« Quelque chose en Chine »

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La dernière semaine d’août 2015 a été marquée par un carnage dans les actions mondiales, la publication des chiffres désastreux de l’économie chinoise et les replis boursiers qui ont quasiment provoqué un vent de panique à l’échelle planétaire, comme en témoigne l’effondrement du Dow Jones américain de plus d’un millier de points à l’ouverture (environ 6,6 %). Les explications plausibles d’une telle débâcle ont été rares. Tout au plus a-t-on évoqué « quelque chose en
Chine* ». Certes, le pays ralentissait  depuis déjà quelques années et les actions du pays ont amorcé une descente vertigineuse mi-juin, après avoir gonflé comme une bulle à raison de 150 % au cours des 11 mois précédents, les amenant à une performance quasi nulle pour 2015 (jusqu’au 23/08/15 – cf. graphique 1 ci-dessous). La volatilité des actions américaines (VIX) a enregistré un rebond sans précédent pendant la ‘journée noire’ du lundi 24 août, qui a surpassé tous les épisodes d’aversion pour le risque de la dernière décennie, y compris la faillite de Lehman (cf. graphique 2 ci-dessous). Malgré ce début de semaine assez inquiétant, les cours des actions et du pétrole ont terminé en hausse durant la semaine, même si la confiance demeure fragile. Que penser à présent de la Chine et comment la situation affecte-t-elle les perspectives ?

Graphique 1 : évolution du PIB chinois et de l’indice de la Bourse de Shanghaï entre 1999 et le 24/08/15

Chart1

Graphique 2 : La Chine menace-t-elle plus les entreprises américaines que la faillite de Lehman, la Grèce et les problèmes budgétaires américains ? Volatilité de l’indice de volatilité (VIX) pour la période entre 2006 et le 28/08/15

 

Chart2

Sources des graphiques 1 et 2 : Bloomberg Finance LP, Deutsche Bank Research, Torsten Slok

Tout d’abord, le plongeon de 11 % de l’indice S&P fait suite à l’une des plus longues périodes de faible volatilité de l’histoire : nous venions d’observer la fourchette la plus étroite de l’indice VIX sur cinq mois depuis plus de 80 ans et l’une des périodes les plus longues sans correction de 10 %. La volatilité d’autres classes d’actifs, telles que les devises et les obligations, est remontée pendant la dernière semaine du mois d’août, sans pour autant atteindre le niveau de celle des actions. Les perspectives économiques des États-Unis ne semblent pas avoir soudainement changé à la suite du regain de volatilité, mais ce n’est pas exclu. Le mécanisme de transmission de la Chine aux États-Unis est limité en termes de commerce direct, car les exportations américaines vers la Chine jouent un rôle négligeable dans le PIB américain.

Dans la même veine, les relations directes entre les marchés financiers sont également minimes, même si le lien de « sentiment » (à travers, par exemple, les émissions sensationnalistes des chaines de télévision américaines) via l’aversion pour le risque peut être important, car les investisseurs visualisent l’appétit pour le risque dans son ensemble.

Sur le plan politique, les banques centrales des États-Unis et de l’Europe devraient rester vigilantes en veillant à ne pas alimenter l’aversion pour le risque, même si leur stock de munitions visant à assouplir réellement les conditions financières, outre les mesures déjà en place, est assez limité. Les principaux participants du Comité fédéral de politique monétaire (FOMC) ont déjà indiqué pendant la dernière semaine du mois d’août qu’un resserrement des taux directeurs en septembre était moins probable, tandis que les représentants de la Banque centrale européenne (BCE) ont recommandé de contrer toute nouvelle pression baissière sur les prévisions d’inflation, qui serait imputable à la Chine et à la baisse des prix pétroliers, par un renforcement de l’assouplissement quantitatif (QE). Les chiffres économiques récents des États-Unis sont ressortis positifs sans être spectaculaires. Le PIB au troisième trimestre est apparu solide à 3,7 %, soit une croissance réelle sur un an de 2,7 %. Notons un afflux de commandes de biens durables en juillet et une confiance solide des consommateurs en août selon les estimations préliminaires. Dans le même registre, le marché du logement américain reste au beau fixe.

En Chine, les économistes ne prévoient pas d’atterrissage brutal. Les autorités du pays s’efforcent au maximum de stabiliser leurs marchés boursiers et ne devraient pas laisser le CNY glisser sensiblement prochainement, car elles réalisent tout à fait que sa faible dévaluation le 11/08/15 a été l’une des causes de la volatilité des marchés financiers mondiaux à la fin du mois d’août. Les statistiques économiques chinoises devraient se redresser légèrement au quatrième trimestre, car l’assouplissement budgétaire débuté en mai et les baisses de taux d’intérêt amorcées en mars commencent à produire leurs effets. Pour autant, la situation est floue dans une économie qui ralentit depuis 2010 et totalise un endettement de plus de 280 % du PIB.

Comme en a conclu le célèbre économiste Ken Rogoff, co-auteur du livre « Cette fois, c’est différent », la cause de toutes les crises financières est simple : un endettement trop élevé. Les crises déclenchées par la faillite de Lehman en 2008 (crise des subprimes), suivies des crises de la dette souveraine européenne de 2010 à 2012, risquent bien d’atteindre finalement la Chine en 2015. Dans tous les cas, ces crises ont entraîné des courants déflationnistes qui parcourent l’économie mondiale et agitent les marchés financiers. Dans l’épisode actuel qui concerne la Chine, les économies émergentes et les prix des matières premières sont les plus durement touchés.

Les conséquences pour les États-Unis et l’Europe ne sont pas encore toutes connues.  A mon avis,  nous pouvons tout du moins nous attendre à ce que:

Les taux d’intérêt mondiaux restent au plancher, car la croissance et l’inflation devraient demeurer atones pendant un certain temps encore.

– Du côté des devises, l’USD continue à gagner du terrain, notamment face à l’EUR et les devises liées aux matières premières et celles des marchés émergents asiatiques, car le pays de l’Oncle Sam devrait être le premier à entamer son durcissement monétaire, même si le démarrage de celui-ci sera éventuellement repoussé.

La canicule de la fin du mois d’août a fait des ravages !

*Torsten Slok, Deutsche Bank Research
Source de l’image : SIHASAKPRACHUM / Shutterstock.com
Adnan Akant

PhD, Head of Currencies

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