Dette infrastructure : les investisseurs mettent le cap sur les énergies renouvelables

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Aujourd’hui lorsque l’on s’intéresse aux rendements, on a tendance à ne les considérer qu’en valeur absolue, alors que si l’on compare la relation rendement/risque de la dette et celle des actions, la dette reste intéressante : elle est moins volatile, moins risquée et apporte un rendement régulier dans le temps. Qui plus est, dans le cas de la dette senior d’infrastructure, des sûretés sont prévues en cas de défaut. Le rendement offert est ainsi en lien avec le risque qui est plutôt faible. Ces actifs délivrentpar ailleurs un supplément de rendement par rapport aux obligations notées de même catégorie compris entre 100 et 150 points de base.

Pourquoi est-ce important de privilégier le partenariat avec les banques ?

Le marché de la dette infrastructure reste très bancaire, les banques portant les trois quarts des financements contre environ un quart pour les investisseurs institutionnels y compris les fonds de dette. Pour déployer le capital de nos investisseurs et accéder aux meilleures opportunités, il nous faut donc être agile dans l’origination et travailler en partenariat avec des banques. Par ailleurs, il est important de noter que lorsque des banques interviennent, elles n’ont pas nécessairement les mêmes objectifs que les investisseurs institutionnels. Les premières acceptent facilement les remboursements anticipés, ce qui n’est pas forcément dans l’intérêt des investisseurs institutionnels qui veulent investir sur le long terme et obtenir des cash-flows réguliers.

Cependant, si l’on se limite aux opérations structurées uniquement à destination des investisseurs institutionnels ou des fonds de dette, on se prive d’une grande partie des opportunités de marché. Par ailleurs, l’afflux de liquidité de la part des institutionnels rend les marges et les conditions de ces opérations très compétitives. Dans ce contexte, accéder aux opérations structurées initialement à destination des banques nous permet d’accéder à une relation rendement/risque qui peut être plus intéressant.

En termes de délais d’investissement, nous avons été relativement rapides : notre équipe existe depuis un an, notre premier closing est intervenu en décembre et nous avons mis environ six mois pour construire un premier portefeuille de six opérations. Nous sommes actuellement en train d’engager un deuxième closing.

Les énergies renouvelables au sein des dettes infrastructures sont d’une importance croissante

Les énergies renouvelables représentent un tiers de notre portefeuille de dettes infrastructures. Cette proportion importante s’inscrit dans notre volonté de généraliser l’utilisation des critères ESG pour sélectionner nos investissements. Ces derniers se situent au cœur de notre gestion. Chez BNPP AM, une plateforme dédiée à la stratégie ESG intervient pour l’ensemble des gestions. Nous discutons avec eux en amont de nos investissements, les analystes ESG disposent même d’un droit de veto sur nos investissements. Nous travaillons aussi sur ces enjeux avec un tiers indépendant qui intervient dans la mesure de l’impact environnemental et climatique des projets. Ces dimensions ESG sont très importantes pour nos investisseurs, car ils cherchent également à développer ce type d’approche sur l’ensemble de leur gestion et sont tenus à cet égard d’établir un reporting ESG pour leurs actifs. Nous assurons aussi un suivi annuel de nos investissements à la lumière des critères ESG.

« Brownfield » (déjà construits) ou « greenfield » (en cours de construction) ?

Contrairement à un investissement en fonds propre en infrastructure, il n’y a pas de courbe en J dans le cas de la dette infra. Cependant, les investisseurs ont malgré tout moins d’appétence pour le risque « greenfield » que pour le « brownfield » pour des questions inhérentes aux risques liés à la construction des projets. Cela tombe bien : la majorité des opérations portent aujourd’hui sur des infrastructures « brownfield » car les actionnaires des projets profitent de la liquidité du marché et des taux bas. Ils refinancent ainsi leurs projets. Par ailleurs, nous voyons aussi beaucoup de financements d’acquisition en infrastructure dans un contexte de marché où les fusions et acquisitions sont très nombreuses en Europe. Nous incitons tout de même les investisseurs à ne pas avoir peur du « greenfield » par principe. Si la structuration est bien faite, ces opérations se passent très bien. En effet, au moment de la structuration, il s’agit de mesurer tous les risques possibles, comme par exemple un retard dans la construction, et de les transférer contractuellement, dans ce cas au constructeur. En complément, la structure financière doit pouvoir « absorber » tout scénario dégradé. Dans notre fonds, nous investissons à la fois sur les actifs « brownfield » et les actifs « greenfield » dans certaines limites.

Face à la sophistication de ce marché, les investisseurs institutionnels devraient-ils disposer d’une expertise en interne ou peuvent-ils s’appuyer sur des sociétés de gestion ?

Disposer d’une expertise en interne reste relativement lourd à mettre en place en termes humains et organisationnels car l’analyse de risques de ce type d’actif n’est pas standardisée. De plus, il faut posséder un middle/back-office capable de gérer les spécificités liées à ce type d’actif illiquide comme par exemple le transfert de créances et des sûretés afférents ou encore les tirages (les investissements étant parfois réalisés en plusieurs tranches successives). Par ailleurs, la structuration de fonds ou de structures dédiées adaptées aux besoins ou aux contraintes des investisseurs prend du temps, il faut disposer d’expertises importantes en interne pour pouvoir les mener à bien. Enfin, au-delà du coût de mise en place d’une expertise de gestion en interne, il faut avoir suffisamment de capital à déployer pour obtenir une granularité satisfaisante dans un portefeuille. La mutualisation de positions par le biais d’un fonds reste un moyen intéressant pour diversifier sa position à moindre coût.

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BNP Paribas Asset Management (BNPP AM) a lancé fin 2017 deux nouvelles stratégies de dette privée européenne sur la dette infrastructure et sur la dette immobilière. La stratégie de dette infrastructure investit dans des prêts seniors issus des secteurs du transport, des télécommunications, des énergies renouvelables et conventionnelles, des infrastructures sociales et de l’environnement. La stratégie de dette immobilière recouvre de son côté les prêts seniors dans l’immobilier commercial : bureaux, logistiques, commerces, hôtels, actifs d’exploitation et non-standards. Notre pôle de gestion dette privée & actifs réels gère plus de 7,5 milliards d’euros d’actifs, à travers une vaste gamme de solutions d’investissement de dette privée qui intègre pleinement des critères Environnement, Social, Gouvernance (ESG) à leurs processus de sélection. Cela permet aux investisseurs d’avoir un impact concret sur la société, avec notamment le financement de projets immobiliers ou d’infrastructures, tout en accédant à des opportunités de placement offrant une relation risque-rendement optimum.

Cet article est d’abord paru dans Funds Magazine (9 juillet 2018)


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Pauline Fiastre

Senior Fund Manager - Infrastructure Debt

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