confirmé une confiance relative dans l’économie et le fait qu’un plan de relance budgétaire important les conduirait probablement à resserrer davantage la politique monétaire. D’autre part, et cet élément prendra une importance croissante, le FOMC semble avoir trouvé un consensus vis-à-vis de la procédure de réduction de la taille de son bilan, prochain sujet brûlant pour les observateurs de la Fed dans les mois à venir.


Rédigé le 06/07/2017

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