La préparation à la retraite : un enjeu encore plus important pour les femmes

Post with image

Nous sommes familiers des statistiques de comparaison hommes-femmes en ce qui concerne le niveau d’études atteint et le salaire.

– Les femmes sont plus diplômées que les hommes en France ; c’est ce qu’avaient révélé les statistiques 2015 de l’OCDE, dans le cadre de son suivi de la thématique égalité homme-femmes.

Graphique 1 : population qui a atteint un niveau d’études de troisième cycle, par sexe et par âge

Capture&&&

En revanche les chiffres de l’INSEE de 2013 montraient que malgré une petite amélioration depuis une dizaine d’années, les femmes continuent d’être moins bien payées que les hommes en France avec un écart moyen de 19 %.

En matière de préparation à la retraite, une étude de mai 2016 réalisée par OpinionWay auprès de 1 014 retraités et 1 016 cotisants de 50 ans et plus du secteur privé, pour le compte du groupe de protection sociale Malakoff Médéric révèle qu’une majorité des Français fait l’impasse aujourd’hui sur la préparation de sa future retraite. Quelques chiffres pour illustrer cela :

– Bien que 75 % s’attendent à un changement de train de vie en prenant leur retraite, 56 % des cotisants de plus de 50 ans reconnaissent avoir « une vague idée » du montant de leur future pension.
– À moins de 5 ans de la fin de leur activité professionnelle, seulement 1 actif sur 3 affirme avoir commencé à préparer son budget pour la retraite.

Mais, peut-on observer des différences de comportement entre les hommes et les femmes sur le sujet de la préparation à la retraite ?

BNP Paribas Asset Management (BNPP IP) a fait réaliser un sondage par CICERO Group (agence de communication internationale spécialisée en Corporate et Finance) sur un échantillon de 2 000 personnes, représentatif des adultes de la population française, en juin et juillet 2015, sur leurs priorités en termes d’épargne et de préférences entre les différentes alternatives de placement, afin de préparer leur retraite.
L’étude de BNPP IP s’est plus particulièrement intéressée aux comportements des Français et des Françaises en matière d’épargne retraite. En voici les principaux résultats.

Une prise de conscience moindre des enjeux liés à la retraite

– Il semble persister en France une croyance selon laquelle le système par répartition est suffisant. En effet, dans l’étude de BNPP IP, plus de 50 % des femmes (et encore plus d’hommes) pensent que la retraite versée par l’État leur fournira assez de revenus pour jouir d’une retraite confortable.

– Le niveau de connaissance sur le sujet de la retraite semble faible.

-Seules 22 % des femmes (contre 32 % des hommes) connaissent le montant de l’épargne dont elles ont besoin pour préparer leur retraite.

-Les hommes bénéficient de plus d’informations et de formations sur l’épargne retraite notamment grâce à l’épargne d’entreprise dont ils sont plus nombreux à profiter du fait d’une représentation plus importante des hommes par rapport aux femmes dans les grandes entreprises équipées de ces dispositifs. Les femmes sont, elles, plus présentes au sein des petites entreprises, souvent moins équipées de ces dispositifs d’épargne entreprise, et aussi, marginalement, dans les entreprises publiques qui ne le sont pas du tout.

– Dans les répartitions des tâches dans le couple, il semble y avoir une certaine délégation du sujet de la retraite au conjoint masculin :

  • 30 % des hommes déclarent assumer seul la responsabilité financière pour la préparation de la retraite contre 17 % de femmes.
  • 62 % des hommes sont plus enclins à prendre des décisions financières contre 52 % des femmes.

Un risque de baisse de revenus à la retraite plus important pour les femmes

Les femmes courent un risque de baisse de taux de remplacement à la retraite supérieur à celui des hommes du fait de leur moindre préparation. Il existe plusieurs raisons à cela.

– Les femmes ont une capacité d’épargne inférieure à celle des hommes.

– Ce résultat est intuitif compte tenu des écarts de salaires constatés par l’étude de l’INSEE (également relevés dans l’étude de BNPP IP)

Graphique 2 : la fondation d’une famille impacte davantage les femmes financièrement (choix de travailler à temps partiel ou de cesser de travailler)

for the retirement blog 3

De plus, les femmes ont moins accès à l’épargne d’entreprise car elles sont plus représentées dans les PME et la fonction publique. C’est pourquoi seulement 11 % des françaises épargnent pour leur retraite au travers de l’épargne d’entreprise, contre 17 % pour les hommes.

Au final, les femmes épargnent 2 fois moins que les hommes

Moins de femmes épargnent pour leur retraite :

-Parmi la population ayant répondu avoir de l’épargne (75 % de l’échantillon) et ne pas être retraité, 54 % des hommes disent avoir commencé à épargner pour leur retraite contre 44 % des femmes.

– Les femmes épargnent moins régulièrement : seules 36 % d’entre elles le font de manière régulière contre 42 % des hommes.

– Une partie des femmes commence à épargner trop tardivement :  En effet, le comportement d’épargne retraite est très différent chez les hommes et les femmes entre 25 et 44 ans (14 % d’écart). Il est décalé et tardif pour les femmes : 19 % de femmes commencent à épargner après 45 ans, dont 9 % après 55 ans.

Graphique 3 :

for the retirement blog 4

– Des choix d’investissement pas toujours adaptés à la préparation de la retraite

-Les produits de court terme (livrets bancaires) occupent la première place des solutions d’investissement pour la retraite chez les hommes (48 %) et les femmes (47 %).

-Si 39 % des femmes (33 % des hommes) préparent leur retraite notamment via l’acquisition de leur résidence principale, ce qui est un choix rationnel, elles sont peu à choisir des solutions comportant plus de risques, mais également des potentiels de performance beaucoup plus élevés sur le long terme.
• Les femmes sont plus averses aux risques financiers que les hommes (73 % des femmes ne prennent jamais de risque avec leur argent contre 55 % des hommes – question 34) : 14 % des femmes ont un PEA contre 26 % des hommes ; 7 % des femmes ont un PERP contre 13 % des hommes.
• Pour 36 % des femmes, le fait d’avoir une famille est incompatible avec la prise de risque dans l’investissement.

Une baisse beaucoup plus importante du taux de remplacement pour les femmes : un risque mais pas une fatalité

La problématique de l’épargne retraite complémentaire est un sujet qui concerne les Français en général, une grande partie croyant encore que l’État continuera de verser les même taux de remplacement et ne consacrant pas ou ne sont pas en mesure de consacrer une partie de leur épargne pour compenser la baisse future et inéluctable du taux de remplacement à la retraite (la crise économique et le chômage ont eu tendance à augmenter de façon importante l’épargne de précaution au détriment du reste). Dans ce contexte peu rassurant, les femmes sont moins bien préparées pour toutes les raisons invoquées plus haut, alors qu’elles détiennent le record du temps passé à la retraite, avec 27,4 ans en moyenne, parmi les pays de l’OCDE (Panorama des pensions, décembre 2015, OCDE).

for the blog

Bien entendu, les situations à la retraite peuvent être très différentes en fonction de plusieurs autres facteurs :

– Les ménages peuvent prévoir que l’effort d’épargne soit réparti équitablement, en fonction des capacités de chacun
– Il peut y avoir un héritage venant compléter l’épargne
– La réversion aux femmes peut couvrir une partie des besoins de la deuxième phase de la retraite

Néanmoins, il y a un enjeu pour les femmes à s’approprier (ne pas déléguer) le sujet de la retraite. Quelques suggestions dans cette perspective qui pourraient s’avérer judicieuses :

– Compte tenu d’une moindre capacité à épargner il faudrait commencer plus tôt, même si les montants sont faibles au départ, et prendre plus de risques, en particulier en début de cycle.
– Épargner plus régulièrement : l’épargne financière programmée permet de mettre en place une épargne systématique et régulière à laquelle on a plus à penser et permet de lisser l’entrée sur les actifs risqués.
– Lorsqu’elles fondent une famille, les femmes doivent continuer à penser à elles et à leur futur. Fonder une famille a tendance, d’une part, à réduire les revenus des femmes (passage au temps partiel) et, d’autre part, à raccourcir leur horizon d’investissement car elles consacrent leur énergie à l’éducation et aux besoins de leurs enfants.

Vraisemblablement, il devrait y avoir en amont un travail d’information et de sensibilisation auprès des femmes. Le sondage révèle que 33 % des femmes demandent toujours l’avis d’un conseiller financier avant d’investir. Il semblerait que le conseiller bancaire puisse jouer un rôle en termes d’accompagnement. En outre, la création d’un parcours retraite dédié aux femmes serait une idée à creuser.

Alain Jaques

Product Strategy Manager, Retirement Specialist

Laisser un commentaire

Your email adress will not be published. Required fields are marked*