Perspectives 2019 : Changement de régime

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Les chocs de volatilité observés en janvier/février et en octobre 2018 ont rappelé aux investisseurs que le marché n’était pas à l’abri d’une saute d’humeur, en particulier lorsque les « astres » (croissance solide, inflation contenue et politique monétaire accommodante) ne sont plus alignés autant qu’ils ont pu l’être par le passé. Faut-il dès lors s’attendre à un changement de régime en 2019 ? Probablement. Les investisseurs doivent-ils s’en inquiéter ? Pas nécessairement. C’est ce que nous expliquent les experts de BNP Paribas Asset Management dans ces Perspectives d’investissement 2019.

Des problèmes réels mais désormais bien identifiés

Les principaux thèmes qui ont animé 2018 devraient encore nous accompagner en 2019. Aucune issue ne semble se profiler dans l’immédiat pour ce qui est de l’affrontement commercial déclenché par les États-Unis, et ses possibles retombées sur la croissance et l’inflation resteront probablement une source d’inquiétude pour le marché. Les relations sino-américaines reflètent par ailleurs la lutte pour l’hégémonie mondiale. Les tensions géopolitiques qui en découlent pourraient provoquer de nouvelles secousses sur les marchés. Sans compter que la Russie pourrait chercher à tirer profit de cette rivalité, au risque de se voir infliger de nouvelles sanctions, ce qui affecterait ses banques et son marché obligataire.

Les tensions entre l’Italie et l’Union européenne risquent elles aussi d’obscurcir l’horizon géopolitique et de peser sur les obligations européennes et sur la monnaie unique, attisant les craintes séparatistes dans une Europe qui, cette année, devra gérer la sortie, ordonnée ou non, du Royaume-Uni. Brexit avec ou sans accord, la question devrait être tranchée d’ici mars 2019, même si, à l’heure où nous écrivons ces lignes, nul ne peut prédire la nature des conditions du divorce. Il est donc encore trop tôt pour exclure la possibilité d’une séparation chaotique particulièrement lourde de conséquences, et pas seulement pour l’inflation et la croissance au Royaume-Uni.

Mais ces « inconnues » sont identifiées comme telles depuis longtemps maintenant et les marchés ont eu toute latitude pour imaginer les scénarios les plus extrêmes qui mêlent envolée de la volatilité et repli vers les valeurs refuges. Notre scénario central pour 2019 n’intègre pas de telles évolutions. Nous envisageons une croissance encore solide, quoique moins soutenue, une hausse progressive de l’inflation et une normalisation des politiques monétaires.

Malgré le changement de paradigme, l’environnement reste porteur

Assisterons-nous à un changement de régime ? Le marché obligataire semble avoir définitivement abandonné la tendance haussière qui aura perduré plusieurs dizaines d’années. Côté actions, le marché haussier aux Etats-Unis – le plus long de l’histoire – apparaît chaque jour un peu plus menacé. À mesure que le cycle économique devient mature, les corrélations auxquelles les investisseurs se sont habitués tendent à être remises en cause.

Rien de tout cela n’est a priori très encourageant. Et pourtant, l’environnement d’investissement nous apparaît plutôt favorable pour 2019. Certes, la croissance va sans doute ralentir, mais aucune récession ne se profile à l’horizon. L’activité aux États-Unis devrait être soutenue par les dépenses publiques et la consommation des ménages. En Chine, un passage du taux de croissance sous 6 % semble très improbable au vu des mesures prises par le gouvernement pour neutraliser l’impact des droits de douane imposés par les Américains. La reprise devrait par ailleurs se poursuivre dans la zone euro.

L’inflation est tiraillée entre deux forces contradictoires : d’une part, elle est tirée à la hausse par des années de reprise économique, une diminution des capacités sur le marché de l’emploi (aux États-Unis surtout, mais de plus en plus dans la zone euro) et les droits de douane, et, d’autre part, elle est limitée par les effets désinflationnistes des avancées technologiques et des gains de productivité. Au final, une inflation modérée devrait convaincre les grandes banques centrales de s’en tenir à un retrait progressif des mesures non conventionnelles et à un retour très graduel à des politiques monétaires moins accommodantes. Ici encore, toute hausse précipitée ou disproportionnée (que nous écartons pour l’instant de notre scénario central) risquerait d’affecter les marchés.

Les risques sont présents mais gérables

Qu’en est-il des risques pour 2019 ? Il y a tout d’abord le risque d’une surchauffe de l’économie américaine, accompagnée d’une flambée de l’inflation, mais dès lors que la Réserve fédérale reste engagée sur la voie d’un relèvement (certes prudent) de ses taux directeurs, une telle évolution nous paraît improbable. En ce qui concerne la politique commerciale américaine, il semble que le risque d’une « guerre commerciale » s’éloigne. Maintenant que l’administration Trump a scellé des accords avec plusieurs de ses partenaires, les craintes d’un protectionnisme à grande échelle reculent, et l’attention se reporte sur le bras de fer qui oppose les États-Unis et la Chine. Dans ce contexte, la mise en œuvre des droits de douane par les deux parties en présence ne devrait avoir qu’un impact limité sur la croissance mondiale et, partant, sur les marchés financiers.

Au-delà de la perspective d’un Brexit chaotique, le risque politique pourrait poser de réels problèmes dans la zone euro. Le gouvernement italien s’accroche à ses plans budgétaires qui violent les règles de l’Union et feint d’ignorer les réactions de Bruxelles. Cet affrontement est susceptible de raviver les craintes des investisseurs quant à la stabilité de la zone euro, malgré les efforts consentis côté italien pour désamorcer la crise et la volonté affirmée du pays de rester dans l’Union européenne. L’hypothèse de voir la dette italienne atteindre des niveaux insoutenables risque d’inquiéter les investisseurs et de provoquer des pics de volatilité en 2019.

Les élections parlementaires européennes, les changements à la tête de la Commission et, plus important peut-être, de la BCE devraient retenir l’attention des investisseurs sur les développements politiques européens, au moins autant que sur le comportement de Donald Trump confronté à un congrès divisé.


Cet article est un extrait des Perspectives d’Investissement 2019. Pour lire la version longue, cliquez ici > ou pour la version courte, cliquez ici >

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