Graphique de la semaine – Ah, les apparences

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Si tout n’est pas sombre, tout ce qui brille n’est pas or pour autant.

  • La guerre commerciale mine tant la confiance que le sentiment, la réalité paraît pourtant moins sombre
  • Prudence de la Fed : aide ou distraction ?
  • La pression monte, mais y a-t-il un point de rupture en vue ?

Les récentes enquêtes sur la confiance des entreprises et des consommateurs font état de l’inquiétude suscitée par le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine. Ces indicateurs prévisionnels – avancés – des attentes des entreprises et, par extension, de l’orientation de l’économie dressent un tableau bien pessimiste. Pourtant, d’après les données disponibles, les performances réelles de l’économie seraient plus positives, bien que moins scintillantes qu’il y a 6 ou 12 mois. Mais ce n’est pas là le tableau d’ensemble.

En effet, les données récentes ont mis en évidence des raisons de s’inquiéter des perspectives chinoises et européennes, deux régions où le ralentissement du commerce mondial a frappé le plus durement. À titre de comparaison, aux États-Unis, la vigueur s’est maintenue, notamment du côté des services et de la consommation, et ce, même au lendemain d’une hausse d’un peu plus de 5 % des cours du pétrole brut après les récentes attaques contre les installations pétrolières saoudiennes. Certes, les États-Unis s’étant aujourd’hui hissés au rang de premier producteur mondial de pétrole brut, l’impact limité du pétrole plus cher sur l’économie n’est peut-être pas si surprenant. La Chine, en revanche, détient la palme de premier importateur mondial, tandis que cinq des dix principaux importateurs sont européens.

Exhibit 1 : Indicateur de surprises économiques : Une forte hausse de l’indice américain

Exhibit 1 : Indicateur de surprises économiques : Une forte hausse de l'indice américain

Source: Citibank, BNP Paribas Asset Management, données de 12/09/2019

La Chine (et la zone euro) souffre des surtaxes douanières… les États-Unis aussi ?

Cependant, c’est bien la question du commerce global, et non pas seulement celle du pétrole, qui occupe tous les esprits et figure en tête des préoccupations actuelles du marché. Or cette question a manifestement ébranlé le sentiment et soulevé celle de la pérennité de la croissance américaine : peut-elle se maintenir ? Peut-elle s’étendre à d’autres économies à mesure que la forte demande américaine s’exporte ? Quel est le risque que les statistiques réelles (encore résilientes) suivent les données prospectives (victimes du conflit commercial) comme ce fut le cas fin 2018 et début 2019 ?

Comment la banque centrale américaine réagira-t-elle dans chaque cas ? La Réserve fédérale a récemment abaissé ses taux d’intérêt, mais elle semble également indiquer qu’elle ne poursuivra pas sur cette voie. Les attentes des décideurs politiques (publiées sous la forme du graphique à points ou « dot plot » du FOMC) ont évolué : les indications plaident aujourd’hui en faveur d’une baisse de taux supplémentaire des fonds fédéraux avant une période de stabilité qui précéderait une augmentation progressive.

Mais qu’entend-on, au juste, par moins de baisses de la Fed ?

Une telle posture pourrait indiquer un plus grand optimisme de la part des gouverneurs de la Fed au sujet des perspectives économiques et d’inflation. À l’inverse, le marché (sous la forme de contrats à terme sur les Fed funds) est plus baissier, et anticipe un taux directeur de la Fed inférieur de 50 à 75 pb au point le plus bas du graphique à points du FOMC.

Cette divergence – qu’on peut considérer comme une sorte de lutte entre la Fed et le marché – n’est pas nouvelle, même s’il convient de souligner que, dans le passé, le marché a généralement devancé la Fed dans ses anticipations d’inflation (et donc de taux d’intérêt), la Fed ajustant par la suite son point de vue.

Avec cette approche prudente de la Fed qui anticipe moins de baisses de taux que le marché n’en prévoit, les actions ont perdu une partie du soutien dont elles ont bénéficié tout au long de la hausse de 20 % du S&P 500 depuis le début de l’année. La crainte désormais est que l’absence de nouvelles baisses de taux de la part de la banque centrale américaine ne se traduise en fin de compte par une croissance et une inflation toutes deux décevantes.

En attente de plus de clarté

Cependant, en attendant que le marché reçoive un message différent de la part de la Fed, peut-être sous la pression présidentielle ou à mesure que les espoirs d’un accord commercial augmentent, les investisseurs devraient pouvoir envisager une certaine stabilité – du moins pour les rendements obligataires.

Compte tenu de l’importance mondiale de la politique de la Fed, celle-ci joue un rôle clé dans la détermination du sentiment des marchés, des investisseurs et de l’économie. La prudence de la banque centrale américaine va-t-elle se traduire par de la morosité ou la faible production industrielle, accompagnée d’autres données, obligera-t-elle la Chine à revenir à la table des négociations en ne lui laissant pas d’autre choix que de conclure un accord (et ainsi de soulager la pression sur le commerce mondial et la croissance) ? Le marché, tout comme le président américain en quête de réélection, semblerait souhaiter un tel bouquet final pour clore cette année si volatile.


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Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication. Elles émanent des informations disponibles et sont susceptibles de changer sans préavis. Les équipes de gestion peuvent avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement autres en fonction des clients.

 

Daniel Morris

Senior investment strategist, CFA charterholder

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