La Chine perd-elle le contrôle de son économie et de sa devise ?

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Un atterrissage forcé de l’économie chinoise forçant Beijing à dévaluer fortement le renminbi, pourrait provoquer une onde de chocs dans l’ensemble des marchés financiers mondiaux. Ce scénario, qui a pesé sur les marchés en début d’année 2016, semble aujourd’hui moins probable. Néanmoins certains investisseurs se demandent toujours si la Chine n’est pas en train de perdre le contrôle de son économie et de sa devise.

Les indicateurs macroéconomiques traditionnels, comme la croissance de la production industrielle, la consommation d’électricité, le volume de transport et la production d’acier et de ciment, ne suggèrent pas ce scénario d’atterrissage brutal de la Chine, qui se caractériserait par des taux de croissance anémiques ou une franche contraction. Toutefois, ils ne reflètent que l’ancienne économie de la Chine, basée sur le secteur secondaire de manufacture et de l’industrie. La nouvelle économie, représentée par le secteur tertiaire, est devenu plus grande que l’ancienne depuis 2013, ce qui suggère, à mon avis, que le processus de destruction créatrice est en marche. Les indicateurs macroéconomiques traditionnels n’ont pas su refléter les changements structurels. La transition difficile de la Chine de l’ancienne vers la nouvelle économie n’augure pas nécessairement de crise économique, malgré les quelques revers du côté des réformes financières.

Le transport ferroviaire et la consommation d’électricité de la Chine mettent aussi en évidence la dichotomie du pays. Alors que la consommation d’électricité de l’ancienne économie est en recul, celle de la nouvelle économie ne cesse d’augmenter. Entre-temps, le trafic de voyageurs (lié à la nouvelle économie de voyages personnels et de tourisme intérieur) s’est considérablement développé, tandis que le trafic de marchandises (lié à l’ancienne économie du transport de biens et de matériaux industriels, etc.) s’est contracté. Cependant, à ce stade, la nouvelle économie n’est ni assez grande, ni assez robuste pour compenser le repli de l’ancienne économie, ce qui justifie un biais en faveur de l’assouplissement quantitatif en attendant que la dynamique se stabilise.

Par ailleurs, les progrès de la Chine sur le plan de sa restructuration économique, et notamment ses réformes financières, ont rencontré des écueils, comme l’éclatement des bulles d’actifs et une modification maladroite de la politique relative au renminbi. Tous ces facteurs ont provoqué dernièrement une fuite de capitaux. Cependant, qui dit revers ne dit pas forcément crises. Beijing assure un bon équilibre entre une croissance durable du PIB et la mise en œuvre de réformes structurelles. Le processus de destruction créatrice qui en résulte pèse sur la croissance et engendre de la volatilité. Cette situation ne doit pas être considérée comme un signe de perte de contrôle sur l’économie.

Qu’en est-il de la devise ?

Certains acteurs du marché ont utilisé le théorème de « l’impossible trinité » pour démontrer que, compte tenu des flux de capitaux quittant la Chine, celle-ci ne serait pas en mesure à la fois d’assurer la stabilité du renminbi et d’assouplir sa politique. Si les autorités de Beijing souhaitent abaisser les taux d’intérêt pour stabiliser la croissance du PIB intérieur, les plus pessimistes soulignent qu’elles devront permettre une forte dévaluation de la monnaie.

Cependant, il est faux d’appliquer le théorème de « l’impossible trinité » à la Chine, car il n’y a en réalité, à mon sens, pas de signes de fuite de capitaux. Autrement, nous aurions observé une réduction significative des dépôts domestiques, ce qui n’a pas été le cas. Plus important encore, « l’impossible trinité » ne constitue pas pour la Chine une contrainte aussi lourde que ce que d’aucuns l’affirment. Malgré les progrès apparemment énormes accomplis par ce pays ces dernières années, son compte de capital demeure relativement fermé. La plupart des mesures de libéralisation ont en effet concerné les investissements d’institutionnels et d’organismes officiels. Beijing n’a consenti à ouvrir son compte de capital que de façon asymétrique, en permettant les entrées de capitaux, mais en restreignant encore les sorties.

La Chine a certes perdu environ 700 milliards d’USD en réserves de change l’année dernière, en dépit d’un excédent de base (balance courante + investissements directs étrangers nets). Toutefois, l’essentiel des pertes est à mettre sur le compte des effets de valorisation, du remboursement de la dette étrangère par les entreprises chinoises et d’un transfert unique pour recapitaliser les banques stratégiques. Il est vrai que la Chine enregistre des fuites de capitaux, mais elles ne signifient pas que Beijing a perdu le contrôle du renminbi. Vu que le compte de capital de la Chine n’est pas encore totalement converti, la politique monétaire du pays ne sera que partiellement compromise si la Banque populaire de Chine souhaite garder le contrôle du renminbi à moyen terme.


La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

Investir dans les marchés émergents ou dans des segments de marché spécialisés ou restreints peut présenter une volatilité supérieure à la moyenne en raison de la forte concentration de leurs positions, d’un degré d’incertitude plus élevé reflétant le manque d’informations disponibles, de leur liquidité plus faible ou de leur sensibilité plus élevée à l’évolution des conditions de marché, celles-ci étant influencées par la situation sociale, politique et économique.

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Par conséquent, les services de transaction, de liquidation et de conservation du portefeuille utilisés pour le compte des fonds peuvent comporter un risque plus élevé.

Chi Lo

Senior strategist for China

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