Actualité : exposition ESG et construction de portefeuille (partie 1 de 3)

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Le séminaire Inquire Europe d’octobre 2018 a réuni environ 100 professionnels de l’investissement et universitaires à Budapest en Hongrie pour débattre de « l’exposition ESG et de la construction de portefeuille ». Voici la première partie des principaux points abordés dans les diverses présentations en rapport avec une approche d’investissement fondée sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

ESG : se concentrer sur les bonnes dimensions de l’approche ESG et éviter le « biais de confirmation »

Dans son allocution, Alex Edmans, professeur de finance à la London Business School, a exprimé son inquiétude quant au fait que le biais de confirmation, autrement dit le fait d’accepter des « preuves » uniquement si elles confirment ce que l’on souhaiterait être vrai, tend à se généraliser dans l’approche ESG.

Les « vérités qui dérangent » concernant, notamment, la diversité des genres, la rémunération des dirigeants ou la gouvernance environnementale et sociale, ne doivent pas être enterrées. Les « preuves » présentées ont inclus le fait de privilégier des travaux de recherche non publiés à des résultats publiés et vérifiés par des pairs, l’utilisation de résultats reposant sur seulement deux années de preuves, l’utilisation de résultats manquant de pertinence statistique, l’utilisation de résultats ignorant les dividendes d’actions ou la comparaison d’estimations en choisissant soigneusement des périodes non cohérentes.

Alex Edmans a demandé à l’assistance de mettre de côté les réticences courantes à propos de l’approche ESG.

  • Par exemple, l’idée selon laquelle les fonds ESG ont tendance à sous-performer. Ce n’est pas un argument valable car la sélection de titres pour ces fonds repose également sur des variables financières traditionnelles et inclut des frais de transaction, il est donc difficile de dissocier tous les effets.
  • L’argument selon lequel il n’existe pas de définition unique de l’approche ESG doit être ignoré puisque ce qui est intangible ne peut être défini de manière claire : par exemple, il n’existe pas de consensus sur les prévisions bénéficiaires des analystes, pourtant, celles-ci continuent d’être utilisées.
  • Enfin, l’argument selon lequel les données ESG sont de faible qualité, autodéclarées et non auditées est exagéré. Le même constat peut s’appliquer aux données non ESG : les résultats sont affectés par les régularisations (accruals), la R&D mesure uniquement les entrées et non pas les sorties, les perspectives et la stratégie des entreprises sont autodéclarées, ce qui n’empêche pas ces informations d’être utilisées. Les données ESG sont de plus en plus objectives, indépendantes et étayées.

Edmans a conclu en expliquant que certaines stratégies ESG surperforment, notamment celles qui se concentrent sur les droits des actionnaires, les mesures d’incitation à l’intention des dirigeants, l’utilisation responsable des jets d’entreprise, la satisfaction des collaborateurs, la satisfaction de la clientèle, l’éco-efficacité ou la performance en matière d’enjeux importants.

En précisant toutefois que les investisseurs doivent se concentrer sur les bonnes dimensions de l’approche ESG et faire preuve de discernement quant aux données à utiliser. Les difficultés de la mise en œuvre de l’approche ESG augmentent la valeur des bonnes stratégies ESG, selon M. Edmans.

Carbone : les marchés du crédit auront un rôle plus important à jouer dans la réduction des émissions

Selon Ulf Erlandsson, Directeur des investissements chez Strukturinvest, le crédit représente la classe d’actifs la plus adaptée lorsqu’il est question de chercher à réduire les émissions de carbone en raison de sa taille plus large par rapport aux autres classes d’actifs et parce qu’au bout du compte, les entreprises auront du mal à survivre si elles ne peuvent plus s’appuyer sur le crédit. Par conséquent, la mesure des émissions de carbone dans les portefeuilles de crédit revêt une importance cruciale.

Erlandsson propose un modèle relativement simple, ECO2BAR, qui considère les émissions de CO2 d’un point de vue ordinal et suit une approche axée sur le risque pour les mesurer dans les portefeuilles de crédit. Le modèle consiste à diviser l’univers en secteurs en pénalisant les plus grands pollueurs, puis, au sein de chaque secteur, en pénalisant les entreprises qui émettent le plus d’émissions de dioxyde de carbone.

Son modèle couvre d’importants mécanismes de génération d’alpha de crédit, notamment des positions à découvert, l’effet de levier et des produits dérivés, mais aussi des investissements explicites en obligations vertes. Il montre que la réduction des émissions de carbone n’a pas d’incidence significative sur la génération d’alpha dans les stratégies de crédit présentées en exemple. En conclusion, il estime qu’il est possible de réduire les émissions de CO2 dans les portefeuilles de crédit sans nécessairement sacrifier la performance.

Engagement : les entreprises engagées tendent à obtenir des rendements boursiers plus élevés

Tamas Barko de la Mannheim Business School a présenté l’activisme ESG. Il a étudié des données propriétaires uniques sur l’activisme des entreprises de 2005 à 2014 impliquant plus de 800 engagements d’une grande société de gestion d’actifs européenne.

Barko a découvert que les entreprises visées présentaient généralement une part de marché plus élevée et étaient couvertes par davantage d’analystes qu’un groupe de contrôle composé de pairs non ciblés. La société de gestion d’actifs a pu finaliser près de 60 % de ses engagements et le développement de bonnes relations de travail a été considéré comme le facteur déterminant.

Les entreprises dont les notations ESG sont faibles présentent de meilleures perspectives concernant l’activisme et améliorent leurs notes par la suite. L’inverse a été observé chez des entreprises cibles présentant des notes ESG élevées dès le début. Les entreprises engagées tendent à dégager des rendements boursiers plus élevés que le groupe de contrôle et les implications n’ayant débouché sur rien de concret ont sous-performé le groupe de contrôle. Enfin, l’activisme n’a pas d’incidence sur les chiffres de performance comptables et opérationnels, sauf pour la croissance du chiffre d’affaires qui augmente à la suite des engagements réussis.


Pour en savoir plus sur l’investissement socialement responsable (ISR), cliquez ici.

Raul Leote de Carvalho

Deputy Head of Quant Research Group

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