Épargne retraite : investir au-delà de l’espérance de vie

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Veuillez noter que le présent article peut contenir du langage technique. Pour cette raison, il est déconseillé aux lecteurs qui ne disposent pas d’une expérience professionnelle de l’investissement.

Un rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) établit que « la majorité des ménages français de plus de 70 ans épargnent, et qu’ils épargnent à peu près autant que le reste de la population en proportion de leurs revenus », comme le montre le graphique ci-dessous extrait de ce rapport :

 

Graphique 1 : taux d’épargne en 2003 selon l’âge de la personne de référence, avant et après prise en compte des aides financières en espèces

alain jaques fr

Sources : INSEE, Comptes nationaux 2003, enquetes SRCV 2004, Revenus fiscaux 2003, Budget de famille 2006, Logement 2002, Santé 2003 et calculs des auteurs, d’après Accardo et al. (2009).

Cela va à l’encontre de la pensée économique classique selon laquelle, durant la phase de retraite, les ménages vont puiser dans leur épargne afin de compenser la baisse de leurs revenus pour maintenir leur consommation.

Comment expliquer ce paradoxe ?

La théorie du cycle de vie suppose que le ménage a des besoins constants ce qui ne correspond pas à la réalité. En effet, le passage à la retraite entraîne :

1. Une baisse de la consommation qui dépasse la baisse du revenu, notamment en matière d’alimentation ou d’habillement, même si de nouveaux besoins viennent s’y substituer, comme l’assurance santé, par exemple.

2. La fin des charges financières liées à l’éducation des enfants, même si celle-ci intervient généralement avant la retraite.

3. La diminution de la consommation en matière de sorties, vacances, loisirs… certes, au profit de la consommation de nouveaux biens et services à domicile, tels que les services d’aide à domicile (entretien ménager, jardinage, etc.).

La baisse des besoins en fin de cycle de vie laisserait donc la place à une épargne résiduelle chez les ménages les plus âgés, du moins tant qu’ils restent à domicile et qu’ils sont autonomes.

Cette épargne répond par ailleurs à deux types de motivation : la précaution (augmentation des charges liées à la santé et surtout la perte d’autonomie) et la volonté de transmettre un patrimoine sous forme d’héritage.

Quelle leçon peut-on en retirer du point de vue de la constitution d’une épargne retraite ?

Dans l’article paru sur ce blog « Le Paradoxe de l’épargne en France », nous avons constaté qu’il y avait une forte inadéquation entre l’objectif de performance de l’épargne retraite et les produits dans lesquels les français investissent pour leur retraite. En effet, Les français investissent dans des produits de court terme pour un horizon d’investissement à long terme, au détriment d’un surcroit significatif de potentiel de performance.

En réalité, cette inadéquation est encore plus forte si on reprend les conclusions du rapport du COR, qui observe que les retraités continuent d’épargner pendant leur retraite. L’horizon d’investissement d’une partie au moins de l’épargne retraite, celle qui serait à terme dédiée à la transmission de patrimoine, devrait être par nature beaucoup plus longue que l’âge de départ à la retraite, sachant qu’en France l’espérance de vie moyenne passée à la retraite est de 27 ans pour les femmes et de 23 ans pour les hommes, selon une étude de l’OCDE publiée le 1er décembre 2015. Nous parlons donc d’horizon d’investissement à très long terme pouvant avoisiner les 40-50 ans.

Dans ces conditions, il semble sensé de prendre du risque sur une partie significative de son épargne.

Prenons l’exemple emblématique des actions américaines qui offrent un historique de données suffisamment long. Nous pouvons observer sur le graphique ci-dessous, qui illustre la performance moyenne des actions américaines en fonction des périodes de détention, que les actions peuvent avoir un comportement erratique à court terme avec des performances fortement négatives ou positives. Néanmoins, au-delà d’une période de 10 ans de détention, on observe qu’en moyenne la performance annualisée a été significativement positive (environ 10% dividendes réinvestis) avec une faible variabilité. Au-delà de 16 ans, les observations montrent un minimum de performance supérieure à + 1 %, donc jamais de perte en capital.

Graphique 2 : performances annualisées, actions US (%) 1900-2014

alain jaques graphique 2

Source : BNP Paribas Asset Management

Si l’exemple américain peut s’avérer flatteur et que les performances des autres marchés actions des pays développés peuvent varier sensiblement, on retrouve les mêmes caractéristiques démontrant l’intérêt de la détention d’actions dans le cadre d’un investissement à long terme.

Une fois que nous avons admis qu’il était rationnel d’être exposé aux actions dans le cadre de la constitution d’une épargne retraite, la question reste de savoir dans quelle proportion et sous quelle forme ? Évidemment, chaque cas est particulier et doit être analysé individuellement. Néanmoins, une réponse simple et efficiente pourrait consister à utiliser des fonds à horizon, composés généralement à 100 % en actions à environ 20 ans de l’âge de départ à la retraite et se désensibilisant progressivement au risque action au fur et à mesure que l’épargnant se rapproche de l’âge de la retraite, pour finir à environ 0-5 % de détention. Si l’on convient que les retraités conservent une partie de cette épargne pour la transmettre, il faudrait alors qu’une partie de l’épargne retraite soit investie sur des fonds ayant un horizon égal au nombre d’années restant à courir jusqu’à la date théorique de départ à la retraite auquel on ajouterait l’espérance de vie moyenne passée à la retraite (soit 27 ans pour les femmes et 23 ans pour les hommes). Une alternative, comportant un risque plus élevé, serait d’investir la partie de l’épargne destinée à la transmission dans des fonds actions, si l’on considère que les héritiers auront eux-mêmes vraisemblablement à leur tour un horizon d’investissement long pour une partie de leur épargne.

Alain Jaques

Product Strategy Manager, Retirement Specialist

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