Conséquences d’un assèchement des flux de capitaux américains vers les actifs chinois

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Si la Maison-Blanche imposait des restrictions sur la détention d’actifs chinois par les fonds de pension publics américains, cela pourrait avoir de graves répercussions à court et à long terme sur le commerce mondial, les finances et la technologie. En bref, l’arroseur pourrait se voir arrosé.

  • Effet sans doute mineur sur les actions chinoises et le renminbi
  • Risque d’entrave aux négociations commerciales sino-américaines et d’aggravation du risque de guerre des devises
  • Risque de fragmentation du système financier mondial et des liens technologiques

Le 27 septembre, les médias ont laissé entendre que la Maison-Blanche envisageait de restreindre la détention d’actifs chinois par les fonds de pension publics américains. La mise en œuvre d’une telle mesure entraînerait une réduction des afflux de capitaux vers les actifs chinois en limitant la demande étrangère d’actions chinoises et en érodant le soutien dont dispose le renminbi. L’impact sur les marchés d’actifs chinois se ferait principalement sentir sur les actions, car l’essentiel des flux de portefeuille entrants sur les marchés de capitaux onshore chinois provient de la demande d’institutions officielles non américaines pour les instruments obligataires chinois.

Impact sur le marché

Les étrangers ne détiennent que 3 % de la capitalisation boursière des actions A chinoises. Certains courtiers estiment que les fonds de pension publics américains détiennent 5 à 8 milliards de dollars d’actions A, ce qui représente moins de 0,3 % des réserves de change de la Chine. Ainsi, toute inversion des flux de portefeuille américains n’aurait qu’un impact négligeable sur les actions chinoises et le renminbi.

Si l’on tient compte des actions chinoises offshore cela représenterait 55 à 92 milliards de dollars supplémentaires détenus par les fonds de pension américains. Leurs positions combinées onshore et offshore représentent ainsi 3,5 % à 6,0 % de l’indice MSCI China, selon certaines estimations du marché.

Une chute de l’accès américain aux actions chinoises à un moment où ces actions sont incluses dans les indices de référence internationaux réduirait le total des flux de portefeuille entrants sur le marché chinois, affaiblissant le renminbi alors même que le marché est déjà négatif en raison des préoccupations mondiales concernant la croissance intérieure chinoise et la guerre commerciale sino-américaine.

Pour les marchés financiers, cela impliquerait :

1) que l’incertitude liée à la guerre commerciale irait à l’encontre de « l’achat du plongeon » si ou lorsque les actions chinoises réagissent négativement à court terme à la proposition américaine

2) un risque extrême accru que le conflit commercial sino-américain conduise à une guerre des devises.

Ce dernier point compliquerait les négociations sino-américaines qui sont sur le point de redémarrer. Le président Trump pourrait tenter d’utiliser la menace de restriction des investissements de portefeuille pour forcer la Chine à conclure un accord, mais les Chinois ne devraient pas se laisser intimider. En revanche cela pourrait conduire à une nouvelle faiblesse du renminbi, de sorte que le plan de Donald Trump s’avérerait contre-productif.

Risques à plus long terme

Un effet potentiellement plus dommageable à long terme est qu’une restriction américaine renforcerait l’élan du découplage américain de la Chine en rompant les chaînes d’approvisionnement. Cela perturberait l’écosystème de la production mondiale. En effet, de nombreuses entreprises qui produisent ou assemblent en Chine et exportent vers les États-Unis envisagent déjà de déplacer leurs installations vers des pays non touchés, afin d’échapper aux surtaxes douanières américaines. Or, la Chine se situant au centre des chaînes d’approvisionnement mondiales, une vague de délocalisations serait profondément perturbatrice.

Si les grandes chaînes d’approvisionnement étaient amenées à s’effondrer, de graves inefficiences en découleraient. Les avantages dont bénéficient certains pays tiers tirant parti de l’infrastructure industrielle et technologique de la Chine ainsi que de la taille et des compétences de sa main-d’œuvre disparaîtraient. Si l’on admet que la mondialisation a contribué à réduire l’inflation en renforçant l’efficacité, il apparaît clairement qu’une démondialisation serait de nature à ramener l’inflation à plus long terme.

Une telle perturbation ralentirait le développement de la Chine, mais ne l’arrêterait pas. En effet, la Chine dispose d’un excédent d’épargne (ainsi que d’un problème de mauvaise allocation du capital). Les flux entrants de portefeuilles étrangers et les fonds provenant des introductions en bourse sur les marchés étrangers contribuent à remédier à cette situation : ils permettent au secteur privé chinois d’accéder au crédit à un coût moindre que les banques parallèles onshore. Si les États-Unis disparaissaient en tant que source de fonds, la Chine se tournerait davantage vers d’autres marchés.

Possible fragmentation financière et technologique

Plus généralement, l’administration Trump a démontré sa capacité à faire du tort aux pays qu’elle cible en utilisant des sanctions pour leur interdire l’accès au système de paiement international libellé en USD. Pour se couvrir contre ce risque de liquidité, les rivaux stratégiques des États-Unis comme la Chine, la Russie, et même son allié, l’UE, tentent de mettre en place des systèmes de paiement alternatifs, notamment le China Cross border Interbank Payment System ou CIPS, qui utilise les messages SWIFT et les standards SWIFT et – paradoxalement – est calqué sur FedWire aux États-Unis.

Une telle fragmentation financière perturberait aussi presque inévitablement le paysage technologique mondial. Des restrictions sur les transferts et les liens technologiques, invoquant la sécurité nationale, déboucheraient sur le développement de normes concurrentes et non compatibles, comme cela a été le cas pour les réseaux GSM et CDMA dans la téléphonie mobile il y a environ 10 ans.

Il est même possible que l’internet d’aujourd’hui s’effondre pour donner naissance à des domaines concurrents, entraînant une concurrence féroce, voire excessive, entravant l’innovation et entraînant des coûts plus élevés, des temps d’adoption plus importants et des produits de qualité inférieure.


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Chi Lo

Senior Economist for China

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