Le choc du coronavirus se fait sentir dans tous les secteurs, en Chine et au-delà

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Quels sont les pays les plus exposés aux conséquences de la crise du coronavirus en Chine ? Comment les entreprises du monde entier réagissent-elles lorsque les chaînes d’approvisionnement sont perturbées, les forçant à fermer des usines et à interrompre les expéditions de marchandises ?

  • L’épidémie de coronavirus (Covid-19) semble provoquer de manière certaine des perturbations mondiales, même si ce n’est que de manière temporaire, dans le tourisme, le commerce international et les chaînes d’approvisionnement
  • Le tourisme en Asie sera probablement le plus durement touché, ce qui aura des répercussions sur la balance des paiements courants
  • L’impact sur les chaînes d’approvisionnement s’explique par une dépendance à l’égard de la Chine comme source de demande de biens intermédiaires
  • L’arrêt de l’activité en Chine affecte des pays ayant d’importants investissements directs et une production onshore. Ceci pourrait modifier structurellement les chaînes d’approvisionnement mondiales au fur et à mesure que les entreprises réévaluent leur exposition à la Chine.

Les implications économiques exactes sont difficiles à évaluer au moment de la rédaction du présent document. Tout dépendra de la durée et de la virulence de l’épidémie, et de l’effet des mesures gouvernementales visant à la contrôler.

Ce qui semble déjà certain aujourd’hui, c’est que l’impact du ralentissement en Chine sera bien plus important qu’il ne l’a été il y a 17 ans lors de l’épidémie de SRAS. La Chine représente désormais 18,7 % de l’économie mondiale, 12,4 % du commerce mondial et 12,0 % de la demande mondiale de pétrole. Ce chiffre est à comparer respectivement aux 8,2 %, 5,0 % et 6,0 % en 2003. Nous présentons ici une vue d’ensemble (voir tableau 1) et examinons ci-dessous les effets plus en détail.

Tableau 1 : Dans quels secteurs d’activité et sur quels indicateurs économiques l’impact des perturbations liées à l’épidémie de coronavirus en Chine a-t-il été le plus ressenti ? – Le graphique montre, pour chaque pays, l’impact supérieur à la moyenne sur son PIB, et ceci par source de perturbations

Source : BNPP AM (Asie)

Tourisme et autres secteurs

Les vacanciers chinois, à l’origine d’un boom touristique de premier plan dans le monde, en particulier en Asie, restent chez eux. La Chine représentant 270 milliards d’USD par an dans le tourisme en dehors de ses frontières, l’impact négatif sur le tourisme mondial ira au-delà de la baisse des arrivées de touristes et aura des répercussions sur des secteurs tels que les transports, l’hébergement, les services alimentaires, le commerce des produits quotidiens et haut de gamme et les services financiers.

À ce jour, 128 pays ont imposé des restrictions à leurs déplacements à destination et en provenance de Chine. C’est l’Asie qui en souffrira le plus, puisque plus de 90 % des touristes chinois voyagent dans la région. Les économies qui accueillent le plus grand nombre de touristes chinois seront durement touchées.

L’impact sur le produit intérieur brut de Hong Kong est considérable, les dépenses touristiques chinoises représentant 4,8 % de son PIB. La Thaïlande, le Vietnam et Singapour ont tous souffert plus que la moyenne en raison de la perte des recettes réalisées avec les touristes chinois. 

Les recettes provenant du tourisme contribuent également de façon significative au solde de la balance des paiements courants. Pour la Thaïlande, Taïwan et le Japon, une baisse des arrivées de Chinois entraînerait une détérioration plus importante que la moyenne. L’évolution serait spectaculaire pour Hong Kong serait car sa balance des paiements courants passerait d’un excédent à un déficit.

Du point de vue des risques macroéconomiques, il est heureux que l’impact soit relativement modéré pour des pays comme l’Indonésie et les Philippines dont les fondamentaux, à savoir la balance courante, le déficit budgétaire et la dette extérieure élevée, sont moins solides.

Perturbations dans les échanges commerciaux

Les économies qui dépendent fortement des importations chinoises tant en valeur totale qu’en pourcentage du PIB sont plus touchées par la fermeture de la Chine. L’impact d’une baisse des importations chinoises par rapport à la taille du PIB local est plus marqué pour Taïwan, le Vietnam, la Malaisie et la Corée du Sud. 

Étant donné que la Chine est le premier acheteur mondial de matières premières, avec plus de 500 milliards d’USD d’importations en 2018, les effets de l’épidémie seront notables. La Chine a mis un terme à toutes sortes d’activités de construction. Il est peu probable qu’une reprise ait lieu avant mars 2020 au plus tôt.

La demande énergétique de la Chine a chuté à cause d’une baisse substantielle des transports. Les raffineurs ont commencé à réduire leur production, ce qui a contribué à ramener le prix du pétrole brut à son plus bas niveau depuis début 2019.

En termes de valeur, l’Australie, le Brésil et la Russie sont les trois premiers exportateurs de matières premières. La Chine représente plus d’un tiers de leurs exportations globales, y compris celles de minerai de fer et d’énergie.

Pour ces pays, la baisse de la demande est aggravée par le fait que la Chine s’est engagée à acheter plus d’énergie et de produits agricoles américains dans le cadre de l’accord commercial temporaire signé en janvier.

En termes de choc sur le PIB, l’impact se fait davantage sentir sur les pays producteurs de matières premières de base du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Amérique du Sud que sur l’Asie.

Rupture des chaînes d’approvisionnement

La Chine comme source de demande

La Chine a importé 430 milliards d’USD de biens intermédiaires en 2018, y compris ceux que les fabricants transforment et exportent à nouveau. La fermeture des usines a fortement réduit la demande. L’impact sur le PIB local par rapport à la taille des économies respectives est plus important en Corée du Sud, à Taïwan, en Suisse, au Chili et en Afrique du Sud.

La Chine comme fournisseur

Selon les données de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, les exportations chinoises de biens intermédiaires utilisés par d’autres pays comme intrants pour leurs exportations sont passées de 24 % en 2003 à 32 % du total des exportations chinoises en 2018. Hyundai et Nissan ont fermé des usines en Corée du Sud et au Japon et Apple a retardé les expéditions d’iPhone, ce qui reflète la pénurie de pièces détachées.

Hong Kong et le Vietnam sont les économies les plus exposées, tandis que Singapour, la Malaisie, Taïwan et la Thaïlande dépendent également fortement de la chaîne d’approvisionnement chinoise.

Perspectives

Si la Chine a accru ses exportations de biens intermédiaires au fil des ans, elle a également réduit ses importations d’intrants étrangers. Cette tendance devrait se poursuivre car les fabricants chinois utilisent davantage de composants locaux.

Désorganisation dans les investissements

Ces dernières années, même si le Japon, la Corée du Sud et Taïwan ont cherché à diversifier leurs investissements loin de la Chine en direction de l’Asie du Sud-Est, leur stock d’investissements directs en Chine reste important. En outre, l’Asie du Sud-Est est profondément intégrée dans les chaînes d’approvisionnement qui dépendent de la Chine. Cela a considérablement réduit les avantages potentiels tirés de la diversification.

Ainsi, la fermeture des provinces chinoises touchées par le virus, comme par exemple Hubei (qui représente 4,5 % du PIB national) et les restrictions imposées aux autres grands centres de production situés sur la Chine côtière, où se trouvent la plupart des investissements et des installations étrangers, ont directement affecté les lignes de production en Asie du Nord ainsi que les investissements en Asie du Sud-Est.

En un mot

La capacité du monde à éviter des perturbations en matière de production et d’approvisionnement a diminué de manière spectaculaire car le monde est devenu plus dépendant de la Chine pour les biens intermédiaires.

Les entreprises pourraient désormais ressentir un plus grand besoin de délocaliser en dehors de la Chine et des régions dominées par la Chine afin de mieux gérer les risques de perturbations.

Lire également Le coronavirus pourrait bien avoir un impact négatif sur la croissance chinoise

et Perspectives pour 2020 : La Chine dans sept domaines


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Chi Lo

Senior Economist for China

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