La démonétisation en Inde : un mal nécessaire, bénéfique à long terme

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Alors que le monde attendait impatiemment le verdict des élections présidentielles américaines la nuit du 8 novembre dernier, l’Inde était partagée entre choc et stupeur. Faisant preuve d’une audace sans précédent, le gouvernement indien a supprimé le statut du cours légal des billets de 500 et de 1 000 roupies, ce qui représente pas moins de 85 % de la monnaie en circulation et un montant total de près de 15 000 milliards de roupies (220 milliards de dollars).

Par cette mesure, le gouvernement s’attaque à l’économie parallèle, à la corruption et à la fausse monnaie qui concerne surtout ces billets à haute valeur faciale. Mais il a aussi créé un choc à court terme, entrainant une correction du marché des actions indiennes dans les jours suivant l’annonce.

Un processus douloureux à court terme

Le cash occupe une place majeure dans l’économie indienne depuis longtemps. Avant l’intervention drastique du gouvernement, les liquidités représentaient près de 12,1 % du PIB de l’Inde. Environ 90 % des achats de consommation se font en espèces. Dans certains secteurs comme l’immobilier, entre 35 % et 40 % des transactions s’effectuent en liquide. En conséquence, la démonétisation va venir perturber le circuit de consommation et la croissance du PIB à court terme, laquelle devrait ralentir au cours des deux prochains trimestres. En revanche, la contraction de la demande devrait mettre les prix sous pression et donc tirer l’inflation à la baisse à court terme. La baisse de la croissance et de l’inflation devraient renforcer les arguments en faveur de nouvelles baisses des taux pour stimuler l’activité économique.

Graphique 1 : les billets de 500 et 1 000 roupies représentent 85 % de la monnaie en circulation

demonetisation

Source : RBI, estimations du Crédit Suisse, novembre 2016

Une avancée positive pour les banques et la transmission monétaire

Pendant les cinq premiers jours de la démonétisation, les banques ont assisté à un afflux de liquidités sur les dépôts qui ont augmenté d’environ 3 000 milliards de roupies (44 Mrd USD). Même si une partie de ces dépôts repartira en cash au fur et à mesure que la banque centrale indienne (RBI) met progressivement les nouveaux billets en circulation pour remplacer ceux qui ont perdu leur valeur faciale, nous pensons que cette opération devrait se solder par un accroissement des dépôts bancaires à concurrence de 2 000 à 3 000 milliards de roupies. Ce faisant, la transmission monétaire devrait s’améliorer. En effet, la hausse des montants en dépôt (comptes à vue et comptes d’épargne) permettra aux banques de réduire leur coût de détention des fonds en compensant le coût d’emprunt élevé.

Objectif : vers une plus grande inclusion financière

La démonétisation devrait accélérer le processus d’inclusion financière. En 2014, à peine 60 % des 250 millions de ménages indiens avaient un compte en banque. Le programme d’inclusion financière a facilité l’ouverture de plus de 200 millions de comptes « Jan Dhan » ces deux dernières années, bien que 43 % de ces comptes sont considérés comme dormants. La dynamique de démonétisation devrait contribuer au développement d’habitudes bancaires et stimuler les dépôts de liquidités sur des comptes « Jan Dhan ». L’ampleur des gains dépendra également de la mesure avec laquelle le gouvernement saisira cette opportunité pour promouvoir les paiements électroniques comme alternative au cash.

Le développement de l’économie officielle devrait accroitre les recettes fiscales

Selon dles estimations de la Banque mondiale depuisde 2007, l’économie parallèle représente 23,7 % du PIB de l’Inde.

À mesure que la monnaie quitte l’économie parallèle et revient dans le circuit officiel, la base imposable augmentera avec à la clé des recettes fiscales en hausse pour le gouvernement. Cette nouvelle marge budgétaire devrait permettre au gouvernement de maintenir la discipline budgétaire et de s’attaquer aux problèmes du côté de l’offre, ce qui facilitera la réalisation de l’objectif d’inflation à moyen terme.

La « destruction créative » monétaire de l’Inde

Après les récents progrès faits en vue de la mise en place d’une taxe sur les produits et les services (TPS), cette démonétisation est un nouvel exemple de la volonté de réforme de ce gouvernement. Si la démonétisation sera sans doute un processus douloureux à court terme et ralentira la croissance de secteurs qui brassent beaucoup de liquidités comme l’immobilier, la construction et la consommation discrétionnaire des ménages en général, nous pensons que cette « destruction créatrice » monétaire pourrait également propulser l’Inde dans la modernité où les transactions électroniques sont plus nombreuses et le circuit parallèle plus réduit.

À moyen terme, cette évolution devrait apporter une foule d’avantages comme une hausse des ressources et des dépenses du gouvernement, une meilleure transmission monétaire, une plus grande inclusion financière et un taux d’épargne plus élevé des ménages. Tous ces facteurs concourant a une augmentation du potentiel de croissance du PIB de l’Inde.

Paul Milon

Investment Specialist, Indian Equities

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