Le renforcement des oligopoles à l’origine des maux des économies développées ?

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Depuis quelques dizaines d’années, les économies développées sont confrontées à plusieurs tendances macroéconomiques de fond, notamment :

  • un déclin progressif de la part des revenus du travail ;
  • une diminution de la part du capital ;
  • une stagnation/diminution des salaires pour les emplois peu qualifiés ;
  • une propension croissante des hommes dans la force de l’âge (25-54 ans) à quitter les rangs de la population active, ce qui entraîne une baisse du taux d’activité ;
  • une diminution de la mobilité de la population active aux États-Unis, les taux de migration inter-États ayant baissé d’au moins 30 % pour la plupart des tranches d’âge ;
  • un ralentissement de la croissance de la production et du PIB.

Le pouvoir des entreprises s’est concentré aux États-Unis

Nombreuses sont les recherches à montrer que plusieurs des maux qui affligent les économies développées depuis quelques années sont le résultat d’une montée du pouvoir de marché. Au sein de l’économie américaine, la marge des entreprises (la différence entre le prix d’achat des intrants qu’elles utilisent et le prix de vente qu’elles facturent pour les produits qu’elles fabriquent) est ainsi passée de 18 % en 1980 à 67 % en 2014.

Selon des données présentées dans un document de travail publié en 2017 par Jan de Loecker de l’Université de Louvain et Jan Eeckhout de University College de Londres, un certain nombre d’entreprises sont aujourd’hui suffisamment puissantes pour éliminer leurs concurrents et augmenter le prix de leurs produits ou services. Cette situation se traduit depuis le début des années 90 par une concentration croissante des entreprises dans l’économie américaine, un nombre limité d’acteurs se partageant une part accrue du chiffre d’affaires des différents secteurs.

Le capitalisme sans capital

La même étude montre qu’en parallèle, les investissements ont chuté par rapport à la rentabilité, conduisant à un capitalisme sans capital.

Dans une économie dominée par les services, le capital immatériel (logiciels, pratiques de management) joue un rôle crucial. Les immobilisations incorporelles permettent aux entreprises de se développer très rapidement, comme en témoignent certaines start-ups technologiques, devenues des géants en termes de capitalisation boursière dans le monde en l’espace de 10 ou 20 ans.

En 1975, 109 entreprises engrangeaient la moitié des bénéfices générés par les entreprises cotées en bourse aux États-Unis ; aujourd’hui, ce chiffre est de trente seulement.

Le pouvoir de marché accru de ces entreprises se traduit également par un pouvoir de négociation réduit pour les travailleurs, et donc des salaires plus bas. Une étude réalisée par David Autor du Massachusetts Institute of Technology et quatre autres économistes montre que la part des revenus des travailleurs a baissé plus fortement dans les secteurs les plus concentrés de l’économie américaine.

Un environnement dans lequel le gagnant empoche tout…

Alors que ces entreprises « superstars » exercent leur activité dans un environnement sans concurrence, toutes les autres se débattent dans un monde où le pouvoir de fixation des prix est de plus en plus limité, ce qui les oblige à garder des prix bas pour attirer les clients et entraîne une polarisation plus marquée de l’univers des entreprises.

Des ramifications nombreuses et profondes

Comme si cela ne suffisait pas, l’augmentation du pouvoir de marché pourrait expliquer d’autres tendances de fond de ces dernières années :

  • la baisse du taux de start-ups parmi les nouvelles entreprises en raison des barrières à l’entrée élevées et autres fossés profonds mis en place par les acteurs existants pour maintenir à l’écart les nouveaux entrants potentiels ;
  • la baisse des taux d’intérêt à long terme résultant de la diminution de la demande de capital (en raison du nombre plus réduit d’entreprises ayant un pouvoir de marché) et de l’augmentation de l’offre de capital (provenant des profits plus élevés engrangés par les entreprises gagnantes) ;
  • une inégalité salariale croissante résultant de la baisse des salaires des emplois peu qualifiés, tandis que la rémunération des emplois qualifiés augmente par le biais de l’intéressement des cadres.

Quelles sont les raisons de cette montée en force du pouvoir de marché ?

Les changements technologiques rapides, qui permettent aux entreprises de créer et de conserver plus facilement des situations de quasi-monopole, reviennent souvent parmi les explications possibles de cette montée en force du pouvoir de marché.

À ce titre, il y a peu de raisons que les marges des entreprises diminuent, bien qu’elles atteignent déjà des sommets qui dépassent de plusieurs fois ceux observés précédemment (sur la base de données remontant jusqu’à la Seconde Guerre mondiale).


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