Indonésie : un climat toujours positif pour 2017 avec la poursuite des réformes

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Après avoir connu une reprise économique encourageante en 2016, l’économie indonésienne, la plus importante de l’Asie du Sud-Est, devrait continuer de se renforcer en 2017.

Graphique 1 : Evolution de la croissance du produit intérieur brut (PIB) indonésien trimestriel (en %) depuis janvier 2013

Source: BNPP IP, Bloomberg, janvier 2017

Cette dynamique de croissance devrait être soutenue par la réussite du programme d’amnistie fiscale, par un environnement politique favorable et par la confirmation de l’efficacité des réformes structurelles récemment mises en œuvre. L’augmentation des dépenses publiques en infrastructure sera le principal moteur de la croissance en 2017 tandis que la consommation des ménages devrait continuer à se renforcer. Nous devrions également observer une accélération de l’investissement du secteur privé en 2017. Les prévisions de croissance du Fonds Monétaire International s’appuient sur la consommation des ménages ainsi que sur une reprise progressive de l’investissement privé suite à la remontée des prix des matières premières et à la baisse des taux d’intérêt.

La poursuite des réformes est la priorité de 2017

Après la mise en place réussie d’une série de réformes en 2016, une plus grande exécution des reformes devrait être soutenue par le gouvernement en 2017. Le remaniement ministériel et la nomination de Sri Mulyani au poste de ministre des Finances en juillet 2016 a renforcé la confiance des investisseurs quant à la capacité du gouvernement à mener à bien ses réformes. Sri Mulyani a restauré la crédibilité du budget en réduisant l’objectif de recettes fiscales. La meilleure preuve est probablement l’inauguration et la réussite de la première phase du programme d’amnistie fiscale, qui devrait se traduire par une augmentation des revenus de l’État. Le rythme d’exécution des réformes structurelles nous semble crucial pour consolider la stabilité économique du pays et la reprise de la croissance.

Malgré certaines tensions entre religion et politique, nous restons convaincus de la capacité du président Joko Widodo (« Jokowi ») à rassembler dans un environnement politique difficile. Les dernières semaines de 2016 ont été marquées par deux manifestations organisées par des islamistes radicaux dans le centre de Jakarta quelques mois avant l’élection du gouverneur de Jakarta prévue pour février 2017, après que le vice-gouverneur de Jakarta dénommé Ahok ait fait l’objet de manifestations sur fond d’allégations blasphématoires. Les rassemblements anti-Ahok se sont terminés dans le calme après l’intervention du président Jokowi. Nous pensons qu’il s’est imposé une fois de plus comme un acteur politique pragmatique ces derniers mois et sa gestion du mouvement anti-Ahok lui a indéniablement permis de consolider son pouvoir.

 L’administration Jokowi devrait continuer de suivre une stratégie pro-croissance donnant la priorité au climat d’investissement. Au cours de l’année écoulée, le gouvernement a lancé une série de réformes visant principalement à améliorer l’environnement des affaires, ce qui devrait encourager la croissance des flux d’investissements directs étrangers (IDE). Les quatorze mesures de relance introduites ces dix-sept derniers mois portent notamment sur l’assouplissement du ratio prêt/valeur du collatéral, la simplification des formalités administratives, l’allègement de l’impôt final et le soutien à l’investissement. La révision de la liste négative d’investissement figure ainsi parmi les principales initiatives visant à améliorer le climat des affaires en ouvrant la porte aux investisseurs étrangers dans 35 secteurs dont l’accès leur était auparavant plus difficile.

Le programme de réformes du gouvernement produit déjà des résultats positifs

L’Indonésie affiche ainsi une nette progression dans le classement de la banque mondiale sur la facilité à faire des affaires (« Doing Business ») au sien de la région de l’ANASE.  Elle affiche également sur l’année écoulée les flux d’IDE (Investissement direct à l’étranger) les plus élevés de la région. Les flux d’IDE net s’élèvent ainsi à 5,2 milliards d’USD pour le 3e trimestre 2016 contre 3,0 milliards pour le 2e trimestre 2016. Nous pensons que la poursuite de l’amélioration du climat des affaires devrait contribuer à renforcer les flux d’IDE pour 2017. Enfin, Fitch Ratings a attribué au pays une perspective « positive » pour sa notation de crédit, estimant que les réformes de 2016 devraient soutenir la croissance économique. Avec l’évolution de la politique du gouvernement vers des réformes plus ciblées, nous nous attendons à des retombées positives supplémentaires et à de nouvelles séries de mesure.

La reprise du PIB devrait se confirmer, soutenue par le développement des infrastructures en 2017

Les investissements en infrastructures restent le principal axe de croissance pour 2017. Associés aux réformes structurelles, ils devraient soutenir la reprise en cours de la demande intérieure. Le taux de croissance du PIB de l’Indonésie s’est bien repris en 2016, atteignant 5 % en moyenne sur les trois premiers trimestres de 2016, contre 4,8 % en 2015. Sur l’année, il devrait atteindre 5,0 % par rapport à l’année antérieure grâce à l’augmentation des dépenses d’infrastructures et nous pensons qu’il devrait encore augmenter pour atteindre 5,2 % en 2017 grâce aux mêmes facteurs.

Pour appuyer cette croissance en 2017, le gouvernement a alloué un budget supplémentaire au secteur des infrastructures dans le budget révisé de l’État pour 2017. Les dépenses d’infrastructure sont ainsi passées à 387 000 milliards d’IDR (env. 30 milliards d’USD) contre 347 000 milliards d’IDR (env. 26 milliards d’USD) dans le projet de budget. De plus, les recettes issues du programme d’amnistie fiscale ont permis non seulement au gouvernement d’approuver des dépenses supplémentaires en 2016, mais devraient également élargir l’assiette fiscale en 2017. Le gouvernement devra toutefois rechercher d’autres moyens d’accroître les recettes fiscales en 2017 en raison du caractère non récurrent des recettes liées à ce programme, qui s’élèvent à environ 107 000 milliards d’IDR (env. 8 milliards d’USD).

Les dépenses des entreprises publiques devraient jouer un rôle plus central dans les dépenses d’investissement, car les entreprises d’État (ECE) seront les bénéficiaires directes de la dynamique positive de développement des infrastructures. Tous les apports prévus de capitaux en faveur des entreprises d’État ont été réalisés au 4e trimestre 2016 en prévision de 2017. La plus grande partie de ces apports serviront à financer les projets d’infrastructure du gouvernement.

Graphique 2 : Évolution des dépenses publiques en infrastructure en Indonésie entre 2006 et 2017

Source: BNP Paribas Asset Management, CLSA, décembre 2016.

Un environnement monétaire plus stable pour appliquer les réformes

L’environnement monétaire favorable devrait continuer d’assurer la stabilité des conditions de liquidité et de soutenir la reprise de la croissance économique.

Profitant d’une inflation plus modérée et du raffermissement de la roupie indonésienne, la Banque d’Indonésie (BI) a abaissé à six reprises son taux directeur en 2016. Elle maintient ses taux à l’heure actuelle dans la perspective de la trajectoire probable relèvement des taux et de la politique budgétaire aux États-Unis. Plutôt qu’un resserrement, nous nous attendons à ce que la BI se concentre sur la stabilité des conditions de liquidité. L’inflation devrait rester modérée en 2017. Nous pensons également que la roupie restera stable, avec peut-être une légère dépréciation sur l’année compte-tenu de la hausse possible du dollar US et des taux des bons du Trésor américain (voir figure 3 ci-dessous pour un aperçu du cours de la roupie par rapport au dollar américain depuis janvier 2016). Cette dépréciation de la roupie devrait rester raisonnable car le rendement élevé des obligations d’État offre une certaine protection contre les moins-values. Le gouvernement a également adopté des mesures macroéconomiques prudentielles d’assouplissement, telles que la baisse du ratio prêt/valeur du collatéral pour les prêts automobiles et hypothécaires ou la réduction du taux de réserves obligatoires des banques pour soutenir la croissance dans un certain nombre de secteurs.

Graphique 3 : La roupie indonésienne fait partie des devises émergentes qui se sont fortement appréciées par rapport au dollar américain depuis début janvier 2016 (le graphique montre l’ampleur de l’appréciation (en vert) ou dépréciation (en rouge) des devises par rapport au dollar américain pour la période entre 04/01/17 et 17/01/17) 

Source: Bloomberg, 17 janvier 2017

Par rapport au « taper tantrum » de 2013, l’Indonésie possède désormais des fondamentaux beaucoup plus solides et se trouve en meilleure position pour faire face aux risques de sortie de capitaux. Les récentes réformes ont permis au pays de mieux résister aux vulnérabilités externes. Les solides flux d’IDE résultant des réformes ont aidé à financer le déficit extérieur courant, qui s’est réduit presque de moitié, à 1,8 % du PIB au 3e trimestre 2016 contre 3,2 % du PIB en 2013. Les réserves de change indonésiennes ont augmenté pour atteindre 111 milliards d’USD environ contre un point bas de 93 milliards d’USD en 2013. L’Indonésie n’est pas à l’abri de sorties de capitaux des investisseurs institutionnels étrangers en raison de la hausse des taux des bons du Trésor américain et du renforcement probable du dollar US, mais nous pensons que leur impact devrait rester limité en raison de la qualité des fondamentaux du pays. L’Indonésie semble relativement bien placée pour résister aux sorties de capitaux résultant de la remontée des taux d’intérêt américains.

Nous pensons que la récente remontée des prix des matières premières de base, surtout au cours du second semestre 2016, pourrait avoir un effet favorable, sans pour autant changer la donne. Les perspectives de croissance du PIB indonésien dépendent à nos yeux des infrastructures et de la consommation, et non des matières premières. Une nouvelle hausse significative des prix des matières premières nous semble peu probable. Les prix devraient plutôt rester stables compte tenu de la réduction en cours de l’offre de pétrole brut et de métaux.

La prochaine étape d’une reprise économique durable s’appuiera probablement sur une reprise de l’investissement du secteur privé. Bien que la vitesse de redémarrage de l’investissement du secteur privé restera probablement modeste à court terme, en raison de certains obstacles tels que le surplus de biens immobiliers ou de ciment sur le marché, elle devrait s’accélérer en cas d’amélioration dans ces domaines. En raison du besoin important de capital pour le financement des projets d’infrastructure, les partenariats avec le secteur privé devraient prendre une importance majeure dans un avenir proche. Nous pensons qu’un environnement plus stable sera favorable à de telles initiatives.

Par conséquent, cet environnement dynamique devrait permettre à un certain nombre de secteurs de surperformer. La légère amélioration de la croissance des résultats depuis le début de 2016 devrait s’élever à 7 – 8 % en 2016 et pourrait se renforcer pour atteindre 13 – 15 %, en 2017. Les entreprises des secteurs de l’industrie et de la construction devraient être les principales bénéficiaires du développement des infrastructures. Les entreprises de l’immobilier devraient également bénéficier des mesures prudentielles du gouvernement. L’augmentation des dépenses discrétionnaires dans cet environnement stable devrait également favoriser une reprise du secteur automobile. Une amélioration des résultats financiers des banques est également attendue pour 2016, provenant principalement d’un contexte monétaire favorable.


La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

Investir dans les marchés émergents ou dans des segments de marché spécialisés ou restreints peut présenter une volatilité supérieure à la moyenne en raison de la forte concentration de leurs positions, d’un degré d’incertitude plus élevé reflétant le manque d’informations disponibles, de leur liquidité plus faible ou de leur sensibilité plus élevée à l’évolution des conditions de marché, celles-ci étant influencées par la situation sociale, politique et économique.

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Par conséquent, les services de transaction, de liquidation et de conservation du portefeuille utilisés pour le compte des fonds peuvent comporter un risque plus élevé.

Aliyahdin Saugi

Head of Indonesian equities

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