Perspectives 2019 : Marchés émergents – la dette offre des opportunités en ces temps agités

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Nous avons déjà souligné à plusieurs reprises que les fondamentaux de nombreux marchés émergents ont de quoi inquiéter : profitant de l’environnement de taux bas qui a caractérisé ces dernières années, trop de pays ont imprudemment accumulé des dettes alors que les politiques économiques ne justifiaient pas une telle progression de l’endettement. En outre, les capitaux empruntés n’ont pas toujours été investis efficacement. Il faut toutefois souligner que cette situation ne concerne pas tous les marchés émergents.

Une dualité apparaît clairement avec un nombre modeste mais croissant de pays qui courent désormais un risque de surendettement. Nous avons d’ores et déjà observé une hausse du taux de défaut, dont le rythme devrait s’accélérer à mesure que les taux d’intérêt américains augmenteront.

A l’inverse, beaucoup d’économies émergentes se sont renforcées.

  • L’inflation est structurellement faible dans la plupart des grandes économies émergentes et les balances courantes se sont améliorées.
  • La croissance a rebondi au Brésil, en Russie et en Inde.
  • La gouvernance s’améliore en Afrique du Sud, en Malaisie et au Chili.
  • L’orthodoxie économique et l’ordre économique libéral sont actuellement plus solides en Chine et en Europe de l’Est qu’aux États-Unis et au Royaume-Uni.

Nous estimons que la correction subie en 2018 par les actifs émergents a révélé la valeur que recèle cette classe d’actifs, en particulier pour les économies les plus performantes. À l’échelle mondiale, les banques centrales vont sans doute poursuivre sur la voie d’une normalisation prudente de leurs politiques monétaires et la Chine opter pour une relance budgétaire afin d’assurer un atterrissage en douceur de son économie. Qui plus est, le long feuilleton des tensions commerciales, devrait, selon nous, toucher à sa fin.

Risque de contagion

L’impact de la hausse des taux d’intérêt américains sur les grands programmes d’emprunts en dollars s’est surtout fait ressentir en Argentine et en Turquie. L’effet de contagion a ébranlé la confiance des investisseurs à l’égard de la classe d’actifs durant l’été 2018 et entraîné de modestes sorties de capitaux des fonds obligataires émergents. Le mouvement s’est propagé de manière limitée à d’autres pays aux fondamentaux similaires ou entretenant d’étroites relations commerciales.

D’autres pays émergents affichant un endettement élevé, un déficit de la balance courante, des tensions inflationnistes et une augmentation du risque politique ont eux aussi subi des pressions, notamment sur leur devise. Le graphique 2 présente les variations d’une sélection de devises émergentes face au dollar américain en 2018 (jusqu’en octobre).

Graphique 1 : Variation des devises émergentes face au dollar américain

variations depuis le début de l’année en %

Source : Bloomberg, BNP Paribas Asset Management, données au 31/10/2018

Les obligations asiatiques ont relativement bien résisté. Le marché obligataire en devises fortes, mesuré à l’aune de l’indice JPM JACI, n’a cédé que 2,43 % depuis le début de l’année (au 30 octobre). Les obligations en devises locales et les devises asiatiques se sont également révélées plus stables qu’ailleurs dans le monde. Cela peut s’expliquer, en partie du moins, par les récentes mesures d’assouplissement monétaire en Chine, ainsi que par des fondamentaux plus favorables sur l’ensemble des marchés asiatiques.

Parmi les pays en crise, c’est au sujet de l’Argentine que nous sommes les plus optimistes. Le peso a gagné plus de 10 % depuis qu’un programme de politique monétaire soutenu par le FMI a été mis en place. La dette du pays en pesos, qui atteignait 11 à 12 % du PIB au début de la crise monétaire en avril et représentait une des principales inquiétudes des investisseurs, a désormais été réduite de plus de moitié à la suite de la dévaluation de la monnaie.

Le pays est également en meilleure position grâce à son plan visant à limiter la croissance de la masse monétaire sur les neuf prochains mois et à ses efforts pour diminuer le taux d’inflation.

Le risque réside toutefois dans le fait que les taux d’intérêt élevés instaurés par la banque centrale dans cette crise des liquidités pèsent sur la croissance économique alors que Mauricio Macri fait campagne pour sa réélection à la présidence en 2019.

Puisque nous sommes convaincus que plusieurs pays émergents vont traverser des crises comparables à celles que viennent de connaître l’Argentine et la Turquie, comment pouvons-nous être aussi optimistes sur la dette émergente ? En résumé, nous n’attendons pas de contagion généralisée au sein des marchés émergents pour les raisons suivantes :

  1. Les valorisations de la dette émergente sont extrêmement attractives
  2. Les facteurs techniques sont également nettement plus sains
  3. La croissance mondiale et les bénéfices des entreprises font preuve d’une certaine résilience face aux tensions commerciales internationales.
  4. Le récent tournant de la politique monétaire chinoise vers davantage d’assouplissement devrait contribuer à apporter de la liquidité au marché
  5. Nous observons maintenant un ralentissement du cycle américain et la perspective d’une pause dans le cycle de hausse des taux directeurs de la Réserve fédérale (Fed).

Les principaux défis restent entiers

Les deux grands risques qui continuent de peser sur la dette émergente sont indéniablement les tensions commerciales internationales et la poursuite de la remontée des taux américains. Ceci dit, ils sont à présent largement reflétés dans les cours et il n’est pas exclu que la situation s’améliore sur les deux fronts.

Nous encourageons les investisseurs à se positionner dès à présent sur cette classe d’actifs délaissée car, si la Fed donne le feu vert, il sera peut-être alors trop tard pour profiter du rebond du marché.

En outre, les thèmes porteurs de l’univers émergent sont bien reflétés dans la composition du principal indice de référence.


Cet article est un extrait des Perspectives d’Investissement 2019. Pour lire la version longue, cliquez ici > ou pour la version courte, cliquez ici >

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L. Bryan Carter

Head of Emerging Markets Fixed Income

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