La sortie de l’Accord de Paris crée une Amérique à deux vitesses

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Le 1er juin 2017, la nouvelle administration américaine a annoncé, sans surprise, son intention de se retirer de l’Accord historique de Paris sur le climat. En raison des modalités juridiques de l’accord, le retrait n’aura pas lieu avant le 4 novembre 2020. Cette annonce n’est pas à prendre à la légère : elle aura de profondes répercussions politiques, économiques et, naturellement, environnementales.

Le retrait va inévitablement freiner la transition aux États-Unis. Il est fort probable que le pays ne respecte pas ses engagements en matière de contribution nationale qui prévoit une réduction de 26 % à 28 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2025, rendant encore plus difficile la réalisation de l’objectif global de contenir le réchauffement climatique sous les 2°C.

Pourtant, l’impact sur la transition mondiale vers les énergies propres devrait être probablement moins important que ce que l’on craignait initialement. En effet, loin de décourager les autres pays, la décision du Président Trump a renforcé la détermination d’une grande partie de la population américaine et du reste du monde à poursuivre les efforts de transition vers une économie bas carbone.

« Nous sommes toujours dans l’Accord de Paris »

Dès que le président a annoncé sa décision de se retirer de l’Accord de Paris, plusieurs États, villes, investisseurs et entreprises, dont de grandes institutions américaines, sont montés au créneau.

En moins de 48 heures, plus de 1 400 d’entre eux se sont engagés publiquement à appliquer l’Accord de Paris sur le climat. Parmi cette fronde, plus de 200 maires et 750 entreprises ont déjà investi beaucoup de temps et d’argent à adapter leurs activités à la trajectoire dite des 2°C.

Ainsi, les États de Californie, New York et Washington ont créé la United States Climate Alliance et s’engagent au moins à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 26 % à 28 % d’ici 2025 par rapport à 2005, tel que prévu dans l’Accord de Paris. Jusqu’à présent, cette Alliance représente 36,3 % de l’économie américaine et plus de 6 800 milliards de dollars – il s’agit donc collectivement du troisième plus grand groupement économique derrière la Chine et les États-Unis.

La plus grande crainte à propos du retrait américain était de voir d’autres pays emboiter le pas au 2e plus grand pollueur (et le premier par habitant), mais aussi principal contributeur financier du Green Climate Fund*.

Heureusement, la réponse a été unanime. La Chine, l’Inde, le Canada, l’Australie, le Mexique, l’Indonésie, le Japon, l’Union européenne et beaucoup d’autres nations ont tous réitéré leur engagement à make the Planet great again (« rendre sa grandeur à la Planète »). Signe encore plus encourageant, la Chine et l’Europe ont déclaré vouloir accentuer leurs efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre (les États-Unis représentent 15 % des émissions actuelles) et leurs contributions financières à la transition climatique.

Le raisonnement économique en filigrane du changement climatique

L’économie et d’autres facteurs à long terme comme la demande d’air pur alimentent la transition vers les énergies renouvelables. Investir dans les énergies propres et dans l’efficacité énergétique procure plusieurs avantages : diversification du mix énergétique, réduction de l’utilisation des combustibles fossiles, indépendance énergétique, mais aussi croissance économique, création d’emplois, progrès technologiques et air pur.

Le développement des énergies renouvelables et des technologies propres a dépassé les prévisions les plus optimistes. Les énergies renouvelables produisent presque un quart de l’électricité mondiale, devancées uniquement par le charbon. En 2015 seulement, la capacité de production à partir d’énergies renouvelables a augmenté pour atteindre environ un tiers de la demande d’électricité moyenne américaine, l’éolien et le solaire représentant 75% de l’accroissement.

Les coûts de production ont chuté de deux tiers pour le solaire et de 30 % pour l’éolien onshore, et les investissements se poursuivent. En 2015, 349 milliards de dollars américains ont été investis dans le renouvelable, en excluant l’hydroélectricité, contre 130 milliards pour le charbon et le gaz.

De tels investissements créent inévitablement des emplois. Près de 800 000 personnes ont trouvé du travail dans le secteur des énergies renouvelables aux États-Unis, pour seulement un peu moins de 55 000 dans le charbon. Point encore plus important, les technologies vertes ont créé de l’emploi 12 fois plus vite que les autres pans de l’économie américaine.

Conclusions

En sortant de l’Accord de Paris et en démontant la réglementation environnementale, le gouvernement américain crée de facto une Amérique à deux vitesses. La première a choisi la voie de la transition énergétique et se prépare à exploiter les opportunités offertes par cette transition. L’autre devrait selon toutes vraisemblances accuser un retard dans le développement technologique qui dessinera les marchés d’un futur pas si lointain.

Cela signifie pour nous, investisseurs à long terme, que nous devons distinguer les leaders des retardataires et engager le dialogue avec ces derniers. Nous devons également nous adapter au durcissement rapide de la réglementation sur les émissions de gaz à effet de serre qui viendra soutenir les engagements d’une grande partie des États-Unis et d’autres puissances économiques comme la Chine, l’Inde et l’Union européenne sur la voie de la transition énergétique.


Achevé de rédiger le 11 juin 2017

*En se désengageant, les États-Unis mettent en péril le financement des efforts de réduction, d’adaptation et de contrôle de nations plus pauvres – les USA étant le premier contributeur du programme visant à aider les pays les plus pauvres à s’adapter et à lutter contre le changement climatique. L’engagement américain s’élevait à 3 milliards de dollars, dont 2 milliards ont été annulés. Washington Post, Washington Post, ‘Trump will stop paying into the Green Climate Fund’, rump coupe les vivres au Fonds vert pour le climat, le 2 juin 2017.

Helena Vines Fiestas

Head of Sustainability Research

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