L’approvisionnement des villes en eau pourrait ne plus être assuré

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La Journée Mondiale de l’Eau qui se tiendra le 22 mars 2018 vient à point pour rappeler une fois de plus combien l’eau est le bien le plus précieux dont dispose l’humanité et pour insister sur les efforts sans cesse grandissants qu’il faudra consentir pour en assurer l’accès au plus grand nombre.

La revue Nature s’est alarmée en janvier 2018, des difficultés grandissantes qu’auront, en de maints endroits de la planète et principalement dans les grandes villes, les communautés humaines à s’approvisionner en eau de qualité. Selon les auteurs de l’article, la demande en eau dans les villes devrait s’accroître de 80% d’ici 2050, alors que, dans le même temps, le changement climatique changera la façon dont l’eau est distribuée géographiquement.

Les difficultés rencontrées par de grandes villes

Cette étude de Nature fait écho aux difficultés récentes rencontrées par de grandes villes comme Rome ou encore le Cap pour assurer à leur population un approvisionnement normal en eau. Fin juillet 2017, la municipalité de la Ville Eternelle, autrefois appelée la Reine des Eaux, a été à deux doigts de devoir prendre des mesures de rationnement (qui auraient pu conduire, entre autres, à des coupures par rotation pendant 8 heures par jour). Le problème y est double : changement climatique (déficit de précipitations de l’ordre de 75% sur les 6 premiers mois de 2017 par rapport à 2016), mais aussi, piètre qualité des systèmes d’adduction d’eau (taux de fuite de l’ordre de 45%).

Les conclusions de l’étude de Nature ne sont pas rassurantes. En tenant compte des seuls effets de la croissance des populations urbaines et des impacts du réchauffement climatique, la demande en eau en 2050 devrait excéder l’offre disponible pour 27.6% des villes étudiées [1] et les 233 millions de personnes qui y habitent.

D’autre part, pour 19% d’entre elles, leurs habitants se trouveront en compétition avec la campagne environnante et ses agriculteurs, dans leurs revendications respectives pour l’accès à l’eau. Si la priorité était ainsi donnée aux campagnes, entre autres pour la production de nourriture, c’est 38.9% des villes (et non plus 27.6%) qui devraient connaître en 2050 un déficit en eau et donc recourir à des mesures de stockage ou de recyclage de grande ampleur. Des investissements colossaux vont donc s’imposer à divers niveaux pour remédier à cette menace.

Que peut-on attendre ?

Dans les 60 dernières années, la consommation d’eau à usage domestique a quadruplé du fait de la croissance naturelle de la population, de la hausse du niveau de vie et de la généralisation de l’accès à l’eau potable. Cette tendance a été encore plus marquée dans les villes, du fait, entre autres, de l’accroissement des populations urbaines.

Il en sera de même dans le futur. Il est ainsi prévu que, d’ici 2030, les villes, aujourd’hui peuplées de 3.9 milliards d’individus (soit 54% de la population mondiale), devraient en accueillir 2 milliards de plus. Dans ce contexte déjà préoccupant, le changement climatique risque bien de constituer un sérieux facteur aggravant, en modifiant les ressources en eau, en altérant les températures et les régimes de précipitations et en amplifiant les phénomènes d’évaporation.

A toutes ces difficultés s’ajoute la nécessité, souvent occultée dans le passé, de prévoir des réserves d’eau disponibles pour que puissent être préservés l’environnement et la biodiversité ; si cette nécessité était prise en compte à sa juste mesure, ce ne sont plus 27.6%, des villes (cf. sopra) mais 46.6% qui viendront à manquer d’eau.

Le constat fait peur ! Du fait de la communication entre différentes nappes phréatiques connexes, les problèmes risquent de se propager, par surexploitation de certaines d’entre elles, d’un bassin à l’autre ; en conséquence, à l’échelle de la planète, plus de 1.4 milliard de personnes, y compris certaines populations vivant loin des villes, pourraient venir à manquer d’eau.

Quelles sont les solutions pour l’approvisionnement en eau ?

Pourtant les solutions existent ; les évolutions du climat pouvant être soudaines et surprenantes, elles devront être mises en place dans les plus brefs délais. La première d’entre elles est de rendre l’agriculture plus efficiente dans l’utilisation qu’elle peut faire de l’eau d’irrigation.

Pratiquer l’irrigation au goutte à goutte, en lieu et place des modes traditionnels par immersion, réduire les fuites dans les canalisations, faire pousser des espèces moins gourmandes en eau, arroser là et quand il le faut : autant de mesures qui permettraient de réduire l’emprise de l’agriculture sur l’approvisionnement des villes en eau. 78% des villes vulnérables, susceptibles de souffrir d’un déficit en eau, et leurs 233 millions d’habitants, se trouveraient de la sorte épargnées.

D’autres dispositions plus radicales devront, en certains endroits, être mises en œuvre, comme le recyclage des eaux usées, le stockage des eaux pluviales ou le changement systématique des conduites d’adduction défectueuses.

Des entreprises s’emploient, de par le monde, à imaginer et créer ces solutions ; du fait des problèmes récurrents exposés, elles devraient connaître une croissance exceptionnelle sur les 20 prochaines années.


[1] au total 482 villes étudiées représentant 736 millions d’habitants. Les villes les plus en danger d’être en rupture d’approvisionnement en eau sont Los Angeles, Jaipur, Dar es Sallam, San Diego, Karachi, Harbin, Phoenix, Monterrey et Lima.

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Alexandre Jeanblanc

Investment Specialist, SRI

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