« Les infrastructures délivrent encore un couple rendement/risque attractif »

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Veuillez noter que le présent article peut contenir du langage technique. Pour cette raison, il est déconseillé aux lecteurs qui ne disposent pas d’une expérience professionnelle de l’investissement.

Karen Azoulay, responsable de la dette d’infrastructure au sein de BNP Paribas Asset Management (BNPP AM), précise le positionnement de son établissement dans un contexte où l’Etat privilégie la rénovation des infrastructures existantes et souhaite faire davantage appel aux financements privés. L’accompagnement des collectivités locales dans les projets liés au déploiement du très haut débit est notamment ciblé.

Vous avez rejoint le nouveau pôle de gestion Dette privée et Actifs réels de BNPP AM afin de piloter l’activité de dette infrastructure, quels sont vos objectifs et vos méthodes de travail ?

Nous avons créé au mois de juin dernier un pôle de gestion dédié à la dette privée et aux actifs réels. Ce pôle est constitué de trois équipes :

  • une équipe Actifs réels, Prêts aux PME et Finance Structurée (incluant les activités de dette d’infrastructure et dette immobilière),
  • une équipe Global Loans et
  • une équipe SME Advanced Solutions qui développe au sein de BNPP AM une plateforme alternative pan européenne de prêts aux PME.

Ce nouveau pôle de gestion entend développer une offre complète de solutions de dette privée en capitalisant sur des méthodes de travail homogènes qui s’appuient sur des expertises de BNP Paribas Asset Management comme le juridique, l’analyse ESG (environnement, social, gouvernance) ou encore l’analyse crédit. Au sein de mon équipe, nous nous sommes spécialisés pour notre part sur la dette infrastructure senior européenne recouvrant des projets ayant pour caractéristiques communes d’être des biens et services essentiels pour l’intérêt général avec de fortes barrières à l’entrée et des flux de trésorerie stables et prévisibles. Nous avons recruté une équipe de professionnels expérimentés qui sont pleinement opérationnels car disposant d’une longue expérience dans ce domaine en ayant notamment travaillé au sein de grandes banques d’investissement et de financement (BFI).

Cette expérience dans les BFI, vous permet-elle d’avoir un plus grand accès au sourcing ?

Le sourcing est, dans notre activité, le nerf de la guerre. Tous les membres de l’équipe disposent de leur propre réseau d’origination et sont en lien de longue date avec les banques, mais aussi avec les sponsors industriels et financiers (fonds d’infrastructures) qui interviennent directement dans la construction, la gestion et le financement des infrastructures. Nous bénéficions également d’un accès privilégié aux projets du groupe BNP Paribas. Cette capacité d’origination extensive nous permet de nous positionner en amont des projets et de participer à leur définition afin d’obtenir un couple rendement/risque attractif. De cette façon, nous nous assurons de déployer le capital levé dans les délais fixés.

Etes-vous en lien avec les collectivités locales ?

Les collectivités comme les Etats ont de plus en plus souvent recours à des partenaires privés pour exploiter et financer des infrastructures publiques et ainsi partager les risques dans le cadre d’un modèle économique plus efficient. Pour notre part, nous sommes davantage en lien avec les opérateurs privés qui travaillent directement avec les collectivités locales car nous intervenons uniquement au moment du financement, en tant que bailleur de fonds. Les appels d’offres émis par les entités publiques intègrent tous les aspects : techniques, opérationnels et financements. Les sponsors industriels ou financiers lorsqu’ils répondent à ce type d’appel d’offres s’assurent du soutien de financeurs pour réaliser les projets. Ils nous contactent à ce moment-là.

Quels sont les modèles de développement les plus utilisés en France ?

On observe deux types de modèles principaux pour le financement des infrastructures lors des appels d’offres publics :

  • les structures type partenariats public/privé (PPP)
  • et les structures type concessions.

Les premiers sont souvent qualifiés de « projets en risque de disponibilité », c’est-à-dire que le partenaire privé est payé sous forme de loyers fixes desquels sont déduits des pénalités en cas d’indisponibilité de l’actif et/ou de non-respect des critères de performance. Dans les structures type concessions qui sont, le plus souvent, « en risque de demande/volume », le partenaire supporte directement le risque lié à la demande de l’actif (par exemple pour une concession d’autoroute en risque de volume, le nombre de véhicules qui fréquentent l’autoroute impacte directement le partenaire privé). Lors des dernières rencontres Infraweek, qui ont eu lieu à Paris au mois d’octobre 2017, le Ministre de l’Economie a indiqué sa volonté de privilégier la rénovation et l’optimisation des infrastructures existantes par rapport à la création d’infrastructures nouvelles. Ce phénomène est particulièrement marqué dans le domaine des transports où les transports du quotidien, dans le ferroviaire ou dans le cadre du Grand Paris, sont désormais privilégiés. Le Ministre a également indiqué vouloir faire appel davantage aux financements privés pour le financement des infrastructures publiques. C’est notamment le cas des concessions qui permettent aux entités publiques d’externaliser la construction, le financement et l’exploitation d’un actif en partageant les risques entre les acteurs privés et les acteurs publics.

Les pouvoirs publics mettent-ils l’accent sur les projets liés à la transition énergétique en France ?

La transition énergétique constitue en effet un véritable enjeu pour les pouvoirs publics qui mettent aujourd’hui l’accent sur les projets permettant d’atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effets de serre qu’ils se sont fixés et favorisant la croissance verte. Nous observons, ces dernières années, une accélération importante du nombre de projets dans le domaine des énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse, etc.), du transport propre et de l’efficacité énergétique. Nous nous intéressons beaucoup à ce sujet de la transition énergétique, des énergies renouvelables et plus largement à la thématique ESG. Nous regardons attentivement et intégrons l’impact en termes d’ESG de nos investissements, cette dimension constituant une des spécificités de notre plateforme. Par ailleurs, dans les autres grandes tendances du secteur, la digitalisation de l’économie constitue aussi une des priorités des pouvoirs publics. Actuellement, les collectivités locales comme les villes sont mobilisées autour de projets liés au très haut débit. Il s’agit de désenclaver les zones rurales et les villes les moins bien desservies de façon à accroître leur attractivité économique. Nous souhaitons accompagner les collectivités dans ces projets sur lesquels nous disposons d’une expertise forte.

La baisse des rendements touche l’ensemble des actifs y compris la dette infrastructure, est-ce une préoccupation pour les investisseurs institutionnels ?

La diminution des rendements constitue un sujet pour l’ensemble des investisseurs institutionnels, mais par rapport à d’autres actifs, les infrastructures délivrent encore un couple rendement/risque attractif. Elles disposent en effet d’un taux de défaut très faible et d’un taux de recouvrement en cas de défaut élevé. Par ailleurs, elles sont encouragées par la réglementation. A ce titre, la directive Solvabilité 2 qui concerne les compagnies d’assurance a récemment été adaptée pour prendre en compte la spécificité des infrastructures, ce qui a conduit à une baisse de la charge en capital de ce type d’investissement. De plus, si pendant longtemps, les infrastructures ont été considérées comme une alternative à l’obligataire, elles sont maintenant évaluées en fonction de leurs caractéristiques propres. Elles sont devenues une classe d’actifs à part entière dans laquelle les institutionnels sont investis de façon structurelle.


Les performances passées ne préjugent pas des performances à venir. La valeur des investissements et les revenus qu’il génère peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas l’intégralité de leur placement.

Propos recueillis par Claire Nizart. Interview réalisée en amont de la Journée Nationale des Investisseurs.

Karen Azoulay

Head of Infrastructure Debt

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