Perspectives 2019 : Normalisation de la politique monétaire : un exercice difficile

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Quels sont les grands risques pour les investisseurs en 2019 ?

Nous identifions trois sources potentielles de risque :

  • la surchauffe de l’économie américaine
  • une escalade des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis
  • le retour de la menace systémique dans la zone euro en raison de la situation politique en Italie

Avec des capacités inutilisées aujourd’hui très limitées et une inflation proche de son objectif de 2 % (voir graphique 1), l’économie américaine risque théoriquement la surchauffe. La Fed est engagée dans une politique de relèvement de ses taux directeurs et de réduction de la taille de son bilan pour empêcher cette surchauffe. Un exercice d’équilibre délicat, car en entraînant la hausse des « taux sans risque », la normalisation monétaire (ou resserrement quantitatif) pourrait affecter les valorisations des actifs risqués. La relance budgétaire n’arrange rien, dans la mesure où elle alimente une autre source de pression liée à la demande, un défi de plus pour la Fed.

Graphique 1 : L’inflation américaine se rapproche (enfin) de l’objectif de la Fed, 2008-2018 (en %)

Source : Bloomberg, BNP Paribas Asset Management , données au 2/11/2018

Les traductions en français des légendes sont sur le fichier excel

La guerre que se livrent les États-Unis et la Chine n’est certainement pas qu’une question de déséquilibre commercial : nous voyons se jouer ici une véritable lutte pour l’hégémonie mondiale. Les tensions actuelles sont le reflet de ce combat déguisé et ne disparaîtront pas de sitôt. En cas de nouvelles secousses sur les marchés et de repli des volumes d’échanges commerciaux, la croissance mondiale pourrait en pâtir, en particulier dans les zones émergentes.

En Europe, le bras de fer entre l’Italie et l’Union européenne risque de se prolonger. Le risque est ici que les obligations italiennes soient délaissées au point que les craintes des investisseurs quant à la soutenabilité de la dette italienne et aux discours politiques eurosceptiques ne viennent agiter à nouveau le spectre d’un éclatement de la zone euro. Cette évolution serait particulièrement dommageable pour les perspectives de croissance de la zone euro et les valorisations des actifs risqués européens.

Quelles sont vos recommandations en matière d’allocation d’actifs pour 2019 ?

Étant donné notre scénario macroéconomique central (croissance encore solide, quoique moins soutenue, hausse progressive de l’inflation et normalisation des politiques monétaires), nous sommes neutres sur les actions et sous-pondérons les obligations. Nous devrons toutefois nous montrer très tactiques et réactifs vis-à-vis de cette ligne de conduite compte tenu des risques susceptibles de remettre en cause ce scénario.

Notre sous-pondération obligataire est principalement mise en place sur les obligations d’État de la zone euro, car la marge de correction à la hausse des rendements nous semble plus élevée qu’outre-Atlantique.

Nous recommandons également de sous-pondérer le crédit à haut rendement, en particulier aux États-Unis. En comparaison historique, les spreads (qui mesurent la prime de risque crédit) sont étroits et, en tant que classe d’actifs, le crédit est particulièrement vulnérable au resserrement quantitatif.

En sus des fondamentaux, quels autres facteurs les investisseurs doivent-ils prendre en considération ?

Déclenché par une politique monétaire extrêmement accommodante et entretenu par une reprise économique dynamique, le marché haussier des actions américaines est le plus long jamais observé dans l’histoire récente. Cette longévité inédite s’est accompagnée de fortes distorsions de marché comme, par exemple, la volatilité très basse observée ces dernières années. Ces déséquilibres pourraient se corriger au moment où les marchés sont tiraillés entre des forces contradictoires (cycle économique robuste mais arrivant à maturité et normalisation des politiques monétaires).

Dans ce contexte, les facteurs « techniques » qui affectent la dynamique des marchés, tels que le sentiment, la volatilité, la liquidité et le positionnement, devraient prendre de l’importance. Nous prenons en compte ces facteurs et les signaux donnés par nos indicateurs « maison » pour évaluer les risques de dislocation des marchés. À noter que ces dislocations peuvent survenir indépendamment de l’actualité ou de la publication de tel ou tel indicateur économique.


Cet article est un extrait des Perspectives d’Investissement 2019. Pour lire la version longue, cliquez ici > ou pour la version courte, cliquez ici >

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Guillermo Felices

Head of Research and Strategy Multi-Asset, Quantitative and Solutions (MAQS)

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