Perspectives 2019 : Macroéconomie : En attendant l’inflation

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L’inflation salariale repart à la hausse. 2019 : l’heure de la revanche pour la courbe de Phillips ?

Voilà une éternité que les investisseurs attendent le retour de l’inflation. C’est le cas dans la zone euro où la reprise semble bien ancrée et surtout aux États-Unis où les investisseurs commencent à s’inquiéter de la durée du cycle. Le chômage a beau afficher des plus bas historiques, l’inflation sous-jacente ne décolle pas. Certes, les coûts de la main-d’œuvre ont augmenté, mais la reprise cyclique de la productivité en a atténué l’effet sur l’inflation.

L’annonce de la mort de la courbe de Phillips (voir graphique 1) est très exagérée… mais peut-être pas tant que ça. Les tensions sur les capacités exercent bel et bien des pressions haussières sur les prix, du moins pour certaines composantes de la consommation des ménages. Nul doute dès lors que la courbe de Phillips retiendra davantage l’attention en 2019. Mais dans la mesure où la pression désinflationniste liée au progrès technologique et à la mondialisation n’est pas près de disparaître, il est sans doute prématuré de parler de revanche.

Doit-on s’attendre à une récession aux États-Unis en 2019 ?

Le risque d’une récession en 2019 est relativement faible à nos yeux.

Sur le plan monétaire, pour autant que l’inflation se maintienne à un niveau proche de l’objectif de 2 % de la Réserve fédérale (Fed), la politique devrait rester globalement accommodante jusqu’en milieu d’année environ. Après quoi, elle deviendra graduellement un peu plus restrictive.

Les effets des baisses d’impôt s’estomperont en 2019, mais les dépenses supplémentaires approuvées par le Congrès en 2018 pourront assurer la relève.

Graphique 1 : Taux de chômage et salaires, 2000 – 2018

Source : Bloomberg, BNP Paribas Asset Management, données au 2 novembre 2018

Parallèlement, grâce à la reprise des investissements dans le secteur privé, la composition du PIB (produit intérieur brut) est désormais plus équilibrée, ce qui constitue une nouvelle encourageante dans la mesure où l’investissement résidentiel contribuera peu à la croissance en 2019.

Un marché de l’emploi tendu qui fait grimper les salaires réels devrait également soutenir les dépenses de consommation.

Du côté des risques baissiers, une nouvelle escalade des tensions commerciales avec la Chine pèsera sans conteste sur la croissance, mais si les dégâts s’avèrent plus graves que prévu, la Fed pourrait vouloir suspendre son cycle de resserrement, le temps d’évaluer l’impact économique des perturbations des chaînes d’approvisionnement.

Ce qui nous préoccupe le plus, c’est le niveau d’endettement élevé du secteur privé non financier, qui présente un risque considérable pour l’économie américaine en cas de choc exogène de demande.

Quelle influence la Chine aura-t-elle sur l’économie mondiale en 2019 ?

Nous prévoyons un ralentissement de la croissance du PIB chinois juste au-dessus de 6 % en 2019. Même si la Chine a fait le choix de soutenir la demande intérieure pour booster sa croissance et contrecarrer les effets du conflit commercial avec son rival américain, elle devrait demeurer un important contributeur à la croissance mondiale, et en particulier à la croissance de l’Asie émergente, sur fond de normalisation monétaire des grandes banques centrales et d’instabilité géopolitique.

Preuve de cette contribution chinoise, les exportations de l’Asie émergente (hors Chine) vers la zone euro (malgré la reprise) et les États-Unis (malgré une économie robuste) ont diminué depuis début 2018[1]. Seule la croissance des exportations à destination de la Chine s’est accélérée, sensiblement d’ailleurs. Les expéditions vers la Chine ont contribué deux fois plus à la croissance des exportations en Asie émergente que les ventes vers les États-Unis et la zone euro.

Il faut aussi noter que les importations chinoises de produits manufacturés ont régulièrement augmenté malgré l’apparition du risque de guerre commerciale. Quant aux importations de biens destinés à être assemblés puis réexportés, elles progressent à un rythme proche de 10 % depuis maintenant un an. Ce n’est donc pas une manœuvre des autorités chinoises, visant à contourner les tarifs douaniers américains, qui est à l’origine de la hausse des importations de produits manufacturés.

A condition que la croissance du PIB chinois se maintienne au-dessus de 6 %, le pays devrait continuer de soutenir la croissance mondiale en 2019.

Quel est le plus grand risque politique pour la zone euro en 2019 ?

Ceux qui pensaient que l’élection d’Emmanuel Macron préfigurait une ère de relative tranquillité sur le front politique, favorisant des progrès tangibles en matière de réformes pour renforcer l’union monétaire, en sont pour leurs frais.

Bien des événements sont venus bousculer les pronostics : mouvement indépendantiste en Catalogne, élection d’un gouvernement de coalition radical en Italie et grande coalition instable en Allemagne, pour n’en citer que quelques-uns.

Pourtant, les deux grands risques politiques pour la zone euro en 2019 devraient venir de l’extérieur : un Brexit chaotique outre-Manche et un renforcement du protectionnisme de l’autre côté de l’Atlantique.


Cet article est un extrait des Perspectives d’Investissement 2019. Pour lire la version longue, cliquez ici > ou pour la version courte, cliquez ici >

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Daniel Morris

Senior investment strategist, CFA charterholder

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