PRI, le réseau qui veut développer la dimension durable sur les marchés de capitaux

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Entretien avec Fiona Reynolds, la directrice générale de PRI (Principes pour l’investissement responsable), sur les progrès réalisés dans la transition vers un système financier mondial durable et sur les priorités des gestionnaires d’actifs pour accomplir cette transformation.

  • Cultiver la vision à long terme dans un monde qui ne voit que le court terme
  • L’engagement actif des entreprises a commencé, mais il faut à présent passer à la vitesse supérieure
  • L’action collective des gestionnaires d’actifs peut certainement contribuer au changement

C’est en 2005 que le Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, invita un groupe d’investisseurs institutionnels parmi les plus importants au monde à participer à un processus visant à développer les Principes pour l’investissement responsable (PRI).

Selon la philosophie PRI, un système financier mondial durable et économiquement efficace est une nécessité pour garantir la création de valeur à long terme. Un tel système récompensera les investissements responsables à long terme et profitera à l’environnement et à la société en général.

Pour y parvenir, l’initiative PRI plaide pour l’adoption de ses Principes et une collaboration dans leur mise en oeuvre. Elle vise également à promouvoir la bonne gouvernance, l’intégrité et la responsabilité et à lever les obstacles qui entravent la mise en place d’un système financier durable compatible avec les pratiques, les structures et la réglementation des marchés. Le réseau PRI compte aujourd’hui plus de 2.000 signataires issus de 50 pays.

Fiona Reynolds, directrice générale de PRI et responsable des activités mondiales au conseil, a accordé une interview exclusive à BNP Paribas Asset Management : elle nous parle des progrès accomplis à ce jour et des défis encore à relever.

Fiona, quel rôle, selon vous, la finance et la gestion d’actifs doivent-elles jouer dans la transition vers un monde durable ?

Je voudrais tout d’abord rappeler le contexte. L’initiative PRI a été créée pour apporter une dimension durable aux marchés des capitaux. Les Principes qui en découlent ont été lancés en avril 2006 à la Bourse de New York. Depuis lors, le nombre de signataires est passé de 100 à plus de 2.300, ce qui représente 83.000 milliards de dollars d’actifs.

Nous avons déjà parcouru un long chemin, mais il reste encore beaucoup de pain sur la planche. Il n’est pas chose aisée d’adopter une vision à long terme dans un monde qui ne voit que le court terme et où les résultats trimestriels et les intérêts de l’actionnariat dominent la prise de décision.

Soyons clairs : les progrès réalisés jusqu’à présent sont insuffisants tant en termes de volume que de rapidité. Le tournant décisif se produira lorsqu’on aura cessé de parler d’investissement responsable pour ne retenir que le terme « investissement » … et lorsqu’on aura dépassé cette philosophie de la rentabilité à tout prix.

Nous sommes sur la bonne voie. De plus en plus d’investisseurs prennent conscience que la planète et le profit peuvent cohabiter. Le devoir fiduciaire est en cours de redéfinition au 21e siècle. Par le passé, certains investisseurs institutionnels pensaient que les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) n’influençaient pas la valeur du portefeuille. Ils ne cadraient donc pas avec leur devoir fiduciaire. Cette hypothèse est tombée en désuétude aujourd’hui.

Les décisions prises par les fiduciaires impactent la chaine d’investissement, les prises de décision, les pratiques d’actionnaire et, en fin de compte, la manière dont les entreprises sont gérées. Les investisseurs prennent conscience aujourd’hui que les entreprises dans lesquelles ils investissent doivent disposer d’une licence d’exploitation solide.

L’engagement actif a commencé, notamment sur les enjeux sociaux, les politiques fiscales, les inégalités, la rémunération des dirigeants et l’égalité des droits entre hommes et femmes. Des mesures fortes ont déjà été prises dans la lutte contre le changement climatique. Les choses évoluent dans la bonne direction. Nous devons toutefois passer à la vitesse supérieure dans les 12 prochaines années, car il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant de mettre sur pied un système financier durable.

Quelles tendances actuelles identifiez-vous dans la communauté des gestionnaires d’actifs en matière d’investissement durable ?

Je vois une nette accélération de la dynamique grâce à quelques leaders remarquables, dont BNP Paribas Asset Management, notamment sur le plan environnemental.

Aujourd’hui, les investissements durables deviennent incontournables dans une offre commerciale crédible. Il n’est tout simplement pas possible d’exister en tant que gestionnaire d’actifs dans le segment institutionnel si vous ne montrez pas que vous intégrez les critères ESG dans votre processus d’investissement.

Les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies constituent la feuille de route vers un futur plus durable. Avec 169 objectifs, les ODD dressent un inventaire complet de tous les grands enjeux. Ils s’attaquent aux défis majeurs auxquels nous sommes confrontés, notamment la pauvreté, les inégalités, le changement climatique, la détérioration de l’environnement, la prospérité, la paix et la justice.

Il convient de ne pas oublier que les ODD nécessitent 3.500 milliards de dollars d’investissements additionnels chaque année, pour un PIB global d’environ 115.000 milliards de dollars. Ces besoins de financement semblent gérables, surtout en comparaison avec le potentiel humain et économique que la réalisation des ODD libérerait, sans parler de la sauvegarde de la planète.

En 2019, il ne suffit plus de parler d’ESG ou de signer les PRI. Il faut passer à l’action. Le suivi des mesures prises par les gestionnaires d’actifs pour répondre aux questions durables est en constante amélioration.

Ces tendances semblent se confirmer dans les discours des leaders du secteur. Aux assemblées générales des actionnaires, le développement durable fait l’objet de questions détaillées.

En travaillant ensemble dans la même direction, est-ce tout le secteur de la gestion d’actifs qui se renforce ?

L’action collective des gestionnaires d’actifs permet de créer un effet d’échelle et de faire entendre notre voix. Tous les engagements PRI reposent sur la collaboration afin de bénéficier de l’amplification des actifs en gestion.

Prenons l’exemple de Climate Action 100+, l’initiative d’investisseurs que nous avons lancée en 2017 afin de convaincre les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre de prendre les mesures nécessaires pour ralentir le réchauffement climatique. Avec 300 investisseurs gérant 32.000 milliards de dollars, il s’agit du plus grand engagement dans la sphère des investisseurs.

Ce niveau d’engagement a ainsi convaincu les investisseurs détenant 10 % de toutes les actions BP à signer la résolution Climate 100+ demandant à BP d’élaborer une stratégie détaillée pour appliquer l’Accord de Paris. Ce tour de force est considéré comme le plus grand soutien jamais apporté en faveur d’une résolution liée au climat par une grande multinationale.

Shell aussi fait ses premiers pas vers un engagement pour lutter contre le changement climatique dans une déclaration commune avec des investisseurs participant à l’initiative Climate 100+. Dans la même veine, Glencore a annoncé qu’il limitera l’utilisation de charbon pour réduire les émissions de CO2.

En conclusion, les investisseurs ont enclenché une dynamique du changement comme jamais auparavant. L’action isolée est inefficace. Les gestionnaires d’actifs doivent également travailler avec les gouvernements et les régulateurs pour mettre en place un cadre réglementaire propice aux investissements durables.


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