L’intervention de Pékin va-t-elle nuire aux ambitions de libéralisation de la Chine ?

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Au cours des 12 derniers mois, la Chine a réalisé d’importants progrès pour ouvrir ses marchés financiers aux étrangers, en mettant en œuvre une pléthore de politiques avec un chemin clair vers la libéralisation de son compte de capital. Cependant, les interventions récentes de Pékin pour tenter d’arrêter la chute importante des actions chinoises et de secourir les investisseurs particuliers locaux a soulevé des doutes au sein de la communauté internationale quant à l’aptitude de la Chine à appliquer le modèle du libre-échange. Ce que va faire Pékin à partir de maintenant est crucial pour rétablir la confiance et rassurer les investisseurs sur la bonne marche du système financier Chinois. Sans preuve tangible que la réforme du marché libre est sur la bonne voie, les investisseurs étrangers pourraient bien hésiter à rejoindre le camp de la libéralisation.

Compte tenu de la récente réponse musclée de Pékin pour endiguer la forte chute des marchés d’actions A, on peut comprendre que les observateurs aient des doutes sur la discipline et la volonté de la Chine à accélérer l’ouverture de son compte de capital. Pour beaucoup d’observateurs internationaux, ces interventions ont non seulement sapé la confiance des investisseurs, mais aussi soulevé des inquiétudes sur le fait que l’ingérence du gouvernement pourrait créer un risque moral et alimenter une future bulle sur le marché.

Pour être honnête, le gouvernement chinois n’est pas le seul à être intervenu sur les marchés financiers lors d’épisodes de crise. Par exemple, nous avons assisté à un scénario semblable au cours de la crise financière mondiale de 2008, lorsque les organismes de réglementation de certains marchés développés ont interdit aux banques de de vente à découvert. En 1998, le gouvernement de Hong Kong a également agi pour soutenir les marchés pendant la crise financière asiatique. En octobre 2010, la Banque centrale japonaise est quant à elle intervenue sur les Bourses et les marchés de change.

Pékin marche sur une corde raide

Aucun doute, la Chine va maintenant devoir restaurer son image à l’international. Pékin doit actuellement faire face au défi de marcher sur une corde raide afin d’éviter un épisode potentiel de troubles sociaux initié par les millions d’investisseurs locaux mécontents qui se sentent trahis par ses politiques, tout en maintenant sa crédibilité auprès de la communauté internationale – un partenaire nécessaire dans ses ambitions de libéralisation. Étant donné que la stabilité sociale est un élément primordial pour avoir une chance d’avenir prospère en Chine, on comprend bien pourquoi Pékin ressent le besoin de prendre des mesures drastiques pour stabiliser le marché.

Toutefois, le calendrier des événements récents n’aurait pu être pire. L’an passé, la les progrès de réforme de la Chine avaient convaincu même certains des plus sceptiques parmi la communauté internationale des investisseurs. Certains ont même été jusqu’à penser que les actions A chinoises devraient être ajoutées aux indices MSCI et FTSE Russell groupe standard. Il y a même eu un espoir grandissant que le Fonds monétaire international déciderait en novembre d’inclure le yuan dans son panier monétaire (droit de tirage spécial), approuvant ainsi la monnaie et stimulant le processus de libéralisation de la devise et du compte capital.

De gros progrès en faveur d’un régime de libre-marché

Mais l’ingérence de Pékin sur le marché a sapé la confiance des investisseurs étrangers et certains en viennent à se demander si Pékin est prêt à mettre en œuvre un régime discipliné de libre-échange. C’est regrettable car Pékin a réalisé de gros en ce sens au cours des 12 derniers mois. Par exemple :il a initié le programme de Shanghai-Hong Kong Stock Connect afin de donner aux étrangers l’accès au marché des actions A chinoises ;

– Il a accéléré l’approbation de quotas plus importants d’investisseurs institutionnels étrangers qualifiés en Renminbi (RQFII) quotas qualifiés renmimbi afin d’élargir la participation du marché étranger ;

– Il a mis en œuvre le programme de reconnaissance mutuelle des fonds (MRF) entre Hong Kong et la Chine pour permettre aux investisseurs d’acheter des fonds à travers les frontières ;

– Il a promu le lancement d’un certain nombre de produits de taux et d’actions pour augmenter l’ampleur et la profondeur du marché.

– Pékin a même clarifié les règles d’imposition des plus-values pour supprimer des dispositions superflues relatives aux placements en actions A et éliminé les obligations fiscales sur les plus-values futures pour attirer les capitaux étrangers.

La Chine a augmenté des quotas pour permettre plus de participation étrangère

Source: BNPP IP, Z-Ben Advisors, janvier 2015

La déréglementation et la réforme de la structure du système financier de la Chine dans son ensemble ont également accéléré au cours des 12 derniers mois. Le système de garantie des dépôts, très attendu, a été initié en mai pour faciliter la déréglementation des taux d’intérêt. La Chine a récemment étendu la zone de libre-échange de Shanghai à trois autres régions : Tianjin, Fujian et Guangdong. Pendant ce temps, la Banque populaire de Chine (The People’s Bank of China ‘PBoC’) continue d’approuver davantage de centres mondiaux de compensation en renminbi Et tout récemment , la banque centrale a annoncé qu’elle va ouvrir le marché des pensions onshore à la compensation renminbi offshore et aux banques participantes. L’expansion du marché des pensions devrait en outre faciliter l’internationalisation du renminbi en permettant une meilleure circulation dans les deux sens dans le compte de capital.

Accès au marché onshore chinois a élargi

*Renminbi (RQFII)

**QFII : Qualified Foreign Institutional Investors (des investisseurs institutionnels étrangers qualifiés)

Source: BNPP IP Asia, juillet 2015

La libéralisation va changer le statu quo interne

L’ouverture du compte de capital de la Chine a des implications profondes non seulement pour les investisseurs étrangers, mais peut-être plus encore pour ceux qui sont à l’intérieur des frontières chinoises . La libéralisation implique un changement de statu quo et une modification de l’équilibre entre les gagnants et les perdants. Par exemple, permettre aux acteurs du marché de fixer les taux d’intérêt en fonction de l’offre et de la demande facilite une répartition plus équitable et efficace des capitaux. Sous l’ancien régime, la PBoC avait le pouvoir de déterminer qui étaient les gagnants et les perdantsà travers unestructure de taux d’intérêt fixes, par exemple. En général, les principaux bénéficiaires historiques de la répression financière étaient les entreprises publiques (EP) et les banques ; et les perdants étaient les épargnants et les entreprises privées.

Les réformes aideront la Chine à réaliser son potentiel

Ne vous méprenez-pas, la libéralisation et la réforme sont nécessaires pour assurer un avenir socialement stable et économiquement prospère pour la Chine – et Pékin en a bien conscience. La Chine semble avoir de raisons valables pour ouvrir son marché financier au monde. Après tout , les plans de réforme/de rééquilibrage du pays prendront de nombreuses années et couterônt très cher – peut-être même au-desssus des moyens financiers de la Chine . Mais en retour, les investisseurs étrangers peuvent participer à la croissance probable de la Chine à long terme. Avec une population de 1,3 milliard et un taux de pénétration de la consommation domestique significativement inférieur à ceux de la plupart des marchés développés, la consommation chinoise n’a pas encore dévoilé tout son potentiel .

C’est certain, les événements récents ont érodé la confiance des investisseurs. Pour combien de temps ? c’ est difficile à dire à ce stade. Ce que va faire Pékin à partir de maintenant est crucial pour rétablir la confia