Graphique de la semaine – Les services à la rescousse ?

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« On s’occupe de vous ? » demandait le feuilleton d’un grand magasin britannique des années 1970-1980, et de plus en plus, c’est une question que se posent aussi les marchés et les investisseurs aujourd’hui.

  • Qu’en est-il de l’appétit des consommateurs, notamment pour les services ?
  • Pouvons-nous compter sur la capacité de ce secteur à compenser ce qui est en train de devenir un effondrement de plus en plus marqué du secteur industriel de nombreuses économies ?

Pour de nombreux pays, la taille du secteur des services est maintenant beaucoup plus importante que celle de l’industrie, ce qui constitue une évolution marquante de la composition du produit intérieur brut (PIB) au cours des dernières décennies. La croissance des services est ainsi devenue un moteur important de la croissance globale du PIB, dans la mesure où elle représente les trois quarts du PIB dans les pays à revenu élevé tels que les États-Unis et plus de la moitié dans les pays à revenu faible et intermédiaire (voir graphique 1) [1].

Graphique 1 : Secteur des services en pourcentage du PIB (valeur ajoutée)

Graphique 1 : Secteur des services en pourcentage du PIB (valeur ajoutée)

Source : Banque mondiale, octobre 2019

Au fur et à mesure de l’augmentation de la part des services, la contribution de l’industrie – et de l’agriculture – a diminué, non seulement la contribution à la production globale, mais aussi à l’emploi. Entre 70 % et 80 % des emplois dans les pays de l’OCDE se situent dans des secteurs tels que le voyage, l’assurance et la finance, les communications et les services informatiques. Il convient de noter qu’en ce qui concerne le commerce international, les exportations de biens manufacturés sont restées la catégorie dominante, bien que les exportations de services – et de biens agricoles – aient enregistré la croissance la plus rapide [1].

Au cœur de l’économie et de la croissance

Il est clair que le secteur des services est essentiel pour l’économie mondiale et que ses perspectives sont donc importantes pour les marchés et les investisseurs. Alors que les récentes données prospectives sur le secteur manufacturier ont déçu et étayé les prévisions d’un ralentissement marqué de la croissance, les questions qui les accompagnent ont porté principalement sur le secteur des services. Cette morosité de l’industrie risque-t-elle d’affecter les services, et la solidité du marché du travail, la hausse des salaires et la faiblesse inhabituelle des taux d’intérêt pourront-elles effectivement empêcher le pire ?

Les indices mensuels des directeurs des achats (PMI) figurent parmi les données d’enquête qui permettent d’obtenir des indices sur l’orientation de l’économie et ces chiffres sont considérés comme des « signaux d’alerte » avancés. Historiquement, ils ont indiqué des tendances plusieurs semaines avant les chiffres officiels (par exemple dans le cas de la production manufacturière) et plusieurs mois avant les chiffres du PIB.

Cela explique l’inquiétude suscitée par les dernières publications de l’ISM (Institute for Supply Management), indiquant une contraction de l’activité manufacturière. C’est le deuxième mois consécutif que le chiffre relatif au secteur manufacturier américain (couvrant des domaines allant des nouvelles commandes et de l’emploi aux prix et aux exportations) a décliné, chutant à son plus bas niveau depuis plus d’une décennie.

Plus généralement, l’indicateur manufacturier a chuté dans presque toutes les économies avancées. Pour le chiffre global, c’était pour le cinquième mois consécutif. Les données récentes sur la Chine ont également laissé présager une croissance modérée.

Qu’en est-il alors du secteur des services ?

Les données récentes semblent indiquer que la faiblesse du secteur manufacturier est en train de s’étendre à d’autres secteurs de l’économie, notamment les services. Dans la zone euro, le ralentissement le plus marqué a été enregistré en Allemagne – traditionnellement la locomotive industrielle de l’Europe. L’économie est en proie à des problèmes dans les secteurs de l’automobile, des banques et des services aux collectivités, ainsi qu’à une baisse de la demande chinoise, et il semble peu probable que le gouvernement amorce la pompe pour soutenir la demande intérieure. Si des mesures budgétaires devaient être prises, cependant, elles semblent plus probables en Chine.

Le chiffre du dernier baromètre américain des services est au-dessus de 50, indiquant une poursuite de la croissance, mais à son rythme le plus lent depuis trois ans. Lors de l’enquête, les directeurs des achats américains ont fait part de leurs inquiétudes concernant l’effet des tarifs douaniers, les tensions sur le marché du travail et l’orientation incertaine de l’économie. Bien que cette baisse soit intervenue après un chiffre solide dans le cadre des données relativement fermes du mois précédent, la réaction initiale du marché a été négative, ces chiffres étant considérés comme confirmant les craintes de récession.

Et ensuite ?

Ces chiffres convaincront-ils la Réserve fédérale de réduire ses taux pour la troisième fois cette année ? En Europe, les indices PMI en baisse feront-ils (enfin) pencher la balance en faveur d’un soutien budgétaire à la croissance et à l’inflation, en plus de mesures supplémentaires de la banque centrale ? Pour l’instant, nous croyons en la résilience de l’économie américaine et n’anticipons pas de récession, mais pour la zone euro, les perspectives sont moins favorables. La récession manufacturière en Allemagne pourrait s’étendre à toute l’Europe et la morosité pourrait atteindre les consommateurs. Ce coup porté à leur confiance pourrait affaiblir leur volonté de dépenser et de maintenir la croissance dans le vert.

Graphique 2 : Prévisions de croissance de la zone euro affaiblies par l’Allemagne et l’Italie

Graphique 2 : Prévisions de croissance de la zone euro affaiblies par l’Allemagne et l’Italie

Données au 30 septembre 2019. Aucune assurance ne peut être donnée quant à la matérialisation d’une prévision, d’un objectif ou d’une opinion. Sources : Bloomberg et BNP Paribas Asset Management

Existe-t-il des éléments rassurants ? Les chiffres récents de l’emploi aux États-Unis sont toujours bons, et il est encore possible que les États-Unis et la Chine parviennent à un accord, l’administration Trump se concentrant sur la réélection du président et la Chine s’inquiétant de la faiblesse des données économiques telles que la production industrielle.

Les investisseurs doivent garder à l’esprit que les rendements modestes des indices pourraient bien cacher des opportunités au niveau des secteurs et des titres individuels. La valorisation des actions américaines, mesurée par le PER médian des titres dans l’indice principal, apparaît comme la moins chère depuis des années. La dispersion entre les segments les plus chers et les moins chers du marché est la plus importante depuis 17 ans. L’Europe affiche un écart de valorisations tout aussi important. Ainsi, même avec des prix stables et une dynamique des bénéfices modeste, il reste des opportunités à trouver [3].


[1] The services powerhouse:
Increasingly vital to world economic growth  https://www2.deloitte.com/us/en/insights/economy/issues-by-the-numbers/trade-in-services-economy-growth.html

[2] Graphique de la semaine – Ah, les apparences https://investors-corner.bnpparibas-am.com/fr/themes-dinvestissement/graphique-semaine-ah-apparences/

[3] Graphique de la semaine – Aller au-delà de l’indice : dynamique des bénéfices et valorisations du secteur https://https://investors-corner.bnpparibas-am.com/fr/themes-dinvestissement/graphique-semaine-benefices-valorisations/


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Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication. Elles émanent des informations disponibles et sont susceptibles de changer sans préavis. Les équipes de gestion peuvent avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement autres en fonction des clients.

 

Daniel Morris

Senior investment strategist, CFA charterholder

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